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Apprendre par l’art, une connaissance qui transforme

Cécile Beaulieu, MA (éducation), MA (création littéraire)
Artistre peintre et auteure (www.cecilebeaulieu.com)

Si je voulais décrire en quelques mots comment j’ai appris tout ce que connais aujourd’hui je ne saurais dire. Toutefois, je puis affirmer que l’observation m’a beaucoup aidée à construire mes savoirs. Par elle, je me suis mise à l’école des apprentis accumulant un bagage de senteurs, de couleurs, de sons provenant des grands espaces campagnards dont je suis issue. Par elle, j’ai appris à voir cette beauté partout présente autour de moi. Car, les perfections de Dieu sont visibles dans toute la nature si l’on apprend à bien regarder.

Dernièrement, je suis allée faire une visite dans une animalerie où j’ai contemplé une multitude d’oiseaux qui chantaient. Il y avait aussi des aquariums dans lesquels nageaient d’innombrables poissons aux milles et une couleurs. J’étais fascinée devant une telle splendeur et je suis restée longtemps immobile devant les cages et les parois de verre qui me permettaient d’observer ce petit monde animal, dans sa variété d’espèces, de multiplicité de nuances. Univers multicolore dont je n’arrivais pas à détourner mes yeux.

Et j’ai pensé au Psaume 104 dans lequel le poète s’exprime sur la beauté de la création :

Mon âme bénit l’Éternel.
Éternel, mon Dieu, tu es infiniment grand…
Que tes œuvres sont en grand nombre, ô Éternel
Tu les as toutes faites avec sagesse… (1)

Non seulement l’observation m’a-t-elle servie de tremplin pour de nouvelles découvertes, mais elle m’a poussée vers l’écriture, la peinture, ces formes d’expression qui m’ont toujours attirées et qui sont pour moi des moyens d’apprentissage. C’est en peignant, en écrivant que je me suis mise à considérer plus attentivement le monde autour de moi. Cela m’a permis et me permet encore aujourd’hui de connaître ce qui fait le tissu de mon existence dont Dieu est la seule origine, lui, l’auteur de tout ce qui existe. De découvrir aussi «l’originel» qui m’a toujours habitée, car ce qu’un artiste transmet dans son ouvrage, c’est sa propre interprétation des choses de la vie. C’est ce qu’on pourrait appeler «l’originalité», mot qui a la même signification que le terme «originel». Autrement dit, l’artiste original est celui qui parvient à transmettre sa vision selon sa personnalité unique, dans tout son œuvre de vie. L’originalité, donc, ne se limite pas à la seule recherche de nouveauté ou d’innovation.

Pour apprendre une langue ou une technique quelconque, que ce soit en art, en écriture, quel que soit l’apprentissage visé, celui-ci, dans mon cas est toujours stimulé par un vif intérêt, une passion qui m’habite. Bien souvent, c’est une intuition qui me conduit vers la découverte de quelque chose dont je ne soupçonnais pas l’existence. C’est cette passion même qui m’a éveillée très jeune au domaine des arts. Les images qui me viennent lorsque j’écris ou que je peins sont un minuscule fragment d’une plus grande réalité à découvrir et dont je ne posséderai jamais toute la connaissance. Elles sont cependant source d’apprentissage et me donnent une vision plus globale du monde qui m’entoure, de mon unicité, de la grandeur et de la magnificence de Dieu.

Dans le cadre de mes recherches de mémoire que j’ai effectuées en étudiant le conte traditionnel, j’ai constaté, et cela en produisant moi-même un conte, que créer des images, qu’elles soient littéraires ou visuelles, c’est pénétrer un univers et se laisser imbiber de l’atmosphère qui émane de cet univers. Le merveilleux qui l’habite. Ma recherche m’a poussée à tenter d’élucider la question du Merveilleux dans les contes. Et cette question sous-entendait toujours la notion d’image. Je suis habitée par un monde d’images qui tentent de se concrétiser par la peinture et l’écriture.

Pour la peinture, par exemple, lorsque je prends mes pinceaux et que je reste des heures devant le paysage ou les éléments qui s’offrent à moi, particulièrement dans la nature, lorsque j’observe le déploiement de la lumière qui se profile subtilement à l’horizon et change l’aspect de l’objet ou du sujet dont j’essaie de saisir les contours et l’atmosphère, je suis en apprentissage. Je perçois ce qui m’entoure avec plus de fraîcheur, sous un regard nouveau et des points de vue différents pour en faire une reconstruction, une image, une nouvelle représentation. Non seulement cela aiguise-t-il mon sens de l’observation, mais j’apprends aussi à voir en reformulant ce qui se trouve devant mes yeux. L’autre personne à côté de moi qui regarde le même paysage ne le peindra pas comme moi. Elle aura sa façon bien à elle de transmettre sa vision et ses observations. Tout aussi valables que les miennes puisqu’elle est elle aussi à la recherche du Beau. J’ai souvent remarqué cela lorsque je peignais avec des amis.

La forme d’écriture qui me plonge dans de nouvelles découvertes est celle de ma pratique d’écriture journalière, ce que Julia Cameron appelle : « les pages du matin» (2).  C’est en quelque sorte un journal d’écriture dans lequel j’inscris une réflexion à propos d’un film que j’ai vu, d’une peinture que j’ai contemplée, d’un paysage que j’ai peins, d’une page de la Bible que j’ai méditée, d’une pensée partagée par quelqu’un de près ou de loin, d’une lecture qui m’a frappée, des paroles d’un chant qui m’ont particulièrement touchée…Cette pratique m’amène à faire des liens entre ce que j’ai lu, vu et entendu. Bref, à intégrer mes apprentissages à ma vie de tous les jours.

À travers les semaines, les mois, les années, mes connaissances se sont transformées graduellement en « art » de vivre. Un art de vivre empreint de plus en plus d’émerveillement devant la beauté de la création et du travail de Dieu dans l’univers. Empreint aussi de gratitude envers celui qui détient l’ultime connaissance et qui me prête les outils de mes cinq sens et un œil intérieur pour interpréter et mieux apprendre de lui, par lui, à propos de lui. Apprendre aussi à propos de l’autre et par l’autre créé à son image. Imago Dei. Car, comme le dit si bien l’apôtre Paul dans son épître aux Romains, «c’est de lui, par lui et pour lui que sont toutes choses» (3). Apprendre par l’art, c’est se laisser transformer.

Publié le vendredi 24 février 2017.
Mis à jour le lundi 6 mars 2017 : ajout des sources en bas de page.

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1. La Bible, version Louis Second, Psaume 104, verset 1 et verset 24 .
2. Julia Cameron, Libérez votre créativité, Osez dire oui à la vie,
Saint-Jean-de-Braye, France : Dangles, 1995.
3. La Bible, version Louis Segond, Épître de Paul aux Romains, chapitre 11, verset 36.