Aimez-vous Dieu de tout votre coeur ?

« Aimez-vous Dieu de tout votre cœur ? ». L’on peut répondre à cette question de façon sentimentale, sans trop s’y arrêter, ou au contraire, se dire que nul n’aime vraiment Dieu de tout son cœur, d’une manière indéfectible et sans limites, et qu’il est donc impossible de répondre à ce genre de question. Mais il s’agit d’une question très importante. Je l’ai donc décortiquée en questions complémentaires pour m’aider à réfléchir à ce que signifie aimer Dieu ainsi et ce que cela implique dans ma vie :

1. Comment peut-on savoir si l’on aime Dieu ?
2. Que signifie aimer Dieu de tout son cœur ?
3. Quelles sortes d’obstacles peuvent nous empêcher d’aimer Dieu de tout notre cœur ?
4. Quel changement pourrait être apporté à notre vie pour mieux aimer notre Dieu ?
5. De quelles ressources disposons-nous pour accroître notre amour envers Dieu ?

1. Comment savoir si l’on aime Dieu ?

Regardons ensemble quelques passages bibliques et leur contexte pour comprendre d’abord quelles pourraient être des indices dans nos vies qui nous aideraient à déterminer si nous aimons Dieu ou pas.

Le passage biblique à la base du questionnement d’aujourd’hui se lit comme suit « Ecoute, Israël, l’Eternel est notre Dieu, il est le seul Eternel. Tu aimeras l’Eternel ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Que ces commandements que je te donne aujourd’hui restent gravés dans ton cœur. Tu les inculqueras à tes enfants et tu en parleras chez toi dans ta maison, et quand tu marcheras sur la route, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras. Qu’ils soient attachés comme un signe sur ta main et comme une marque sur ton front. Tu les inscriras sur les poteaux de ta maison et sur les montants de tes portes » (Deutéronome 6 v. 4-5, Semeur).

J’ai relu à quelques reprises le chapitre 6 du Deutéronome pour m’aider à identifier en quoi consiste cet amour envers Dieu qui nous est demandé de Sa part. En mes mots, aimer Dieu consiste à s’imprégner de Sa Parole révélée afin d’être en mesure de vivre comme il souhaite que nous vivions dans les différentes circonstances de nos vies, puis que nous transmettions ce savoir à nos enfants et à leurs enfants. Il se dégage aussi de ce chapitre le principe suivant : si nous aimons Dieu, nous nous porterons mieux.

Le pays dans lequel entrerait sous peu le peuple était rempli de divinités mensongères qui offriraient beaucoup de promesses illusoires. Mais, comme dans une relation conjugale, Dieu désirait l’exclusivité.

Il y aurait de nombreuses pistes d’égarement en compétition directe avec Dieu. Ces voies seraient des chemins de mort offrant des solutions mensongères. Dieu tenait à ce que l’allégeance du peuple envers Lui ne soit pas divisée, que l’affection et la confiance du peuple soient dirigées vers Lui et non vers autre chose. À toutes les époques et dans tous les contextes, le peuple de Dieu doit choisir de s’en remettre à son Dieu et de Lui faire confiance dans toutes les sphères de sa vie. Les choix que nous faisons à cet égard sont des indicateurs de l’amour que nous avons ou n’avons pas envers Dieu.

Jésus a repris ce passage du Deutéronome pour répondre à des questions piégées que lui posaient des leaders religieux en Israël. Matthieu chapitre 22 est un bon exemple de ceci. Après avoir répondu à deux questions pièges, sans que l’on puisse lui reprocher quoi que ce soit, un pharisien et enseignant de la loi « voulut lui tendre un piège » de plus (v 35) et lui demanda : «Maître, quel est, dans la Loi, le commandement le plus grand?» Ce à quoi Jésus répond : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est là le commandement le plus grand et le plus important. Et il y en a un second qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Tout ce qu’enseignent la Loi et les prophètes est contenu dans ces deux commandements » (v 37-39). Cette réponse de Jésus à un enseignant pharisien nous apprend qu’aimer Dieu implique aimer son prochain.

Dans le récit de Luc d’un événement semblable où des chefs religieux tentaient par tous les moyens possibles de piéger Jésus, après qu’il eut répondu essentiellement comme nous venons de le voir en Matthieu, nous lisons ceci : « L’enseignant de la Loi, voulant se donner raison, reprit : — Oui, mais qui donc est mon prochain ? C’est en réponse à cette question que Jésus a donné la parabole du Samaritain, c’est-à-dire un exemple très concret du fait qu’aimer Dieu conduit nécessairement à aimer son prochain.

Nous lisons cet autre passage de la plume de l’apôtre Jean qui va dans le même sens : « Mes chers amis, aimons-nous les uns les autres, car l’amour vient de Dieu. Celui qui aime est né de Dieu et il connait Dieu. Qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour » (1 Jean 4 v. 8, Semeur).

2. Que signifie aimer Dieu de tout son cœur ?

Tout d’abord un mot à propos du terme « cœur » à l’époque de l’Ancien et du Nouveau Testament : « Selon la conception biblique de l’homme, le cœur est le centre de la personnalité » (Bible d’étude, version Semeur 2000, éditions Excelsis 2005, note sur Matthieu 15 v. 18).

« Le terme hébreu qui désigne l’organe cardiaque est souvent employé de façon figurée ou métaphorique, mais avec un jeu de sens assez différent de celui auquel nous sommes habitués. S’il peut évoquer les sentiments […] et le courage […], comme le mot cœur en français, il ne faut pas l’entendre par opposition à « la raison », comme dans la célèbre formule de Pascal (« le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas »). Au contraire, il est souvent employé pour désigner l’intelligence même. Foncièrement, en effet, en hébreu le cœur représente ce qu’on pourrait appeler « l’intériorité » de l’homme […], sans distinction entre aspects émotionnel, sentimental ou intellectuel […] : c’est le lieu de la décision […]. […] Pour le Nouveau Testament, c’est dans le cœur, à savoir l’intériorité de l’homme comme lieu de sa décision éthique, que l’Esprit de Dieu est à l’œuvre […] » (La Nouvelle Bible Segond, édition d’étude, p. 1701-1702).

« Le terme [hébreu et grec traduit par cœur] désigne le centre d’une chose (Dt 4.11; Jon 2.3; Mt 12.40). Les renvois à l’organe physique sont rares et peu spécifiques […]. Les Hébreux adoptaient la perspective de l’expérience subjective plutôt que celle de l’observation scientifique objective et avaient l’habitude de concevoir l’être humain comme entité comprenant l’ensemble de ses attributs physiques, psychiques et mentaux. Le cœur était considéré comme le centre directeur de tous ces attributs. C’est lui qui fait d’un être humain ou d’un animal ce qu’il est et motive tout ce qu’il fait (Pr 4.23). Les notions de caractère, personnalité, volonté et intelligence sont des notions modernes, qui reflètent chacune une partie du ses du mot « cœur » dans son usage biblique […] » « B.O. Banwell, « Cœur », dans Le Grand Dictionnaire de la Bible, p. 336, Excelsis, 2010).

Que nous apprend la formulation biblique elle-même sur ce que signifie aimer Dieu de tout notre cœur ?

  • « Tu aimeras l’Eternel ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force » (Deutéronome 6 v 5, Semeur).
  • « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est là le commandement le plus grand et le plus important » (Matthieu 22 v 37-38, Semeur).
  • « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ton énergie et de toute ta pensée, et ton prochain comme toi-même » (Lc 10 v 27, Semeur).
  • « […] tu aimeras donc le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ton énergie » (Marc 12 v. 30, Semeur).

« Ce sont toutes là des façons de dire qu’il nous faut aimer Dieu au plus haut degré possible avec tout ce qu’il y a en nous et avec toute la puissance de chacun des aspects ci-dessus formant un tout indivisible » (traduction libre de W. Robertson Nicoll, The Expositor’s Greek Testament, 1912, Volume I, p. 424-425).

Notons au passage que notre amour pour Dieu est fondée dans notre force pas celle du voisin, si donc nous sommes doué par Dieu pour accomplir des tâches pratiques, ce sera l’un des mécanismes par lequel nous manifesterons notre amour pour Dieu, si nous sommes doué pour l’enseignement, c’est à travers une pratique d’enseignement que nous pourrons manifester notre amour pour Dieu. Mais Dieu ne demande à personne de l’aimer avec les caractéristiques, dons ou talents qu’il ou elle n’a pas.

3. Qu’est-ce qui nous empêche d’aimer Dieu ?

Le récit fait par Marc peut nous aider à jeter un peu de lumière sur un exemple d’obstacle empêchant les être humains d’aimer Dieu de tout leur cœur. En Marc 12 v. 28-34 (veuillez le lire), le spécialiste de la loi qui pose la question à Jésus semble recevoir la réponse et la comprendre lorsqu’il reconnaît que ce que Jésus vient de lui dire est plus important que tous les rituels religieux auquel il s’attachait lui-même.

Par voie de contraste, la réaction d’un autre pharisien à ce même enseignement de Jésus sur l’amour est de tenter de se justifier (Lc 10 v. 29, LSG), c’est-à-dire de se donner raison (Lc 10 v. 29, Semeur). De quelle façon? en posant une question supplémentaire :« Oui, mais qui donc est mon prochain ».

Plusieurs des hommes que l’on retrouve en interaction avec Jésus dans les Évangiles ont endurci leur cœur. Ils se sont enfermés dans ce qu’ils veulent croire et refusent de se laisser interpeller par les propos ou les œuvres miraculeuses de Jésus. C’est à un point tel qu’après la résurrection de Lazare, en plus de refuser de se tourner vers Dieu, les chefs religieux décident d’un commun accord de tuer non seulement Jésus, mais également Lazare, parce qu’à cause de lui des gens se tournaient vers Jésus.

Plus près de nous se trouvent l’exemple des gens qui s’inquiètent de ce que d’autres penseront d’eux plus qu’ils ne s’inquiètent de ce que Dieu pense à leur sujet, cela peut s’avérer un obstacle nous empêchant d’aimer Dieu de tout notre cœur ou limitant l’étendue de notre amour envers Dieu.

4. Que changer pour mieux aimer Dieu ?

Lorsque l’on se trouve devant un problème qui nous semble insurmontable, l’on a une décision à prendre : vais-je me concentrer sur le problème ou me tourner vers Dieu avec celui-ci ? L’on peut comparer le choix de rester fixé sur le problème à une personne courbée vers le sol, tandis que le choix de s’en remettre à Dieu avec une difficulté consiste à tourner vers Lui le regard. Une autre image m’aide beaucoup et vient compléter la première : c’est vers le visage de Dieu et non vers ses mains que nous devons tourner notre regard. Autrement dit, je ne dois pas me tourner vers Dieu dans l’unique but de lui voir résoudre les situations compliquées de ma vie, mais dans l’intention de Le rencontrer Lui.

Pour ma part, cette étude me conduit à choisir de tourner le regard vers le Seigneur à chaque fois que ma pensée est attirée vers une certaine difficulté bien précise que j’expérimente en ce moment. Ce qui me conduit à vous demander si vous êtes présentement engagés dans la vie d’une personne courbée vers le sol vers les préoccupations qui l’habitent ? Se peut-il que parfois nous soyons portés à nous courber nous-mêmes vers le sol, affectés par l’attitude courbée d’une personne que l’on arrive pas à aider ? Rappelons-nous que le Dieu qui nous aime et qui aime aussi cette personne est témoin de tout cela. Il voit notre désarroi et ne nous abandonne pas à nous-même dans cette situation, loin de là !

5. De quelles ressources disposons-nous ?

Cette question me ramène à Deutéronome 6, le passage de l’Ancien Testament où il est dit d’aimer Dieu de tout notre cœur, passage qui est repris par Jésus en réponse aux questions piégées des chefs.

Connaître et méditer la Parole révélée de Dieu est central à Deutéronome 6, passage sur lequel se fonde le plus important des commandements. S’imprégner de la Sainte Parole de Dieu dans le but explicite d’entrer en relation avec Dieu est une des clés pour grandir dans notre amour pour Dieu.

Nous y apprenons, par exemple, que Dieu n’est pas un être lointain, distant ou impersonnel, mais au contraire qu’il interagit de manière personnelle avec chacun et que ses interventions – parfois miraculeuses, parfois providentielles — sont adaptées à leurs besoins (Henry T. Blakaby et Claude V. King, Votre expérience personnelle avec Dieu, p. 61 à 64, selon mon interprétation et adaptation libres).

En fréquentant assidûment la Parole de Dieu, nous apprenons à faire nôtres de nombreuses promesses et découvrons peu à peu des vérités qui bâtissent notre être intérieur et qui font de nous des personnes transformées à l’image de Christ. Considérons, par exemple, le passage suivant :

« Ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu. En effet, vous n’avez pas reçu un Esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la crainte : non, vous avez reçu l’Esprit qui fait de vous des fils adoptifs de Dieu. Car c’est par cet Esprit que nous crions : Abba, c’est-à-dire « Père » ! L’Esprit lui-même et notre esprit nous témoignent ensemble que nous sommes enfants de Dieu. Et puisque nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers : héritiers de Dieu et donc cohéritiers du Christ, puisque nous souffrons avec lui pour avoir part à sa gloire » (Romains 8 v. 14-17, Semeur).

Ce témoignage intérieur de l’Esprit de Dieu envers notre esprit augmente notre amour pour Dieu. Il nous prête assistance pour que nous comprenions la grandeur de l’amour de Dieu à notre égard et nous aide à répondre à cet amour par notre amour envers lui, jamais parfait, mais toujours en mouvement. Parfois ce mouvement en est un de croissance vers un plus grand amour envers Dieu, mais parfois aussi il nous arrive de stagner ou de régresser. C’est ici qu’il importe par-dessus tout de se savoir aimé de Dieu, de revenir à ce que nous apprennent les Écritures concernant notre identité en Christ : nous sommes fils, notre appartenance au Père est indissoluble car c’est Lui qui nous a aimé le premier et il nous garde.

Bref, notre amour pour Dieu est très dépendant de notre compréhension de l’amour que Dieu a pour nous. Plus nous comprenons et expérimentons l’amour de Dieu plus il nous est naturel d’y répondre. C’est une question que je ne me pose plus, parce que, je l’ai beaucoup fait dans le passé et cela m’emmenait à tourner mon regard vers moi-même, ce qui avait pour effet de me décourager beaucoup. Ma tendance maintenant est de regarder vers Dieu et d’être émerveillé par le fait qu’Il m’aime.

Voici une prière de l’apôtre Paul tout à fait appropriée pour conclure la présente réflexion :

« C’est pourquoi je me mets à genoux devant le Père, de qui dépendent comme d’un modèle, toutes les familles des cieux et de la terre. Je lui demande qu’il vous accorde, à la mesure de ses glorieuses richesses, d’être fortifiés avec puissance par son Esprit dans votre être intérieur. Que le Christ habite dans votre cœur par la foi. Enracinés et solidement fondés dans l’amour, vous serez ainsi à même de comprendre, avec tous ceux qui appartiennent à Dieu, combien l’amour du Christ est large, long, élevé et profond. Oui, vous serez à même de connaître cet amour qui surpasse tout ce qu’on peut en connaître, et vous serez ainsi remplis de toute la plénitude de Dieu » (Éphésiens 3 v. 14-19, Semeur).

Daniel Garneau,
Québec, le 1er mars 2021

Une méditation du Psaume 20

«Père, je me suis senti interpellé à venir Te rejoindre en ce lieu ce matin. Merci de m’y avoir convié ». Telle fut ma prière du 5 février dernier, accompagnée de cette méditation du Psaume 20 : Inspiré par l’Esprit, David fait cette prière à Dieu qu’est le Psaume 20 et que je choisis de faire mienne en ce matin du 5 février 2021 :

« Que l’Éternel t’exauce au jour de la détresse » (v. 2a) ; « Que ta forteresse soit le Dieu de Jacob » (v. 2b); Que de son sanctuaire, il t’envoie du secours » (v. 3a); « Que depuis Sion, il t’apporte son aide ! » (v. 3b); Qu’il daigne t’apporter ce que ton cœur souhaite ! Qu’il fasse s’accomplir tout ce que tu projettes ! » (v. 5); « Que l’Éternel réponde à tous tes vœux (v. 6b).

Je m’associe également à David lorsqu’il exprime sa confiance en l’action de Dieu :

« Oui, je sais maintenant que Dieu soutient son roi qui a reçu l’onction, il exauce les vœux de sa demeure sainte, il le délivrera par l’action de sa force. Aux uns, les chars de guerre, aux autres, les chevaux. Nous, notre confiance nous la mettons en toi, Éternel, notre Dieu » (v7-8, Semeur).

La confiance de David en Toi Seigneur le conduisait à savoir qu’il se tiendrait debout (v. 9). Père, j’ai parfois peur d’être terrassé par les lacunes de ma foi ou par les secteurs d’immaturité de ma vie. Mais David, dans ce Psaume, m’encourage à abandonner ce genre de crainte. Aussi, dis-je avec lui : « Eux, ils fléchissent et ils tombent, nous, nous restons debout et tenons fermement » (v9, Semeur).

Cette prière et méditation ont eu sur moi un très grand impact dans les heures et les jours qui ont suivi. J’ai donc décidé d’en faire une vidéo un peu plus étoffée et de la publier dans un canal YouTube sous le titre Savoir et croire – une méditation du Psaume 20 :

Ma prière pour vous est que l’Esprit du Dieu vivant percute votre âme. Priez en écoutant !

Daniel Garneau
Le mercredi 17 février 2021

 

Dieu et les désastres dans nos vies

La pandémie de coronavirus nous déstabilise et bouleverse nos projets, mais elle soulève également des questions théologiques profondes : qui est à l’origine des grands malheurs qui nous frappent ? En effet, la lecture du livre de John Piper, qui vient tout juste d’être rendu disponible en français, Le coronavirus et le Christ? , a conduit un membre du groupe des seniors de l’Église vie abondante de Québec à poser cette question :

J’ai toujours cru que la maladie provenait de l’ennemi depuis le péché originel, donc ne viendrait pas de Dieu mais qu’Il le permettait. Mais le livre de Piper dit :

« le coronavirus a été envoyé par Dieu. C’est une saison amère et Dieu l’a ordonné. Dieu la gouverne. Il y mettra fin».  Donc j’étais dans l’erreur tout ce temps ?

Ma réponse porte sur les deux premiers de trois volets : les désastres dans nos vies en général; la compréhension de Joseph des désastres dans sa propre vie; la maladie comme un désastre parmi d’autres désastres dans nos vies et dans celles de tout être humain. Le troisième volet ne sera pas traité ici, mais pourrait être l’objet d’un article à part entière.  J’estime toutefois que le présent article peut fournir des éléments de contexte théologique à prendre en compte dans l’éventuelle formulation d’une réponse à la question posée.

Les désastres dans nos vies

Les désastres dans nos vies prennent diverses formes. Le plus souvent, bien peu de gens savent ce qui se passe réellement dans notre propre vie, car nous ne pouvons en parler. Les pires situations que nous vivons au plan personnel sont souvent de cette classe-là. Or lorsqu’une catastrophe touche la planète tout entière, comme la présente pandémie, tout le monde fait face à la même chose en même temps, nous pouvons librement en parler.

Mon attitude face à la pandémie du coronavirus est la même que pour les souffrances vécues à diverses périodes de ma vie et dont je ne pouvais parler qu’à un cercle restreint. Mon parcours vers la posture que j’adopte aujourd’hui est le résultat d’un cheminement qui n’a pas été rectiligne. Il y a eu des périodes de ma vie où les difficultés ou épreuves auxquelles je faisais face ne cadraient pas avec ma compréhension de la foi chrétienne.

Je ne comprenais pas pourquoi tout allait bien dans un domaine, mais mal dans un autre, alors qu’à mes yeux, Dieu aurait pu faire en sorte que tout aille bien pour moi partout, surtout que je croyais obéir à sa Parole et croyais lui faire confiance en toutes choses. J’ai traversé ces périodes en adoptant des postures de vie distinctes, dont voici un résumé :

Quatre mouvements ont caractérisé mon engagement chrétien au fil des ans : (1) d’abord, un espoir sans borne; (2) ensuite, une attitude d’exigence envers Dieu; (3) suivie d’un découragement profond face à moi-même; (4) puis, enfin, depuis 2008, une période d’intégration spirituelle où je goûte à la vie abondante.

C’est dans le cadre de ce dernier mouvement que j’ai appris à jouir du calme intérieur accessible à celles et ceux qui placent leur confiance dans le Seigneur Jésus-Christ (extrait de l’article intitulé La grâce de Dieu à l’oeuvre dans ma vie).

Ma réponse à la pandémie en cours résulte d’un parcours de vie où j’ai trouvé des réponses satisfaisantes à un certain nombre de questions sur qui est Dieu et comment il agit. Parmi ces réponses : je sais que Dieu m’aime; je sais qu’il aime mes proches; je sais qu’il aime tous les gens de mon entourage, même ceux qui me paraissent peu aimables; je sais qu’il aime tout autant les personnes qui contreviennent le plus sévèrement à ses voies. Je sais aussi qu’il est préférable de m’en remettre à Dieu dans une attitude de confiance plutôt que de chercher des explications rationnelles concernant les malheurs qui arrivent. Les deux livres suivant m’ont aidé à faire le point sur cette dernière dimension :

Keller et Piper se complètent dans leur manière d’aborder les difficultés qu’ils traitent.  Mais tous deux considèrent que le mal dans le monde n’est pas un accident dû au hasard. D’une manière mystérieuse, elles reflètent aussi la bonté, la justice et la grandeur de Dieu.  Lorsque nous avons mal, Dieu a mal. Dieu a choisi de souffrir en Christ sur la croix. Le plan de Dieu intègre la souffrance. Il a choisi cette voie plutôt que toute autre.

La compréhension de Joseph des désastres dans sa propre vie

Une belle illustration de cela se trouve dans la manière dont les traducteurs de la Bible du Semeur ont résolu les complexités du texte hébraïque pour Genèse 50.20.

Vous aviez projeté de me faire du mal, mais par ce que vous avez fait, Dieu a projeté de faire du bien en vue d’accomplir ce qui se réalise aujourd’hui, pour sauver la vie à un peuple nombreux ( Genèse 50.20,Semeur).

Mais, direz-vous, comment se fait-il que la Bible que je lis habituellement ne semble pas  dire exactement la même chose ? À titre d’exemple, la traduction suivante :

Vous aviez projeté de me faire du mal, Dieu l’a changé en bien pour accomplir ce qui arrive aujourd’hui, pour sauver la vie à un peuple nombreux (Genèse 50.20, Segond 21).

Il est nécessaire de comprendre que le verbe projeter utilisé deux fois dans la traduction Semeur est le même verbe dans l’original de langue hébraïque. Le principe de traduction adopté par la Bible du Semeur permet d’ajouter par ce que vous avez fait pour mieux capturer l’intention du texte originel, alors que l’approche de traduction adoptée par Segond invite à faire le moins de modifications possibles au texte, ce qui, dans ce cas, consiste à utiliser un verbe différent pour la deuxième occurrence du même verbe, car « Dieu l’a projeté en bien » ne fait pas partie des options possibles en français écrit normal.

Le dilemme de traduction évoqué ci-dessus peut être résolu par une simple lecture suivi  du récit duquel est tiré le verset dont nous venons de parler, soit Genèse 37 à 50. Joseph était celui des fils de Jacob que son père préférait, aussi les frères de Joseph éprouvaient-ils de la haine à son égard. Après s’être demandé s’ils ne le tueraient pas, ils ont plutôt décidé de le vendre en esclavage à des égyptiens. Voici ce que Joseph dit de nombreuses années plus tard, lorsque ses frères se rendent en Égypte pour se procurer des vivres :

Il dit à ses frères :
—Je suis Joseph ! Mon père est-il encore en vie ?
Mais ses frères étaient incapables de lui répondre tant ils avaient peur de lui.
Alors Joseph leur dit :
—Venez près de moi !
Ils s’approchèrent.
—Je suis Joseph, leur dit-il, votre frère, que vous avez vendu pour être emmené en Egypte. Et maintenant, ne vous tourmentez pas et ne vous accablez pas de remords de m’avoir vendu comme esclave. C’est pour vous sauver la vie que Dieu m’a envoyé devant vous. Car voici deux ans que la famine sévit dans ce pays et pendant cinq ans encore, il n’y aura ni labour ni moisson. Dieu m’a envoyé devant vous pour vous faire subsister sur la terre et vous garder la vie, par une très grande délivrance. C’est pourquoi ce n’est pas vous qui m’avez envoyé ici, c’est Dieu. Et il m’a élevé au rang de « Père pour le pharaon », faisant de moi le maître de toute sa cour et le dirigeant de toute l’Egypte. Retournez donc au plus vite auprès de mon père et dites-lui : « Ton fils Joseph te fait dire ceci : Dieu m’a établi maître de toute l’Egypte ; viens auprès de moi sans tarder (Gen 45.3-9, Semeur).

Puis, encore, quelques années plus tard, lorsque leur père Jacob est décédé :

Maintenant que leur père était mort, les frères de Joseph se dirent :
—Qui sait, peut-être Joseph se mettra à nous haïr et à nous rendre tout le mal que nous lui avons fait.
Alors ils lui envoyèrent un messager pour lui dire :
—Avant de mourir, ton père nous a donné cet ordre : « Vous demanderez à Joseph : Veuille, je te prie, pardonner le crime de tes frères et leur péché ; car ils t’ont fait beaucoup de mal. Oui, je te prie, pardonne maintenant la faute des serviteurs du Dieu de ton père. »
En recevant ce message, Joseph se mit à pleurer.
Ses frères vinrent en personne se jeter à ses pieds en disant :
—Nous sommes tes esclaves.
Mais Joseph leur dit :
—N’ayez aucune crainte ! Suis-je à la place de Dieu ? Vous aviez projeté de me faire du mal, mais par ce que vous avez fait, Dieu a projeté de faire du bien en vue d’accomplir ce qui se réalise aujourd’hui, pour sauver la vie à un peuple nombreux (Genèse 50.15-20, Semeur).

La compréhension qu’a Joseph de ce qui est arrivé tout au long de sa vie intègre le mal qui lui a été fait par ses frères au plan souverain que Dieu avait pour lui. Il est clair aux yeux de Joseph que c’est Dieu qui est la cause ultime de son séjour en Égypte, non pas ses frères. Joseph ne fait pas semblant que ses frères n’ont rien fait de mal. Mais pour Joseph, leur méfait faisait partie de la manière dont Dieu a agi pour produire un bienfait inattendu.

En conclusion : la maladie ne fait-elle pas partie des désastres ?

Bien que je n’ai pas abordé directement la question posée au début du présent article concernant la source ultime de la maladie. Je le soumets à titre de cadre général d’interprétation théologique à prendre en considération dans une réflexion sur la maladie et la mort. J’aimerais donc conclure avec la question suivante : la maladie — et la mort — ne peuvent-elle pas être considérées comme des désastres parmi d’autres désastres ?

N’hésitez pas à interagir avec cet article en laissant vos commentaires ci-dessous.

Daniel Garneau
le 23 avril 2020

La joie profonde et la paix profonde en Jésus – Est-ce pour nous (Philippiens 4v4-9) ?

La joie profonde et la paix profonde en Jésus – Est-ce pour nous&nbs;?(Philippiens 4.4-9)

Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix. Que votre coeur ne se trouble pas et ne se laisse pas effrayer (Jean 14.27).

De quoi Paul parle-t-il lorsqu’il nous invite à nous réjouir toujours (v4) ? et lorsqu’il affirme que la paix (v7) de Dieu gardera nos cœurs et nos pensées en Jésus ?

La situation dans laquelle il se trouvait lorsqu’il a écrit ces lignes nous éclaire. Non seulement était-il en prison à Rome lorsqu’il a écrit cette lettre, mais il entendait des nouvelles perturbantes de ce qui se passait dans certaines églises ou milieux chrétiens.

Par exemple : « beaucoup se conduisent en ennemis de la croix de Christ; je vous ai souvent parlé d’eux, et je le fais maintenant encore en pleurant » (Phil 3.18).

Il s’agit donc d’une joie et d’une paix qui ne dépendent pas des circonstances extérieures, mais qui surgissent de notre être intérieur en réponse à l’Esprit de Christ en nous.
« … et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, tiendra sous sa garde en Christ Jésus vos cœurs et vos pensées » (Ph 4.7, Bible Perret-Gentil et Rilliet).

Cette joie et cette paix sont également inclues dans le fruit de l’Esprit. Elles font partie des ressources de Dieu pour nous (Gal 5.22), non pas de nos ressources propres (Gal 5.19).

Elles relèvent de la grâce imméritée de Dieu envers nous (Phil 1.2, 7, 29; 4.6, 23) et font partie des bénédictions pour lesquelles nous lui rendons grâce (Phil 1.3 et 4.7).

Il nous incombe toutefois de préserver un cadre qui soit favorable à cette grâce. Voici trois questions à nous poser pour nous aider à créer, renforcer ou stabiliser notre vie en ce sens.

1. Faisons-nous connaître à Dieu le sujet de nos inquiétudes et lui exprimons-nous notre reconnaissance incluant ces choses mêmes qui nous tracassent (Ph 4.6) ?

« Ne vous inquiétez de rien, mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, dans une attitude de reconnaissance ».

L’attitude de reconnaissance consiste à « rendre grâce » (Ph 1.3; 4.7, Seg) à Dieu pour des aspects de la « grâce » reçue de Lui (Phil 1.2, 7, 29; 4.6, 23, Seg).

Un jour, à 4 h du matin, alors même que je priais ainsi, désireux de la promesse attachée « … Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce que l’on peut comprendre, gardera votre cœur et vos pensées en Jésus-Christ ». Le téléphone sonne pour nous annoncer la fin d’une épreuve qui accablait vivement mon épouse et moi, mais à propos de laquelle j’étais justement entrain d’être reconnaissant au Seigneur, malgré les inconvénients pour nous. La personne nous appelait pour nous informer que la veille au soir elle avait participé à une réunion chrétienne lors de laquelle le Seigneur lui avait clairement montré de changer son attitude vis-à-vis de nous et à renverser une décision qu’elle avait prise contre nous.

2. Agissons-nous intentionnellement sur ce qui se présente à nos pensées ?

« … que tout ce qu’il y a de vrai, de noble, d’honorable, ce qui a une réelle valeur et qui est juste, pur et digne d’être aimé occupe vos pensées. Tendez vers tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite la louange » (Ph 4.8, Parole Vivante).

Dans les cas les plus féroces, deux modes de combat pour une même stratégie :
• Je mets un terme sans délai aux pensées mensongères en disant « Non! ».
• Au repos, je dissous les images mensongères en ouvrant les yeux.
• « Résistez au diable et il fuira loin de vous » (Jacques 4.7b).

3. Agissons-nous intentionnellement sur ce qui sort de notre bouche ?

« Qu’on n’entende pas de paroles grossières, de propos stupides ou équivoques – c’est inconvenant – mais plutôt des paroles de reconnaissance » (Ép. 5.4).

Ce passage a attiré mon attention à cause du contraste entre la reconnaissance et les paroles qui ne contribuent en rien à la vie et à la croissance spirituelle.

« Et quoi que vous fassiez, en parole ou en acte, faites tout au nom du Seigneur Jésus en exprimant par lui votre reconnaissance à Dieu le Père » (Col 3.17, S21).

J’ai parfois envie de parler de ce qui m’agace ou me tracasse, mais je sais que si je choisis de ne pas le faire, c’est une façon de leur accorder moins de place.

Pourquoi ne pas appliquer à nos paroles ce que Paul conseille pour nos pensées :
« Que tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l’approbation, ce qui est vertueux et digne de louange, soit l’objet de vos pensées » et de vos paroles ?

Contexte

Phil 4.5 et 4.9 nous invitent à manifester les qualités de caractère de Jésus (Phil 4.5a), à être conscients que Jésus est près de nous et avec nous à tout instant (Phil 4.5b), et à vivre comme l’enseigne Paul par sa vie et par ses lettres (Phil 4.9); bref, selon la Parole.

Conclusion

Prendrons-nous soin des dons immérités de Dieu que sont la joie et la paix profonde déversées en nous par son Esprit ? Nos manières d’être, de penser, de parler et d’agir sont déterminant à cet égard. Elles sont aussi une manière de Lui être reconnaissant.

Questions d’approfondissement

1 – Un élément vous a particulièrement interpellé(e) : lequel et pourquoi ?
2 – Quelle est la source d’une joie profonde ou d’une paix profonde ?
3 – Comment éveiller, cultiver, nourrir une joie profonde ou une paix profonde ?
4 – Liens entre attitude de reconnaissance et joie profonde ou paix profonde ?
5 – Quel impact ont nos pensées et nos paroles sur notre croissance dans le Seigneur ?

Par Daniel Garneau
Étude présentée le mercredi 23 octobre 2019,
au ministère Seniors Vie Abondante (SVA) de l’Église vie Abondante.

Mise à jour le 23 mars 2020 (ajout de photo).

Le pardon de Joseph, David et Étienne

Dans un article précédent, je réfléchissais au pardon en réponse aux questions posées par un ami sur le chrétien et le pardon d’actes graves. Dans la présente article, je passerai en revue l’attitude face à leurs bourreaux de victimes dont le récit est parvenu jusqu’à nous à travers les textes de l’Ancien ou du Nouveau Testament.

Comme dans le premier article, j’adopterai la posture combinée de mon expérience personnelle et de mes convictions chrétiennes telles qu’intégrées dans ma vie. Mes commentaires dans chacune des rubriques ci-dessous ne seront donc pas ceux d’un érudit des passages bibliques mentionnés, mais de la façon dont ceux-ci font partie de moi et m’aident à combattre ma tendance naturelle par les voies de l’Esprit.

Quand je pense aux victimes de crimes odieux et abusifs capables d’illustrer les attitudes de pardon préconisées par Jésus pour ceux qui cherchent à vivre selon ses voies, trois cas de figure me viennent à l’esprit : Joseph, David et Étienne.

Le pardon du patriarche Joseph envers ses frères

L’histoire de Joseph est relatée en  Genèse 37 à 50. Il ne serait pas superflu de lire ce récit en entier avant de poursuivre la lecture du présent article. Il s’agit de l’histoire d’un jeune homme envers qui son père exprime plus d’affection qu’envers tous ses frères. Ceux-ci étant jaloux décident de le tuer, mais le frère aîné plaide en sa faveur. Ils finissent par se mettre d’accord pour le vendre à des marchands d’esclaves en route vers l’Égypte, puis ils s’entendent pour dire à leur père que Joseph a été tué par un animal sauvage.

La mise à l’épreuve de votre foi produit la persévérance (Jacques 1.3-4)

Les années passent et Joseph se retrouve en prison suite à une fausse accusation de la part de la femme de l’officier égyptien dont il était l’esclave et le fidèle serviteur. Celle-ci désirait coucher avec Joseph, mais ce dernier ne voulait pas. Pour lui, il s’agissait-là d’un enjeu de fidélité envers Dieu et envers son maître, lequel lui faisait confiance. Humiliée par ces refus répétés de la part de Joseph, la femme de l’officier égyptien, l’accusa, lors de l’un de ces refus, d’avoir voulu la violer. Joseph se retrouva en prison, jusqu’au moment où le pharaon voulut connaître l’interprétation d’ un rêve troublant et intriguant.

L’on convoqua Joseph, car il avait déjà interprété avec justesse les rêves d’officiers du roi. L’interprétation donnée par Joseph convainquit le pharaon de lui confier la responsabilité d’administrer les réserves de nourriture en prévision d’une famine annoncée par le rêve. Quand la famine en question arriva, les frères de Joseph se rendirent en Égypte pour chercher de la nourriture afin de survivre et se retrouvèrent en présence de Joseph. Ce dernier — comme on le voit dans l’extrait biblique suivant — fait preuve d’une attitude généreuse, démontrant qu’il leur a pardonné leur crime :

Joseph dit à ses frères : «Je suis Joseph ! Mon père est-il encore en vie ?» Mais ses frères furent incapables de lui répondre, tant ils étaient troublés de se retrouver devant lui. Joseph dit à ses frères : «Approchez-vous de moi» et ils s’approchèrent. Il dit : «Je suis Joseph, votre frère, celui que vous avez vendu à destination de l’Egypte. Maintenant, ne vous tourmentez pas et ne soyez pas fâchés contre vous-mêmes de m’avoir vendu pour que je sois conduit ici, car c’est pour vous sauver la vie que Dieu m’a envoyé ici avant vous. Voilà 2 ans que la famine dure dans le pays, et pendant 5 ans encore il n’y aura ni labourage ni moisson. Dieu m’a envoyé ici avant vous pour vous permettre de subsister dans le pays et pour vous faire vivre en vous accordant une grande délivrance. Ce n’est donc pas vous qui m’avez envoyé ici, c’est Dieu. Il m’a établi père du pharaon, seigneur de toute sa maison et gouverneur de toute l’Egypte. Dépêchez-vous de remonter vers mon père pour lui annoncer : ‘Voici ce qu’a dit ton fils Joseph : Dieu m’a établi seigneur de toute l’Egypte. Descends vers moi sans tarder […]’ […]» (Genèse 45.3-9, Segond 21) !

Puis, encore, quelques années plus tard, lorsque leur père Jacob est décédé :

Quand les frères de Joseph virent que leur père était mort, ils se dirent : «Si Joseph nous prenait en haine et nous rendait tout le mal que nous lui avons fait!» Et ils firent dire à Joseph : «Ton père a donné l’ordre suivant, avant de mourir : ‘Voici ce que vous direz à Joseph : Oh! Pardonne le crime de tes frères et leur péché, car ils t’ont fait du mal!’ Pardonne maintenant le crime des serviteurs du Dieu de ton père!» Joseph pleura à l’écoute de leur message. Ses frères vinrent eux-mêmes se jeter à ses pieds et dire : «Nous sommes tes serviteurs.» Joseph leur dit : «N’ayez pas peur! Suis-je en effet à la place de Dieu? Vous aviez projeté de me faire du mal, Dieu l’a changé en bien pour accomplir ce qui arrive aujourd’hui, pour sauver la vie à un peuple nombreux. Désormais, n’ayez donc plus peur : je pourvoirai à vos besoins et à ceux de vos enfants.» C’est ainsi qu’il les réconforta en parlant à leur cœur. Joseph habita en Egypte, ainsi que la famille de son père. Il vécut 110 ans (Genèse 50.15-22) , Segond 21).

À la lecture de ce récit, en Genèse 37 à 50, on ne trouve aucune trace nulle part d’amertume de la part de Joseph envers ses frères, même si ceux-ci lui ont causé un tort irréparable. L’on voit chez Joseph l’attitude d’une personne qui sait que Dieu prend soin de lui et qui est déterminé à marcher dans l’obéissance à son Dieu et la confiance envers Lui, quelles que soient les circonstances qu’il traverse, même lorsqu’il ne comprend pas.

Le pardon de David envers le roi Saul

L’histoire du roi David est racontée en 1 Samuel 16 à 31 et en 2 Samuel, puis elle est réitérée aux exilés de Juda en 1 Chroniques 10 à 29. La vie de David a ceci de particulier, c’est qu’elle est enrichie de ses pensées personnelles intimes à travers les nombreuses prières que celui-ci a adressée à Dieu dans plusieurs des Psaumes. Nous avons donc accès au récit des principaux événements de sa vie et à ce qu’il vivait intérieurement.

Comme dans le cas de Joseph, l’on est, avec David, devant une personne qui reconnaît l’intervention de Dieu dans sa vie, sauf que nous disposons ici de beaucoup plus de matériel pour nous permettre de bien voir ses motivations au fil du récit. Ce qui me frappe particulièrement dans tous les textes bibliques que l’on peut lire sur David est le fait qu’il était déterminé à ne rien faire qui soit en opposition à la nature de Dieu.

Par exemple, il refusait de prendre la vie de son adversaire, le roi Saul, même lorsque ce dernier le pourchassait sans raison valable en cherchant à le tuer. Et lorsqu’il a appris la mort du roi Saul, il n’a pas considéré qu’il y avait matière à se réjouir. Au contraire, il a honoré la mémoire de ce roi qui était mort au combat contre les ennemis d’Israël. Ce qui se dégage pour moi de 1 et 2 Samuel ainsi que des Psaumes à propos de David est que la source de sa force pour agir ainsi était son amour pour Dieu et sa confiance en Lui.

Le pardon d’Étienne et des chrétiens envers leurs persécuteurs

Étienne était l’un des sept hommes choisis pour faire la distribution de la nourriture, lorsqu’un besoin surgit parmi les veuves de l’église naissante à Jérusalem. Les hommes choisis devaient obligatoirement être parmi ceux dont l’on rendait un bon témoignage et être rempli d’Esprit saint et de sagesse (Actes 6.1-4). Étienne est le seul des sept hommes choisis à propos de qui l’on répète et amplifie ensuite ces qualités chez lui. En effet, le texte précise d’Étienne qu’il était «un homme plein de foi et d’Esprit saint» (Actes 6.5), «plein de foi et de puissance» (Actes 6.8a), voire même qu’il «accomplissait des prodiges et de grands signes miraculeux parmi le peuple» (Ac 6.8b).

Alors que des membres d’une synagogue discutaient avec lui (Actes 6.9), ils virent qu’«ils ne pouvaient pas résister à la sagesse et à l’Esprit qui inspiraient ses paroles» (Actes 6.10). Ces hommes suscitèrent de faux témoins qui l’accusèrent devant le sanhédrin, c’est-à-dire le tribunal religieux juif de l’époque (Actes 6.11-14). Les autorités religieuses responsables de l’acquitter ou de le condamner «virent que son visage était comme celui d’un ange» (Actes 6.15). Étienne donne alors son témoignage (Actes 7.1-53), ce qui met ses juges dans un tel état de colère qu’ils l’exécutent sur place (Actes 7.54-59).

Saul, ancien nom de Paul, le futur apôtre, avant qu’il fasse la rencontre du Seigneur alors qu’il se rendrait à Damas pour tuer tous les chrétiens qu’il pourrait rencontrer, ce Saul là était présent lors de l’exécution d’Étienne et approuvait ce meurtre (Ac 7.58 à 8.1). Quant à Étienne, que fait-il pendant ce temps? alors même qu’on le tue à coups de pierre, car c’est là ce que signifie «lapider» ? Il prie ! Il demande au Seigneur d’accueillir son esprit et de ne pas charger ses bourreaux de ce péché (Actes 7.59-60).

Ce qui me frappe dans le récit d’Étienne et dans ses suites, tel que transmis dans le livre des Actes, est que l’on ne lit aucune parole d’amertume à propos de cette exécution aussi injuste que sommaire : ni Étienne lui-même, ni aucun des disciples de Jésus, nulle part dans les Actes des apôtre.  Quant à Paul, qui revient sur la scène dans le récit de sa conversion (Actes 9), puis de ses voyages missionnaires (Actes 13 à 28). Non seulement a-t-il été pardonné pour avoir participé à la persécution des chrétiens, mais il est devenu un instrument dans la main du Seigneur pour accomplir Son œuvre.

Ces récits, de Joseph vendu comme esclave en Égypte, de David pourchassé injustement avec intentions meurtrières par le roi Saul qu’il avait servi avec loyauté, d’Étienne condamné sur la base de faux témoignages et pour avoir parlé avec vérité sous l’inspiration de l’Esprit, font tous trois partie de ma banque interne de modèles à suivre.

Aucun de ces exemples ne m’invitent à nier ce que je ressens lorsque je suis en colère contre l’injustice envers moi-même ou envers d’autres. Par contre tous ces exemples m’incitent à mettre ma confiance en ce Dieu qui sait rendre justice. Je sais pouvoir compter sur le fait que Sa justice sera rendue en donnant à chacun toute les opportunités possibles de reconnaître leur culpabilité devant Lui, de se détourner des filets du mal avec lesquels ils sont aux prises et d’obtenir la paix promise par Christ à ceux qui croient.

Auteur: Daniel Garneau;
publié le 23 mai 2018.

Mots clés de recherche : pardon, Joseph, David, Étienne

Le chrétien et le pardon d’actes graves

Le plaidoyer de culpabilité d’Alexandre Bissonnette en a sans doute hanté plus d’un. Que faire si la victime —  ou pire, l’agresseur — était un de nos proches ? se demandent des personnes de divers horizons. L’on cherche une réponse à la question, «ce geste est-il pardonnable ?» Voici les mots mêmes d’un ami tenaillé par cette bien triste situation :

Ce qui me hante est la nature même du pardon considérant que je suis un chrétien croyant. Jusqu’où ce déséquilibre momentané allant jusqu’à tuer, peut-il être pardonnable ou pas ? Y a-t-il une limite au pardon ? Comme chrétien, qu’est-ce que j’ai de «plus» que d’autres ? Si c’était mon fils qui avait posé ce geste, serais-je capable d’un pardon inconditionnel ? Voilà en résumé ce qui me fait beaucoup réfléchir. Je souhaiterais obtenir tes éléments de réponses pour aller plus loin…

Ces interrogations m’ont paru, non seulement d’une grande pertinence, mais aussi, d’un intérêt certain pour d’autres personnes se posant des questions semblables. Toutes les approches sur lesquelles je me suis aventuré pour tenter de parler du pardon en lien avec le présent questionnement m’ont rapidement paru lacunaires. Le présent article se veut malgré tout un début de réponse.

C’est selon mon expérience de vie et mes convictions chrétiennes, telles qu’intégrées dans ma vie à ce jour, que mon interlocuteur m’invite à lui répondre.  Si donc je fais l’inventaire des démarches de pardon dans ma vie, il y en a quelques-unes qui se détachent des autres, même si aucune n’est reliée aux genres de crimes dont les questions ci-dessus font état. Les plus anciennes me situent dans un rapport beaucoup plus pénible au pardon que maintenant, pour des offenses plus ou moins équivalentes. Je trouve en cela un  encouragement, car je vois que ma foi chrétienne a produit des résultats, notamment en ce qui concerne le traitement de l’offense. Malgré tout, le pardon reste toujours difficile à accorder; il continue de demander un travail pour y parvenir. Il implique un combat à livrer, avec moi-même, appuyé sur les ressources de Christ en moi.

Si je pense aux modèles de pardon auxquelles adhèrent des personnes de divers contextes avec qui j’ai été en interaction au fil des années, il me semble important de préciser ce qui ne fait pas partie de la nature du pardon. Le pardon n’est pas l’exonération des conséquences d’un acte mauvais que l’on a soi-même commis ou que d’autres ont commis à notre encontre ou contre d’autres. Le pardon n’est pas l’oubli de la faute, comme si elle était balayée de nos souvenirs. Le pardon n’implique pas que l’on ne parlera plus de la situation répréhensible en cause, comme s’il s’agissait d’une «affaire classée».

Le pardon n’est pas davantage synonyme de réconciliation, car la réconciliation requiert la participation active de toutes les personnes concernées par l’offense, alors que le pardon appartient à l’offensé et à lui seul. J’ajouterai également que le pardon n’est pas la restauration de la confiance de l’offensé envers l’offenseur, car celle-ci aura besoin d’être rétablie. Enfin, il importe de ne pas confondre le pardon et les émotions confuses ou déplaisantes que l’on peut encore ressentir, même après avoir réellement pardonné.

Des auteurs que je respecte ont dédié un chapitre ou plus sur le pardon dans au moins un de leurs ouvrages. Il s’agit de : Simone Pacot, dans L’évangélisation des profondeurs;  Leanne Payne, dans L’âme, cette oubliée, traduction de Restoring the Christian Soul;  John Piper, dans Combattre l’incrédulité, traduction de Battling Unbelief; Philip Yancey, dans Touché par la grâce, traduction de What’s So Amazing About Grace; Neil Anderson, dans Une nouvelle identité pour une nouvelle vie , traduction de Victory over the Darkness. Je vais maintenant m’inspirer librement de leurs réflexions pour explorer certains aspects de la nature du pardon dans la perspective chrétienne qui est la mienne.

Je traiterai du pardon selon des angles qui me paraissent fort importants pour amorcer une réflexion sur ce thème : (1) le pardon, à qui bénéficie-t-il? (2) le pardon comme choix; (3) le pardon comme refus de se venger; (4) le pardon par Dieu des pires offenseurs; (5) le sacrifice de Christ pour notre pardon et celui des autres.

1. Le pardon, à qui bénéficie-t-il?

Aussi étonnant que cela puisse paraître au premier abord, le pardon bénéficie à celui qui pardonne. C’est Neil Anderson qui est le plus clair sur ce point avec lequel tous me semblent d’accord : le pardon bénéficie à celui qui l’accorde beaucoup plus qu’à celui qui le reçoit. La victime qui pardonne une offense se libère elle-même. Cela correspond très précisément aussi à mon expérience personnelle de pardon. L’offenseur pourrait à la limite ne pas savoir qu’on lui a pardonné. Il pourrait même être décédé.

L’on conviendra aisément que plus le tort causé est grand, plus le pardon est difficile à accorder. Mais, ne pourrions-nous pas extrapoler et affirmer également que plus le tort causé est grand, plus la victime bénéficiera du pardon, plus elle se libérera ?  À cet égard, Yancey donne un avertissement qui sonne comme une alarme: «Sans pardon, le passé monstrueux peut à tout moment sortir de l’hibernation pour dévorer le présent. Et aussi le futur» (Touché par la grâce, p. 120), le futur de la victime, et souvent même celui de ses proches.

Par ailleurs, dans certains cas, l’offenseur aussi tire bénéfice du pardon accordé par la victime, à condition qu’il accueille ce pardon, ce qui peut ne pas être le cas. Leanne Payne fournit des exemples d’agresseurs repentants qui ont bénéficié du pardon de leur victime. Simone Pacot, quant à elle, souligne très pertinemment ceci: «Lorsque nous pardonnons, la relation n’est pas forcément restaurée dans sa forme extérieure. Mais tout est en place pour qu’elle le soit» (L’évangélisation des profondeurs, p. 228). Évidemment, cette toute dernière remarque ne s’applique pas au cas présent, car Alexandre Bissonnette est un étranger par rapport à ses victimes, comme c’est aussi souvent le cas.

2. Le pardon comme choix

Selon Leanne Payne, le pardon est un acte transactionnel accompli par la victime au terme d’une démarche plus ou moins pénible et plus ou moins longue qui l’aura amenée à être prête à pardonner.

Cet acte transactionnel peut prendre la forme d’une prière à Dieu et pourrait ressembler à quelque chose comme ceci : «Seigneur, je pardonne à x d’avoir commis y». Cette décision de pardonner devient une balise dans l’espace et dans le temps pour celui qui accorde le pardon. Elle servira de repère lorsque la douleur reviendra, suite à un événement qui l’aura éveillée. Le fait d’avoir pardonné n’élimine pas les inconforts ou les douleurs ou les émotions négatives que vit la personne qui a accordé le pardon. Par contre, explique Simone Pacot, «[elle] ne souffre plus de la même manière, la souffrance ne porte plus la mort, elle peut être vécue avec un cœur pacifié, maintenant la vie est là» (L’évangélisation des profondeurs, p. 227). Cet état constitue déjà une étape importante dans un processus de restauration au bénéfice de la victime qui a choisi de pardonner.

Leanne Payne quant à elle compare cette décision à un vœu de pauvreté. Celui ou celle qui fait un vœu de pauvreté à une certaine date doit le renouveler par la suite chaque jour pour le vivre concrètement. Cela renvoie une fois de plus à ce que le pardon n’est pas. Il n’entraîne pas obligatoirement l’absence de souffrance subséquente au pardon chez la personne offensée. Il n’y a pas de lien automatique entre la décision de pardonner et la libération intérieure. Comme nous venons tout juste de le dire, celle-ci peut faire partie d’un processus dont le choix de pardonner n’est que l’une des étapes. Bien que ce choix s’avère décisif, il demeure une étape d’un plus long processus.

3. Le pardon comme refus de se venger soi-même

La décision de pardonner inclut une dimension qui suppose le refus d’agir soi-même pour que justice soit faite à l’agresseur. L’on renonce alors à faire quoi que ce soit contre l’agresseur pour rétablir le droit. Le pardon comme refus de se venger soi-même n’implique pas du tout de ne pas dire la vérité dans une cour de justice et encore moins de laisser un criminel en liberté sans rien faire. Mais, en pardonnant, la victime se libère de son agresseur, car elle laisse à Dieu le soin de rétablir la justice selon Sa sagesse, Sa puissance et Sa bonté (Rm 12.17-21). Elle se tourne vers le présent et l’avenir devant elle.

Ne rendez à personne le mal pour le mal. Recherchez ce qui est bien devant tous les hommes. Si cela est possible, dans la mesure où cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes. Ne vous vengez pas vous-mêmes, bien-aimés, mais laissez agir la colère de Dieu, car il est écrit : C’est à moi qu’appartient la vengeance, c’est moi qui donnerai à chacun ce qu’il mérite, dit le Seigneur. Mais si ton ennemi a faim, donne-lui à manger, s’il a soif, donne-lui à boire, car en agissant ainsi, tu amasseras des charbons ardents sur sa tête. Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. (Romains 12.17-21 , Segond 21)

Cette dimension chrétienne du pardon requiert de manière incontournable une pleine confiance en Dieu de la part de la victime, spécialement en Sa capacité d’établir la justice. John Piper, mentionné plus haut, développe très bien ce thème. Dans cette perspective, le pardon est une dimension de la foi chrétienne. Il situe cet aspect du pardon dans la confiance dans les promesses que Dieu nous a faites pour le présent et le futur dans nos vies. C’est dans ce territoire que je combats lorsque l’on m’offense. M’en remettre à Dieu avec confiance me permet de Lui laisser le soin d’agir.

4. Le pardon par Dieu pour les pires offenseurs

J’ai longtemps fait partie de ces personnes qui ont beaucoup de facilité à se sentir coupables. D’avoir été obligé de livrer combat sur ce flan spirituel m’a permis de cultiver une certaine empathie envers les «grands coupables». Je crois être capable de me mettre dans la peau de celui qui doute que ses péchés à lui puissent être pardonnés.

John Newton, l’auteur du cantique bien connu Grâce infinie (Amazing Grace), était un marchand d’esclaves. Sa mère lui avait enseigné les voies du Seigneur, qu’il n’avait manifestement pas suivies. Or, un jour, alors qu’il était sur un navire de traite d’esclaves, il se demanda si ses péchés à lui étaient trop graves pour être pardonnés.

Le chant Amazing Grace – traduit en français par Grâce infinie – est issue de cette réflexion. Cet homme s’est détourné de ses voies et il s’est par la suite mis au service du Seigneur, comme le reflète le chant bien connu encore aujourd’hui. Nous sommes ici devant une particularité chrétienne, une différence entre ceux qui appartiennent à Christ et ceux qui ne lui appartiennent pas : nous avons saisi le pardon de Dieu et nous sommes maintenant invités à pardonner à notre tour, à offrir à d’autres la grâce reçue.

D’ailleurs, l’apôtre Paul n’était-il pas lui-même un persécuteur de chrétiens avant sa conversion au Seigneur Jésus, alors qu’il était en chemin pour tuer des croyants ? Le cantique Grâce infinie exprime la joie d’avoir reçu le pardon de Dieu. Paul l’apôtre a connu cette joie et l’exprime dans plusieurs de ses lettres aux églises et à ses collaborateurs apostoliques. Le roi David avait un jour ordonné le meurtre d’un homme pour couvrir son adultère avec la femme de ce dernier. Or il a lui-même aussi connu cette joie et l’a exprimé, notamment lorsqu’il dit : «Heureux celui dont la transgression  est enlevée et dont le péché est pardonné! Heureux l’homme à qui l’Eternel ne tient pas compte de sa faute et dont l’esprit ne connaît pas la ruse!» (Psaume 32.1-2, Segond 21).

5. Le sacrifice de Christ pour notre pardon

Comprenons-nous vraiment bien de quoi nous avons été pardonnés ? Je ne crois pas ! La culture séculière, comme la culture religieuse dans laquelle nous baignons tous en Occident nous invite à penser que d’autres que nous commettent des fautes graves, mais que les nôtres sont anodines. Nous avons beau savoir que Christ est mort pour nous, nous ne réalisons pas vraiment notre propre besoin par rapport à ce sacrifice de Dieu fait homme. Les Écritures disent pourtant ceci à propos de chacun de nous :

Nous étions tous comme des brebis égarées : chacun suivait sa propre voie, et l’Eternel a fait retomber sur lui nos fautes à tous. (Esaïe 53.6, Seg21).

Nous avons tous eu et avons encore besoin du pardon de Dieu.

Homme de douleur et habitué à la souffrance,
… ce sont nos souffrances qu’il a portées, c’est de
nos douleurs qu’il s’est chargé… Ésaïe 53

(Photographie d’une peinture de Cécile Beaulieu, utilisée avec permission)

Jésus n’a certes pas traité tous les hommes de la même façon. En effet, il était très sévère et même très dur dans ses propos envers les dirigeants religieux qui égaraient le peuple par leur hypocrisie, alors qu’il était très accueillant envers ceux qui venaient vers lui avec l’attitude de quelqu’un qui sait avoir besoin d’être pardonné par Dieu.

Qu’en est-il donc alors des criminels qui ont commis des atrocités si grandes que leurs noms sont devenus des symboles du mal ? Dieu connaît les cœurs de chacun, pas nous ! Il n’est pas question ici de mettre les victimes d’actes graves sur un pied d’égalité avec des personnes qui ont commis ces monstruosités. Par contre, il est salutaire pour chacun de laisser à Dieu la condamnation des pécheurs selon une sagesse dont Lui seul dispose.

C’est pourquoi il est écrit :

Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. (Romains 12.21, Segond 21).

Conclusion

Une offense a nécessairement des conséquences. Un prix. Si je rencontre mon offenseur et lui affirme que je ne peux lui pardonner son offense, il paie le prix de son offense. Et, je la paie aussi, parce que je demeure dans l’offense. Si, par contre, je lui pardonne, je prends sur moi le prix de l’offense; j’en accepte les conséquences et je libère mon offenseur. Ce faisant, je me libère aussi. Il n’a plus de pouvoir sur moi. Je peux aller de l’avant, passer à autre chose. L’amertume et ou le désir de vengeance ne me ramèneront plus en arrière.

Les conséquences demeurent là, certes, mais je pourrai les utiliser comme levier pour grandir. De plus, et c’est là un point majeur pour le croyant, Dieu est un Dieu de rédemption. Nos épreuves, il les utilise pour notre bien. L’histoire du patriarche Joseph dans Genèse 37 à 50 est on ne peut plus inspirante à cet égard. Il accepta les conséquences des actes posées contre lui par ses propres frères, fils du même père. Il devint même un canal de rédemption pour ses offenseurs.

Lorsque Jésus sur la croix a dit: «Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font», il acceptait les conséquences du péché des hommes — sa mort. La mort la plus terrible qui soit. Comme dans le cas de la personne qui pardonne, la réconciliation n’était pas assurée. Il allait falloir que les personnes acceptent ce pardon, pour qu’elles puissent être réconciliées avec Dieu.

Notre Père du ciel veut que ceux qui se réclament de Son nom adoptent les mêmes attitudes qu’il a envers les coupables et qu’Il a démontrées en Son Fils Jésus-Christ: que nous pardonnions les offenses qui nous sont faites comme Il nous pardonne les nôtres. Bien que cela puisse paraître impossible dans une perspective strictement humaine, cela est rendu possible parce que l’Esprit de Dieu habite en nous et nous en donne la force. Ce sont là des marques distinctives du chrétien dans ses attitudes et dans ses ressources.

Auteur: Daniel Garneau;
Conseillère: Nellie Garneau;
publié le 7 mai 2018;
amplifié le 8 mai 2018;
illustré le 20 juin 2018.

Mots clés de recherche : actes graves, pardon d’actes graves, pardon.

Puisse l’eau de ta Parole, Seigneur, pénétrer en nous !

Contrastez ce que Jésus dit à ceux qui veulent le faire mourir, « ma parole ne pénètre pas en vous » (Jean 8.37, Segond 21) avec ce qu’il dit être nécessaire et incontournable pour être vraiment son disciple : « Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples, et la vérité vous rendra libres » (Jean 8.31-32). Où en sommes-nous ?

Si quelqu’un écoute la parole et ne la met pas en pratique,
il ressemble à un homme qui regarde son visage dans un miroir
et qui, après s’être observé, s’en va
et oublie aussitôt comment il était. (Jacques 1.23-24, Segond 21)

Quant à vous, cher lecteur, vous choisissez Dieu comme Père ? Sachez que c’est parce qu’Il vous a d’abord choisi depuis avant même que le temps soit créé (Éphésiens 1; 1 Pierre 1). Adressons-Lui ensemble la prière suivante de reconnaissance pour s’être révélé à nous par Sa Parole qui vit en nous.

Père ! chaque matin et tout au long des jours comme des nuits, tu t’offres à moi pour une sainte communion (Mt 11.28-30; 1 Jn 1-5). L’eau de ta Parole me prépare et me rend apte à cette rencontre. Elle m’y prépare parce qu’elle m’a fait naître en toi; elle m’a fait naître par ton Esprit, elle a fait de moi ton enfant (Ja 1.18; 1 Pi 1.23). Elle m’y rend apte en me lavant et me purifiant (Ép 5.26; 1 Pi 1.22 à 2.3). Cette eau de la Parole me donne la foi (Rom 10.16-17). Cette eau de la Parole augmente la foi (Luc 17.5) que je te demande.

Comment ta Parole me donne-t-elle la foi et comment l’augmente-t-elle ? Tout d’abord, elle en est la source (Romains 10.16-17). Ensuite, l’eau de ta Parole me montre ce qu’est la foi. Elle me le montre par des affirmations simples (Hébreux 11.1-6). Elle me le montre par des exemples concrets dans la vie de nombreux témoins (Hébreux 11.1 à 12.3). Elle me le montre aussi par des exemples de son contraire, l’incrédulité, par des exemples contre lesquels tu me mets en garde (1 Corinthiens 10.6). Ces exemples, les bons (Hb 12.1-2) comme les mauvais (Hb 10.19-39), m’incitent à persévérer dans la foi, si précieuse en toi.

Par ta Parole, tu me réconfortes (Romain 15.4) et tu me gardes dans l’espoir, afin que par le réconfort dont je suis l’objet de ta part, je puisse aussi réconforter (2 Corinthiens 1) ceux qui souffrent, qui sont tentés, qui se sont égarés ou qui sont sur le point de mal agir. Le réconfort que je puise dans le bain de ta Parole me fait du bien, me guérit, me donne force et courage, m’aide à me comprendre et à me voir comme tu me vois : purifié et lavé par ton sang (Rm 3.21-26) et par l’eau de ta Parole (Éph. 5.26, 1 Pi 1.22 à 2.3; Ja 1.18). Cela devient ma base pour comprendre les autres.

C’est en renversant les forteresses des raisonnements mensongers (2 Cor. 10.3-5) que ta Parole m’expose à la vérité à propos de qui je suis vraiment (Hébreux 4.12). Elle m’aide à diriger mes pas dans tes voies, à ne pas pécher contre toi (Ps 119.9-11). Elle me sert de guide pour m’adresser à toi (Ps 119.105-112) dans mes moments de plus grandes joies comme dans ceux de mes plus grandes détresses (Psaumes 1 à 150; Ps 119; Ps 107).

Cette eau de ta Parole qui me lave et me purifie (Ép 5.26; 1 Pi 1.22 à 2.3) me conduit peu à peu à distinguer entre ce qui est bien à tes yeux et ce qui ne l’est pas (Ps 119.9-11). Elle me lave des attitudes hautaines que je pourrais être tenté d’adopter face aux difficultés avec lesquelles luttent des personnes différentes de moi (Matthieu 5.3), afin que je puisse être compatissant (2 Corinthiens 1; Jude 22), sans être complaisant (Jude 23).

Ce bain de ta Parole augmente peu à peu ma capacité de discerner ceux qui t’adorent, t’obéissent et t’aiment de ceux qui marchent en ennemi de ta croix (Philippiens 3.18), détruisant ce qu’ils prétendent vouloir construire et conduisant de nombreuses personnes dans leurs cercles d’influence vers un chemin de confusion et de mort.

Le bain de ta Parole, cette eau bienfaisante, garde mes pas dans ta vérité (Jean 17.17). Il me préserve afin que je dispense ta vie autour de moi. Il me préserve contre les chemins de mort pour moi et pour ceux qui écoutent ce que je dis et voient comment je vis. Plus encore, c’est par ce bain de la Parole (Éph 5.26; Mt 4.4; 1 Pi 2.2; 2 Pi 1.3-12; 3.1ss) que j’apprends à te connaître, à me laisser guider par toi de manière intime, à l’exemple de ceux qui t’ont connu avant moi et à l’exemple de ta propre vie (Mt, Mc, Lc, Jn).

Ta bonne et glorieuse Parole me montre encore comment se déploie dans la vie des gens et de leur ministère (Actes; Romains; 1 et 2 Cor; Galates; Jacques; Philémon; 1 à 3 Jean) la puissance de l’Esprit qui a ressuscité Christ d’entre les morts (Rm 8.11), de cet Esprit qui vit et agit en moi et par moi (1 Co 12.13; Rm 8.9-17), selon Tes promesses !

N’hésitez pas à joindre votre prière à la mienne, rendant grâce au Seigneur pour ce qu’Il fait dans votre vie par Sa Parole et Sa communion avec vous.

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Daniel Garneau,
B Th, B Com, MA,
Publié le 2 avril 2018;
Édité les 3 avril, 4 mai, 11 juin et 24 juillet 2018.

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Cet article est le résultat de ma participation au séminaire Torrent qui purifie dirigé par l’équipe pastorale de l’Église Vie Abondante, de janvier à avril 2018. Il s’agit de ma réponse à l’étape de restauration préconisée pour entrer dans le torrent de l’Esprit.