Aimez-vous Dieu de tout votre coeur ?

« Aimez-vous Dieu de tout votre cœur ? ». L’on peut répondre à cette question de façon sentimentale, sans trop s’y arrêter, ou au contraire, se dire que nul n’aime vraiment Dieu de tout son cœur, d’une manière indéfectible et sans limites, et qu’il est donc impossible de répondre à ce genre de question. Mais il s’agit d’une question très importante. Je l’ai donc décortiquée en questions complémentaires pour m’aider à réfléchir à ce que signifie aimer Dieu ainsi et ce que cela implique dans ma vie :

1. Comment peut-on savoir si l’on aime Dieu ?
2. Que signifie aimer Dieu de tout son cœur ?
3. Quelles sortes d’obstacles peuvent nous empêcher d’aimer Dieu de tout notre cœur ?
4. Quel changement pourrait être apporté à notre vie pour mieux aimer notre Dieu ?
5. De quelles ressources disposons-nous pour accroître notre amour envers Dieu ?

1. Comment savoir si l’on aime Dieu ?

Regardons ensemble quelques passages bibliques et leur contexte pour comprendre d’abord quelles pourraient être des indices dans nos vies qui nous aideraient à déterminer si nous aimons Dieu ou pas.

Le passage biblique à la base du questionnement d’aujourd’hui se lit comme suit « Ecoute, Israël, l’Eternel est notre Dieu, il est le seul Eternel. Tu aimeras l’Eternel ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Que ces commandements que je te donne aujourd’hui restent gravés dans ton cœur. Tu les inculqueras à tes enfants et tu en parleras chez toi dans ta maison, et quand tu marcheras sur la route, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras. Qu’ils soient attachés comme un signe sur ta main et comme une marque sur ton front. Tu les inscriras sur les poteaux de ta maison et sur les montants de tes portes » (Deutéronome 6 v. 4-5, Semeur).

J’ai relu à quelques reprises le chapitre 6 du Deutéronome pour m’aider à identifier en quoi consiste cet amour envers Dieu qui nous est demandé de Sa part. En mes mots, aimer Dieu consiste à s’imprégner de Sa Parole révélée afin d’être en mesure de vivre comme il souhaite que nous vivions dans les différentes circonstances de nos vies, puis que nous transmettions ce savoir à nos enfants et à leurs enfants. Il se dégage aussi de ce chapitre le principe suivant : si nous aimons Dieu, nous nous porterons mieux.

Le pays dans lequel entrerait sous peu le peuple était rempli de divinités mensongères qui offriraient beaucoup de promesses illusoires. Mais, comme dans une relation conjugale, Dieu désirait l’exclusivité.

Il y aurait de nombreuses pistes d’égarement en compétition directe avec Dieu. Ces voies seraient des chemins de mort offrant des solutions mensongères. Dieu tenait à ce que l’allégeance du peuple envers Lui ne soit pas divisée, que l’affection et la confiance du peuple soient dirigées vers Lui et non vers autre chose. À toutes les époques et dans tous les contextes, le peuple de Dieu doit choisir de s’en remettre à son Dieu et de Lui faire confiance dans toutes les sphères de sa vie. Les choix que nous faisons à cet égard sont des indicateurs de l’amour que nous avons ou n’avons pas envers Dieu.

Jésus a repris ce passage du Deutéronome pour répondre à des questions piégées que lui posaient des leaders religieux en Israël. Matthieu chapitre 22 est un bon exemple de ceci. Après avoir répondu à deux questions pièges, sans que l’on puisse lui reprocher quoi que ce soit, un pharisien et enseignant de la loi « voulut lui tendre un piège » de plus (v 35) et lui demanda : «Maître, quel est, dans la Loi, le commandement le plus grand?» Ce à quoi Jésus répond : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est là le commandement le plus grand et le plus important. Et il y en a un second qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Tout ce qu’enseignent la Loi et les prophètes est contenu dans ces deux commandements » (v 37-39). Cette réponse de Jésus à un enseignant pharisien nous apprend qu’aimer Dieu implique aimer son prochain.

Dans le récit de Luc d’un événement semblable où des chefs religieux tentaient par tous les moyens possibles de piéger Jésus, après qu’il eut répondu essentiellement comme nous venons de le voir en Matthieu, nous lisons ceci : « L’enseignant de la Loi, voulant se donner raison, reprit : — Oui, mais qui donc est mon prochain ? C’est en réponse à cette question que Jésus a donné la parabole du Samaritain, c’est-à-dire un exemple très concret du fait qu’aimer Dieu conduit nécessairement à aimer son prochain.

Nous lisons cet autre passage de la plume de l’apôtre Jean qui va dans le même sens : « Mes chers amis, aimons-nous les uns les autres, car l’amour vient de Dieu. Celui qui aime est né de Dieu et il connait Dieu. Qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour » (1 Jean 4 v. 8, Semeur).

2. Que signifie aimer Dieu de tout son cœur ?

Tout d’abord un mot à propos du terme « cœur » à l’époque de l’Ancien et du Nouveau Testament : « Selon la conception biblique de l’homme, le cœur est le centre de la personnalité » (Bible d’étude, version Semeur 2000, éditions Excelsis 2005, note sur Matthieu 15 v. 18).

« Le terme hébreu qui désigne l’organe cardiaque est souvent employé de façon figurée ou métaphorique, mais avec un jeu de sens assez différent de celui auquel nous sommes habitués. S’il peut évoquer les sentiments […] et le courage […], comme le mot cœur en français, il ne faut pas l’entendre par opposition à « la raison », comme dans la célèbre formule de Pascal (« le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas »). Au contraire, il est souvent employé pour désigner l’intelligence même. Foncièrement, en effet, en hébreu le cœur représente ce qu’on pourrait appeler « l’intériorité » de l’homme […], sans distinction entre aspects émotionnel, sentimental ou intellectuel […] : c’est le lieu de la décision […]. […] Pour le Nouveau Testament, c’est dans le cœur, à savoir l’intériorité de l’homme comme lieu de sa décision éthique, que l’Esprit de Dieu est à l’œuvre […] » (La Nouvelle Bible Segond, édition d’étude, p. 1701-1702).

« Le terme [hébreu et grec traduit par cœur] désigne le centre d’une chose (Dt 4.11; Jon 2.3; Mt 12.40). Les renvois à l’organe physique sont rares et peu spécifiques […]. Les Hébreux adoptaient la perspective de l’expérience subjective plutôt que celle de l’observation scientifique objective et avaient l’habitude de concevoir l’être humain comme entité comprenant l’ensemble de ses attributs physiques, psychiques et mentaux. Le cœur était considéré comme le centre directeur de tous ces attributs. C’est lui qui fait d’un être humain ou d’un animal ce qu’il est et motive tout ce qu’il fait (Pr 4.23). Les notions de caractère, personnalité, volonté et intelligence sont des notions modernes, qui reflètent chacune une partie du ses du mot « cœur » dans son usage biblique […] » « B.O. Banwell, « Cœur », dans Le Grand Dictionnaire de la Bible, p. 336, Excelsis, 2010).

Que nous apprend la formulation biblique elle-même sur ce que signifie aimer Dieu de tout notre cœur ?

  • « Tu aimeras l’Eternel ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force » (Deutéronome 6 v 5, Semeur).
  • « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est là le commandement le plus grand et le plus important » (Matthieu 22 v 37-38, Semeur).
  • « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ton énergie et de toute ta pensée, et ton prochain comme toi-même » (Lc 10 v 27, Semeur).
  • « […] tu aimeras donc le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ton énergie » (Marc 12 v. 30, Semeur).

« Ce sont toutes là des façons de dire qu’il nous faut aimer Dieu au plus haut degré possible avec tout ce qu’il y a en nous et avec toute la puissance de chacun des aspects ci-dessus formant un tout indivisible » (traduction libre de W. Robertson Nicoll, The Expositor’s Greek Testament, 1912, Volume I, p. 424-425).

Notons au passage que notre amour pour Dieu est fondée dans notre force pas celle du voisin, si donc nous sommes doué par Dieu pour accomplir des tâches pratiques, ce sera l’un des mécanismes par lequel nous manifesterons notre amour pour Dieu, si nous sommes doué pour l’enseignement, c’est à travers une pratique d’enseignement que nous pourrons manifester notre amour pour Dieu. Mais Dieu ne demande à personne de l’aimer avec les caractéristiques, dons ou talents qu’il ou elle n’a pas.

3. Qu’est-ce qui nous empêche d’aimer Dieu ?

Le récit fait par Marc peut nous aider à jeter un peu de lumière sur un exemple d’obstacle empêchant les être humains d’aimer Dieu de tout leur cœur. En Marc 12 v. 28-34 (veuillez le lire), le spécialiste de la loi qui pose la question à Jésus semble recevoir la réponse et la comprendre lorsqu’il reconnaît que ce que Jésus vient de lui dire est plus important que tous les rituels religieux auquel il s’attachait lui-même.

Par voie de contraste, la réaction d’un autre pharisien à ce même enseignement de Jésus sur l’amour est de tenter de se justifier (Lc 10 v. 29, LSG), c’est-à-dire de se donner raison (Lc 10 v. 29, Semeur). De quelle façon? en posant une question supplémentaire :« Oui, mais qui donc est mon prochain ».

Plusieurs des hommes que l’on retrouve en interaction avec Jésus dans les Évangiles ont endurci leur cœur. Ils se sont enfermés dans ce qu’ils veulent croire et refusent de se laisser interpeller par les propos ou les œuvres miraculeuses de Jésus. C’est à un point tel qu’après la résurrection de Lazare, en plus de refuser de se tourner vers Dieu, les chefs religieux décident d’un commun accord de tuer non seulement Jésus, mais également Lazare, parce qu’à cause de lui des gens se tournaient vers Jésus.

Plus près de nous se trouvent l’exemple des gens qui s’inquiètent de ce que d’autres penseront d’eux plus qu’ils ne s’inquiètent de ce que Dieu pense à leur sujet, cela peut s’avérer un obstacle nous empêchant d’aimer Dieu de tout notre cœur ou limitant l’étendue de notre amour envers Dieu.

4. Que changer pour mieux aimer Dieu ?

Lorsque l’on se trouve devant un problème qui nous semble insurmontable, l’on a une décision à prendre : vais-je me concentrer sur le problème ou me tourner vers Dieu avec celui-ci ? L’on peut comparer le choix de rester fixé sur le problème à une personne courbée vers le sol, tandis que le choix de s’en remettre à Dieu avec une difficulté consiste à tourner vers Lui le regard. Une autre image m’aide beaucoup et vient compléter la première : c’est vers le visage de Dieu et non vers ses mains que nous devons tourner notre regard. Autrement dit, je ne dois pas me tourner vers Dieu dans l’unique but de lui voir résoudre les situations compliquées de ma vie, mais dans l’intention de Le rencontrer Lui.

Pour ma part, cette étude me conduit à choisir de tourner le regard vers le Seigneur à chaque fois que ma pensée est attirée vers une certaine difficulté bien précise que j’expérimente en ce moment. Ce qui me conduit à vous demander si vous êtes présentement engagés dans la vie d’une personne courbée vers le sol vers les préoccupations qui l’habitent ? Se peut-il que parfois nous soyons portés à nous courber nous-mêmes vers le sol, affectés par l’attitude courbée d’une personne que l’on arrive pas à aider ? Rappelons-nous que le Dieu qui nous aime et qui aime aussi cette personne est témoin de tout cela. Il voit notre désarroi et ne nous abandonne pas à nous-même dans cette situation, loin de là !

5. De quelles ressources disposons-nous ?

Cette question me ramène à Deutéronome 6, le passage de l’Ancien Testament où il est dit d’aimer Dieu de tout notre cœur, passage qui est repris par Jésus en réponse aux questions piégées des chefs.

Connaître et méditer la Parole révélée de Dieu est central à Deutéronome 6, passage sur lequel se fonde le plus important des commandements. S’imprégner de la Sainte Parole de Dieu dans le but explicite d’entrer en relation avec Dieu est une des clés pour grandir dans notre amour pour Dieu.

Nous y apprenons, par exemple, que Dieu n’est pas un être lointain, distant ou impersonnel, mais au contraire qu’il interagit de manière personnelle avec chacun et que ses interventions – parfois miraculeuses, parfois providentielles — sont adaptées à leurs besoins (Henry T. Blakaby et Claude V. King, Votre expérience personnelle avec Dieu, p. 61 à 64, selon mon interprétation et adaptation libres).

En fréquentant assidûment la Parole de Dieu, nous apprenons à faire nôtres de nombreuses promesses et découvrons peu à peu des vérités qui bâtissent notre être intérieur et qui font de nous des personnes transformées à l’image de Christ. Considérons, par exemple, le passage suivant :

« Ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu. En effet, vous n’avez pas reçu un Esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la crainte : non, vous avez reçu l’Esprit qui fait de vous des fils adoptifs de Dieu. Car c’est par cet Esprit que nous crions : Abba, c’est-à-dire « Père » ! L’Esprit lui-même et notre esprit nous témoignent ensemble que nous sommes enfants de Dieu. Et puisque nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers : héritiers de Dieu et donc cohéritiers du Christ, puisque nous souffrons avec lui pour avoir part à sa gloire » (Romains 8 v. 14-17, Semeur).

Ce témoignage intérieur de l’Esprit de Dieu envers notre esprit augmente notre amour pour Dieu. Il nous prête assistance pour que nous comprenions la grandeur de l’amour de Dieu à notre égard et nous aide à répondre à cet amour par notre amour envers lui, jamais parfait, mais toujours en mouvement. Parfois ce mouvement en est un de croissance vers un plus grand amour envers Dieu, mais parfois aussi il nous arrive de stagner ou de régresser. C’est ici qu’il importe par-dessus tout de se savoir aimé de Dieu, de revenir à ce que nous apprennent les Écritures concernant notre identité en Christ : nous sommes fils, notre appartenance au Père est indissoluble car c’est Lui qui nous a aimé le premier et il nous garde.

Bref, notre amour pour Dieu est très dépendant de notre compréhension de l’amour que Dieu a pour nous. Plus nous comprenons et expérimentons l’amour de Dieu plus il nous est naturel d’y répondre. C’est une question que je ne me pose plus, parce que, je l’ai beaucoup fait dans le passé et cela m’emmenait à tourner mon regard vers moi-même, ce qui avait pour effet de me décourager beaucoup. Ma tendance maintenant est de regarder vers Dieu et d’être émerveillé par le fait qu’Il m’aime.

Voici une prière de l’apôtre Paul tout à fait appropriée pour conclure la présente réflexion :

« C’est pourquoi je me mets à genoux devant le Père, de qui dépendent comme d’un modèle, toutes les familles des cieux et de la terre. Je lui demande qu’il vous accorde, à la mesure de ses glorieuses richesses, d’être fortifiés avec puissance par son Esprit dans votre être intérieur. Que le Christ habite dans votre cœur par la foi. Enracinés et solidement fondés dans l’amour, vous serez ainsi à même de comprendre, avec tous ceux qui appartiennent à Dieu, combien l’amour du Christ est large, long, élevé et profond. Oui, vous serez à même de connaître cet amour qui surpasse tout ce qu’on peut en connaître, et vous serez ainsi remplis de toute la plénitude de Dieu » (Éphésiens 3 v. 14-19, Semeur).

Daniel Garneau,
Québec, le 1er mars 2021

Le chrétien et le pardon d’actes graves

Le plaidoyer de culpabilité d’Alexandre Bissonnette en a sans doute hanté plus d’un. Que faire si la victime —  ou pire, l’agresseur — était un de nos proches ? se demandent des personnes de divers horizons. L’on cherche une réponse à la question, «ce geste est-il pardonnable ?» Voici les mots mêmes d’un ami tenaillé par cette bien triste situation :

Ce qui me hante est la nature même du pardon considérant que je suis un chrétien croyant. Jusqu’où ce déséquilibre momentané allant jusqu’à tuer, peut-il être pardonnable ou pas ? Y a-t-il une limite au pardon ? Comme chrétien, qu’est-ce que j’ai de «plus» que d’autres ? Si c’était mon fils qui avait posé ce geste, serais-je capable d’un pardon inconditionnel ? Voilà en résumé ce qui me fait beaucoup réfléchir. Je souhaiterais obtenir tes éléments de réponses pour aller plus loin…

Ces interrogations m’ont paru, non seulement d’une grande pertinence, mais aussi, d’un intérêt certain pour d’autres personnes se posant des questions semblables. Toutes les approches sur lesquelles je me suis aventuré pour tenter de parler du pardon en lien avec le présent questionnement m’ont rapidement paru lacunaires. Le présent article se veut malgré tout un début de réponse.

C’est selon mon expérience de vie et mes convictions chrétiennes, telles qu’intégrées dans ma vie à ce jour, que mon interlocuteur m’invite à lui répondre.  Si donc je fais l’inventaire des démarches de pardon dans ma vie, il y en a quelques-unes qui se détachent des autres, même si aucune n’est reliée aux genres de crimes dont les questions ci-dessus font état. Les plus anciennes me situent dans un rapport beaucoup plus pénible au pardon que maintenant, pour des offenses plus ou moins équivalentes. Je trouve en cela un  encouragement, car je vois que ma foi chrétienne a produit des résultats, notamment en ce qui concerne le traitement de l’offense. Malgré tout, le pardon reste toujours difficile à accorder; il continue de demander un travail pour y parvenir. Il implique un combat à livrer, avec moi-même, appuyé sur les ressources de Christ en moi.

Si je pense aux modèles de pardon auxquelles adhèrent des personnes de divers contextes avec qui j’ai été en interaction au fil des années, il me semble important de préciser ce qui ne fait pas partie de la nature du pardon. Le pardon n’est pas l’exonération des conséquences d’un acte mauvais que l’on a soi-même commis ou que d’autres ont commis à notre encontre ou contre d’autres. Le pardon n’est pas l’oubli de la faute, comme si elle était balayée de nos souvenirs. Le pardon n’implique pas que l’on ne parlera plus de la situation répréhensible en cause, comme s’il s’agissait d’une «affaire classée».

Le pardon n’est pas davantage synonyme de réconciliation, car la réconciliation requiert la participation active de toutes les personnes concernées par l’offense, alors que le pardon appartient à l’offensé et à lui seul. J’ajouterai également que le pardon n’est pas la restauration de la confiance de l’offensé envers l’offenseur, car celle-ci aura besoin d’être rétablie. Enfin, il importe de ne pas confondre le pardon et les émotions confuses ou déplaisantes que l’on peut encore ressentir, même après avoir réellement pardonné.

Des auteurs que je respecte ont dédié un chapitre ou plus sur le pardon dans au moins un de leurs ouvrages. Il s’agit de : Simone Pacot, dans L’évangélisation des profondeurs;  Leanne Payne, dans L’âme, cette oubliée, traduction de Restoring the Christian Soul;  John Piper, dans Combattre l’incrédulité, traduction de Battling Unbelief; Philip Yancey, dans Touché par la grâce, traduction de What’s So Amazing About Grace; Neil Anderson, dans Une nouvelle identité pour une nouvelle vie , traduction de Victory over the Darkness. Je vais maintenant m’inspirer librement de leurs réflexions pour explorer certains aspects de la nature du pardon dans la perspective chrétienne qui est la mienne.

Je traiterai du pardon selon des angles qui me paraissent fort importants pour amorcer une réflexion sur ce thème : (1) le pardon, à qui bénéficie-t-il? (2) le pardon comme choix; (3) le pardon comme refus de se venger; (4) le pardon par Dieu des pires offenseurs; (5) le sacrifice de Christ pour notre pardon et celui des autres.

1. Le pardon, à qui bénéficie-t-il?

Aussi étonnant que cela puisse paraître au premier abord, le pardon bénéficie à celui qui pardonne. C’est Neil Anderson qui est le plus clair sur ce point avec lequel tous me semblent d’accord : le pardon bénéficie à celui qui l’accorde beaucoup plus qu’à celui qui le reçoit. La victime qui pardonne une offense se libère elle-même. Cela correspond très précisément aussi à mon expérience personnelle de pardon. L’offenseur pourrait à la limite ne pas savoir qu’on lui a pardonné. Il pourrait même être décédé.

L’on conviendra aisément que plus le tort causé est grand, plus le pardon est difficile à accorder. Mais, ne pourrions-nous pas extrapoler et affirmer également que plus le tort causé est grand, plus la victime bénéficiera du pardon, plus elle se libérera ?  À cet égard, Yancey donne un avertissement qui sonne comme une alarme: «Sans pardon, le passé monstrueux peut à tout moment sortir de l’hibernation pour dévorer le présent. Et aussi le futur» (Touché par la grâce, p. 120), le futur de la victime, et souvent même celui de ses proches.

Par ailleurs, dans certains cas, l’offenseur aussi tire bénéfice du pardon accordé par la victime, à condition qu’il accueille ce pardon, ce qui peut ne pas être le cas. Leanne Payne fournit des exemples d’agresseurs repentants qui ont bénéficié du pardon de leur victime. Simone Pacot, quant à elle, souligne très pertinemment ceci: «Lorsque nous pardonnons, la relation n’est pas forcément restaurée dans sa forme extérieure. Mais tout est en place pour qu’elle le soit» (L’évangélisation des profondeurs, p. 228). Évidemment, cette toute dernière remarque ne s’applique pas au cas présent, car Alexandre Bissonnette est un étranger par rapport à ses victimes, comme c’est aussi souvent le cas.

2. Le pardon comme choix

Selon Leanne Payne, le pardon est un acte transactionnel accompli par la victime au terme d’une démarche plus ou moins pénible et plus ou moins longue qui l’aura amenée à être prête à pardonner.

Cet acte transactionnel peut prendre la forme d’une prière à Dieu et pourrait ressembler à quelque chose comme ceci : «Seigneur, je pardonne à x d’avoir commis y». Cette décision de pardonner devient une balise dans l’espace et dans le temps pour celui qui accorde le pardon. Elle servira de repère lorsque la douleur reviendra, suite à un événement qui l’aura éveillée. Le fait d’avoir pardonné n’élimine pas les inconforts ou les douleurs ou les émotions négatives que vit la personne qui a accordé le pardon. Par contre, explique Simone Pacot, «[elle] ne souffre plus de la même manière, la souffrance ne porte plus la mort, elle peut être vécue avec un cœur pacifié, maintenant la vie est là» (L’évangélisation des profondeurs, p. 227). Cet état constitue déjà une étape importante dans un processus de restauration au bénéfice de la victime qui a choisi de pardonner.

Leanne Payne quant à elle compare cette décision à un vœu de pauvreté. Celui ou celle qui fait un vœu de pauvreté à une certaine date doit le renouveler par la suite chaque jour pour le vivre concrètement. Cela renvoie une fois de plus à ce que le pardon n’est pas. Il n’entraîne pas obligatoirement l’absence de souffrance subséquente au pardon chez la personne offensée. Il n’y a pas de lien automatique entre la décision de pardonner et la libération intérieure. Comme nous venons tout juste de le dire, celle-ci peut faire partie d’un processus dont le choix de pardonner n’est que l’une des étapes. Bien que ce choix s’avère décisif, il demeure une étape d’un plus long processus.

3. Le pardon comme refus de se venger soi-même

La décision de pardonner inclut une dimension qui suppose le refus d’agir soi-même pour que justice soit faite à l’agresseur. L’on renonce alors à faire quoi que ce soit contre l’agresseur pour rétablir le droit. Le pardon comme refus de se venger soi-même n’implique pas du tout de ne pas dire la vérité dans une cour de justice et encore moins de laisser un criminel en liberté sans rien faire. Mais, en pardonnant, la victime se libère de son agresseur, car elle laisse à Dieu le soin de rétablir la justice selon Sa sagesse, Sa puissance et Sa bonté (Rm 12.17-21). Elle se tourne vers le présent et l’avenir devant elle.

Ne rendez à personne le mal pour le mal. Recherchez ce qui est bien devant tous les hommes. Si cela est possible, dans la mesure où cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes. Ne vous vengez pas vous-mêmes, bien-aimés, mais laissez agir la colère de Dieu, car il est écrit : C’est à moi qu’appartient la vengeance, c’est moi qui donnerai à chacun ce qu’il mérite, dit le Seigneur. Mais si ton ennemi a faim, donne-lui à manger, s’il a soif, donne-lui à boire, car en agissant ainsi, tu amasseras des charbons ardents sur sa tête. Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. (Romains 12.17-21 , Segond 21)

Cette dimension chrétienne du pardon requiert de manière incontournable une pleine confiance en Dieu de la part de la victime, spécialement en Sa capacité d’établir la justice. John Piper, mentionné plus haut, développe très bien ce thème. Dans cette perspective, le pardon est une dimension de la foi chrétienne. Il situe cet aspect du pardon dans la confiance dans les promesses que Dieu nous a faites pour le présent et le futur dans nos vies. C’est dans ce territoire que je combats lorsque l’on m’offense. M’en remettre à Dieu avec confiance me permet de Lui laisser le soin d’agir.

4. Le pardon par Dieu pour les pires offenseurs

J’ai longtemps fait partie de ces personnes qui ont beaucoup de facilité à se sentir coupables. D’avoir été obligé de livrer combat sur ce flan spirituel m’a permis de cultiver une certaine empathie envers les «grands coupables». Je crois être capable de me mettre dans la peau de celui qui doute que ses péchés à lui puissent être pardonnés.

John Newton, l’auteur du cantique bien connu Grâce infinie (Amazing Grace), était un marchand d’esclaves. Sa mère lui avait enseigné les voies du Seigneur, qu’il n’avait manifestement pas suivies. Or, un jour, alors qu’il était sur un navire de traite d’esclaves, il se demanda si ses péchés à lui étaient trop graves pour être pardonnés.

Le chant Amazing Grace – traduit en français par Grâce infinie – est issue de cette réflexion. Cet homme s’est détourné de ses voies et il s’est par la suite mis au service du Seigneur, comme le reflète le chant bien connu encore aujourd’hui. Nous sommes ici devant une particularité chrétienne, une différence entre ceux qui appartiennent à Christ et ceux qui ne lui appartiennent pas : nous avons saisi le pardon de Dieu et nous sommes maintenant invités à pardonner à notre tour, à offrir à d’autres la grâce reçue.

D’ailleurs, l’apôtre Paul n’était-il pas lui-même un persécuteur de chrétiens avant sa conversion au Seigneur Jésus, alors qu’il était en chemin pour tuer des croyants ? Le cantique Grâce infinie exprime la joie d’avoir reçu le pardon de Dieu. Paul l’apôtre a connu cette joie et l’exprime dans plusieurs de ses lettres aux églises et à ses collaborateurs apostoliques. Le roi David avait un jour ordonné le meurtre d’un homme pour couvrir son adultère avec la femme de ce dernier. Or il a lui-même aussi connu cette joie et l’a exprimé, notamment lorsqu’il dit : «Heureux celui dont la transgression  est enlevée et dont le péché est pardonné! Heureux l’homme à qui l’Eternel ne tient pas compte de sa faute et dont l’esprit ne connaît pas la ruse!» (Psaume 32.1-2, Segond 21).

5. Le sacrifice de Christ pour notre pardon

Comprenons-nous vraiment bien de quoi nous avons été pardonnés ? Je ne crois pas ! La culture séculière, comme la culture religieuse dans laquelle nous baignons tous en Occident nous invite à penser que d’autres que nous commettent des fautes graves, mais que les nôtres sont anodines. Nous avons beau savoir que Christ est mort pour nous, nous ne réalisons pas vraiment notre propre besoin par rapport à ce sacrifice de Dieu fait homme. Les Écritures disent pourtant ceci à propos de chacun de nous :

Nous étions tous comme des brebis égarées : chacun suivait sa propre voie, et l’Eternel a fait retomber sur lui nos fautes à tous. (Esaïe 53.6, Seg21).

Nous avons tous eu et avons encore besoin du pardon de Dieu.

Homme de douleur et habitué à la souffrance,
… ce sont nos souffrances qu’il a portées, c’est de
nos douleurs qu’il s’est chargé… Ésaïe 53

(Photographie d’une peinture de Cécile Beaulieu, utilisée avec permission)

Jésus n’a certes pas traité tous les hommes de la même façon. En effet, il était très sévère et même très dur dans ses propos envers les dirigeants religieux qui égaraient le peuple par leur hypocrisie, alors qu’il était très accueillant envers ceux qui venaient vers lui avec l’attitude de quelqu’un qui sait avoir besoin d’être pardonné par Dieu.

Qu’en est-il donc alors des criminels qui ont commis des atrocités si grandes que leurs noms sont devenus des symboles du mal ? Dieu connaît les cœurs de chacun, pas nous ! Il n’est pas question ici de mettre les victimes d’actes graves sur un pied d’égalité avec des personnes qui ont commis ces monstruosités. Par contre, il est salutaire pour chacun de laisser à Dieu la condamnation des pécheurs selon une sagesse dont Lui seul dispose.

C’est pourquoi il est écrit :

Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. (Romains 12.21, Segond 21).

Conclusion

Une offense a nécessairement des conséquences. Un prix. Si je rencontre mon offenseur et lui affirme que je ne peux lui pardonner son offense, il paie le prix de son offense. Et, je la paie aussi, parce que je demeure dans l’offense. Si, par contre, je lui pardonne, je prends sur moi le prix de l’offense; j’en accepte les conséquences et je libère mon offenseur. Ce faisant, je me libère aussi. Il n’a plus de pouvoir sur moi. Je peux aller de l’avant, passer à autre chose. L’amertume et ou le désir de vengeance ne me ramèneront plus en arrière.

Les conséquences demeurent là, certes, mais je pourrai les utiliser comme levier pour grandir. De plus, et c’est là un point majeur pour le croyant, Dieu est un Dieu de rédemption. Nos épreuves, il les utilise pour notre bien. L’histoire du patriarche Joseph dans Genèse 37 à 50 est on ne peut plus inspirante à cet égard. Il accepta les conséquences des actes posées contre lui par ses propres frères, fils du même père. Il devint même un canal de rédemption pour ses offenseurs.

Lorsque Jésus sur la croix a dit: «Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font», il acceptait les conséquences du péché des hommes — sa mort. La mort la plus terrible qui soit. Comme dans le cas de la personne qui pardonne, la réconciliation n’était pas assurée. Il allait falloir que les personnes acceptent ce pardon, pour qu’elles puissent être réconciliées avec Dieu.

Notre Père du ciel veut que ceux qui se réclament de Son nom adoptent les mêmes attitudes qu’il a envers les coupables et qu’Il a démontrées en Son Fils Jésus-Christ: que nous pardonnions les offenses qui nous sont faites comme Il nous pardonne les nôtres. Bien que cela puisse paraître impossible dans une perspective strictement humaine, cela est rendu possible parce que l’Esprit de Dieu habite en nous et nous en donne la force. Ce sont là des marques distinctives du chrétien dans ses attitudes et dans ses ressources.

Auteur: Daniel Garneau;
Conseillère: Nellie Garneau;
publié le 7 mai 2018;
amplifié le 8 mai 2018;
illustré le 20 juin 2018.

Mots clés de recherche : actes graves, pardon d’actes graves, pardon.

Avons-nous un cœur de leader?

Demandons-nous à Dieu qu’il nous aide à développer un cœur de leader? Oublions-nous parfois que s’il existe de mauvais leaders, il en existe aussi de très bons? Cet article est le résultat d’une méditation sur les attitudes de leadership démontrées par l’apôtre Paul en observant ce qu’il dit dans sa deuxième épître aux Corinthiens.  Il est important de comprendre que la notion de leadership telle que présentée dans le présent article touche chaque personne, car il y a toujours des sphères de nos vies où nous sommes des leaders.

L’Eternel aime ceux qui le craignent, ceux qui espèrent en sa bonté (Psaume 147.11, NEG)

Ne sommes-nous pas prompts à critiquer les leaders spirituels qui nous entourent? Parfois nous avons raison, parfois pas. Il y a aujourd’hui des leaders chrétiens qui enseignent ce que les gens désirent entendre plutôt que la vérité de la part de Dieu. Jésus nous avait prévenus — comme aussi les prophètes avant lui et les apôtre après lui — dont les propos sont inscrits pour nous dans la Parole de Dieu, référence de tout chrétien.

Toutefois, il est impératif de se souvenir que s’il y a de faux prophètes, il y en a des vrais. S’il y a ceux qui enseignent sans sincérité, il y a ceux qui enseignent en toute sincérité. S’il y a ceux qui conduisent ceux qui les écoutent vers la mort, par séduction et mensonge, il y a aussi ceux qui transmettent la vie à leurs auditeurs par la vérité provenant du Seigneur. S’il y a des personnes chrétiennes qui s’opposent à Christ tout en se réclamant de Lui, il y a aussi celles qui enseignent le message de Christ dans la vérité et avec son approbation.

Avant d’amorcer notre réflexion sur le cœur de leader que nous dévoilent les Écritures  à propos de l’apôtre Paul, posons-nous des questions à notre propre sujet. Quelles sont nos attitudes intérieures vis-à-vis des gens sous notre leadership? Comment agissons-nous dans les domaines qui relèvent de nos responsabilités envers les autres? Plaçons-nous leur intérêt avant le nôtre? Prions-nous pour eux? Nos relations sont-elles caractérisées par la vérité, la sincérité et la fidélité envers ce que Dieu nous demande?

Le cœur de leader de l’apôtre Paul (selon 2 Corinthiens)

Nous sommes maintenant prêts à extraire de la deuxième épître de Paul aux Corinthiens quelques-unes des caractéristiques de son leadership, des attitudes manifestées par Paul. Je vous encourage à écouter et à lire la deuxième épître aux Corinthiens, avant même de poursuivre la lecture du présent article, sur le site et avec les outils de Bible.Is.

Après avoir lu cette lettre à quelques reprises dans diverses traductions, j’ai été touché, premièrement, par la sincérité de l’apôtre. Ce qui me sauta ensuite aux yeux fut sa confiance en Dieu. Il avait appris à s’appuyer sur les forces de Dieu et non sur les siennes. J’ai été heureux de constater que Paul parlait de manière franche et véridique.

Non moins impressionnant concernant le leadership de l’apôtre Paul est qu’il renonçait à considérer le maintien de sa réputation personnelle comme plus importante que de bien accomplir sa fonction d’ambassadeur pour Christ. Cela incluait l’audace de dire aux autres ce qu’ils n’aimaient pas entendre quoi qu’ils en avaient besoin pour croître dans leur foi.

Il a aussi démontré un zèle remarquable pour transmettre le message de Dieu aux personnes à qui Dieu voulait qu’il soit transmis de sa part. Je fus par ailleurs intrigué et édifié de noter la sensibilité de Paul pour laisser de côté une porte ouverte de la part du Seigneur pour annoncer l’Évangile, alors qu’il s’inquiétait de l’un de ses collaborateurs (2 Corintihiens 2.12-13).

L’on constate chez lui la reconnaissance que sa sanctification lui vient de Dieu et non de ses propres efforts ou du zèle dont il ne cesse de faire preuve. Il s’appuyait sur les manières de faire conformes à la volonté de Dieu et à la foi en Lui, plutôt que de se confier dans les manières du monde lorsqu’il luttait contre les obstacles (2 Cor. 5).

De fait, Paul sait qu’il combat contre des raisonnements qui s’opposent à la connaissance de Christ et de Dieu, aussi, parle-t-il en vue de détruire ces obstacles. Mais, il le fait avec les forces et les méthodes de Dieu, priant et se confiant en l’Esprit de Dieu pour faire le travail nécessaires dans les coeurs, pour donner aux gens la vie, pour les conduire vers la paix qu’il y a en Jésus-Christ, pour créer la lumière là où règnent les ténèbres.

Quelles autres attitudes et caractéristiques de leadership trouve-t-on chez Paul en lisant sa deuxième épître aux Corinthiens? Plusieurs fois, dans cette lettre comme dans ses autres lettres, l’apôtre Paul démontre un amour profond et sincère envers les personnes que Dieu a placées sous son leadership. Jamais il ne perd de vue sa fonction prioritaire auprès des gens que Dieu lui a confiées : qu’elles connaissent Christ et croissent en Lui.

Le cœur de leader que l’exemple de Paul nous invite à développer

Quels effets peut avoir l’exemple de Paul sur nous au vingt-et-unième siècle? Nous avons tous une fonction de leadership dans certaines circonstances et dans certains cercles. Comment l’exemple de l’apôtre Paul nous inspire-t-il ou nous encourage-t-il à améliorer certains des aspects du leadership mentionnés dans cet article? N’y aurait-il pas une dimension en particulier pour lequel l’Esprit de Dieu nous invite à Lui faire confiance? Lui faire confiance pour croître dans un domaine précis de notre leadership? Croître dans notre foi? Croître dans notre obéissance? Croître en notre amour et en notre sensibilité envers les bien-aimés de Dieu avec qui Il nous a placé dans une relation de leadership?

Peut-être devons-nous croître dans notre acceptation et réception de l’amour de Dieu envers nous-même! Croître dans notre amour envers Dieu, notre Père, envers Christ, Son Fils, envers l’Esprit Saint, lequel vit en nous par la foi en Christ, don du Père. Cet Esprit, celui de Jésus, nous donne le salut éternel et, maintenant même, la paix du cœur.

L’article Avons-nous un cœur de leader? peut être consulté dans son intégralité, dans sa langue originelle de publication, l’espagnol, sous le titre ¿Tenemos un corazón de líder?

Vous pourriez tirer profit de l’article Écouter la Bible, pourquoi pas? Celui-ci fournit quelques indications sur les particularités de quelques versions audio de la Bible.

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Auteur : Daniel Garneau, B Th, B Com, MA;
Article publiée en espagnol : le 23 février 2018;
Article traduit en français : le 5 mars 2018;
Traduction éditée : les 6, 8 et 9 mars 2018.

Les couples mariés peuvent-ils être restaurés ?

Les couples mariés peuvent-ils être restaurés ? Ma réponse à cette question est oui bien sûr, avec l’assistance du Seigneur. Mon épouse et moi avons passé un certain nombre d’années dans une situation qui pouvait trop souvent se décrire comme plus douloureuse que joyeuse; malgré cela, nous avons tous deux choisi de demeurer fidèles l’un à l’autre.

Dans ma détresse j’ai fait appel à l’Eternel, et il m’a répondu (Jonas 2.3, Segond 21)

En rétrospective, il nous paraît juste d’affirmer que nous nous efforcions de combler l’un par l’autre des besoins affectifs insatisfaits de nos passés respectifs. Cette difficulté n’est pas rare chez les couples, car les relations intimes ont tendance à réactiver les blessures du passé, blessures demeurées en mal de guérison. D’après Le défi du couple : l’amour réapprivoisé (traduction française de Getting the Love You Want) du thérapeute Hartville Hendrix, c’est dans le cadre d’un réel engagement l’un envers l’autre que ce genre de blessures peut être guéries, comme nous l’avons expérimenté.

Cela était loin d’être évident pour nous. Durant longtemps, nous avons déployé beaucoup d’efforts pour tenter de résoudre les difficultés qui nous faisaient souffrir tous deux, sans toutefois jamais y parvenir. Après un certain temps, nous avons renoncé à chercher de résoudre notre situation. Nous avons alors vécu côte à côte au meilleur de nos capacités, tout en nous concentrant chacun sur nos propres responsabilités devant Dieu. J’ai fini par découvrir chez moi la présence de schémas relationnels remontant à mes premières années de vie et sur lesquels je continuais parfois à m’appuyer dans mes interactions avec autrui. J’ai alors commencé à remplacer certaines de ces stratégies par d’autres plus appropriées. Ce fut là une première et très importante étape vers notre éventuel rétablissement conjugal.

Vers la fin de cette période d’épreuve, il y a de cela une dizaine d’années maintenant, je collaborais sur une base quotidienne avec une toute nouvelle collègue de travail. Celle-ci était une chrétienne engagée dans sa foi, d’un héritage évangélique différent du mien. Cette situation donna lieu à des conversations que Dieu utilisa pour m’aider à réfléchir à ce qui avait jadis formé les fondements de ma propre foi chrétienne.

C’est ainsi que je fus conduit par l’Esprit de Dieu à identifier un secteur de ma vie où j’avais cessé d’être vigilant et m’étais laissé emporté en dehors de la voie d’obéissance. Je fus saisi d’une conviction intérieure aussi soudaine que certaine qu’il s’agissait là d’une ultime invitation de la part de Dieu à renoncer à ma désobéissance pour le choisir, Lui. Ma réponse fut immédiate et sans équivoque : c’est toi que je choisis Seigneur! Dès ce moment, toute culpabilité a disparu. Oui, bien sûr, celle du péché auquel j’avais renoncé, mais plus encore, la culpabilité toxique acquise très tôt dans ma vie, celle qui avait pesé si lourd sur moi et affecté indirectement mes relations. J’en ai été libéré, comme par le Souffle même du Dieu des tempêtes et du calme.

C’est ainsi que par la suite, je suis passé de la position d’une personne qui se sent victime de ses circonstances – comme si j’étais tenu captif dans une prison de nature spirituelle – vers la posture de quelqu’un qui sait qu’il est un fils de Dieu, prince sous l’autorité spirituelle de Christ, cohéritier avec le Roi. Il est devenu clair pour moi que je pouvais faire appel à mon Père et recevoir de sa part les réponses à mes demandes pour résister aux tentations devant moi, quelles qu’elles soient. Je ne suis pas en train de dire que je suis devenu sans péché ni faille. Ce que je dis est ceci : je suis devenu un guerrier contre les forces des ténèbres – comme je l’avais déjà été par le passé. Je me suis souvenu à nouveau de qui j’étais en Christ, et j’ai commencé à développer le réflexe de me tourner immédiatement vers la Source de toute force nécessaire pour combattre contre le péché.

Ces transformations sont devenues la base d’une nouvelle perspective dans ma relation avec mon épouse, celle-ci constatant les changements qui s’étaient produits chez moi. Je me suis également mis à  prier chaque fois qu’elle disait ou faisait quelque chose qui ne me plaisait pas. Je la baignais de mes prières, jusqu’à ce qu’un jour elle me dise qu’elle se sentait aimée et pleinement acceptée dans tout ce qu’elle était. Notre relation a depuis lors pris une tournure entièrement nouvelle.

Concurremment, mon épouse cheminait de son côté vers sa propre libération spirituelle. Ceci lui a permis d’accueillir la personne renouvelée que je devenais. Ces transformations expérimentées par chacun de nous ont contribué à nous rapprocher plus que jamais l’un de l’autre.

Nos enfants devenus adultes ont commencé à nous taquiner, disant des choses comme : «Maman, papa te fait la cour et tu ne t’en rends même pas compte!» ou, nous accusant de souffrir d’un amour aveugle : «Vous êtes d’étranges parents, vous semblez tous deux croire que l’autre n’a  aucun défaut, comme des amoureux qui viennent de se rencontrer». Derrière ces taquineries ressort tout l’encouragement que notre relation transformée leur apporte pour leur propre vie, ce dont ils nous ont fait part de diverses façons depuis.

Aujourd’hui encore, dix ans après ces événements, mon épouse et moi jouissons toujours d’une excellente relation, pour laquelle nous remercions le Seigneur. Alors, lorsque je dis à qui que ce soit que je ressens la joie de Christ et sa paix en moi maintenant, les événements dont je viens de rendre témoignage sont toujours présents en arrière plan dans mes pensées et dans mon cœur.

Des personnes de notre église qui nous connaissaient depuis de nombreuses années commencèrent à dire que la transformation dont ils avaient été témoins dans notre relation conjugale les encourageaient grandement à ne pas désespérer que Dieu puisse travailler de manière semblable dans la leur.

La relecture de 1 Pierre 5:6-11 et d’Éphésiens 6:10-18 m’aide à ne pas perdre de vue nos ennemis spirituels, ni que ceux-ci ont tenté de détruire notre couple et, à travers nous, notre famille. Mais ils ont échoué! Dieu a vaincu!  J’en remercie mon Père du ciel!

En concluant cet article, j’élève mon cœur dans la prière pour tous ceux qui luttent dans leur relation conjugale et qui pourraient être tentés d’adopter une attitude de désespoir. Je prie le Seigneur du ciel et de la terre, le Maître de l’univers, qu’il utilise ce témoignage pour apporter quelque mesure d’espoir à ces couples aux prises avec une telle souffrance.

Êtes-vous du nombre de ceux qui souffrent ainsi ? Je prie que le Saint Esprit puisse vous conduire vers les personnes adéquates ou vers des passages précis de Sa Parole qui donneraient à  votre situation un nouvel éclairage. Je prie Dieu qu’Il vous rende capable de Lui faire confiance pour restaurer votre propre cœur, afin que vous appreniez à redresser ce qui a besoin de l’être, autant dans votre relation à votre épouse ou à votre époux que dans votre relation avec le Seigneur Jésus-Christ. Je demande à Dieu qu’il crée en vous le désir de faire tout ce qui doit l’être à cet égard.

Cet article est aussi disponible dans l’original anglais, Can Married Couples be Restored? et en traduction espagnole, ¿Las parejas casadas se pueden restablecer?  Publication parallèle de Les couples mariés peuvent-ils être restaurés? dans Journal Chrétien.

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Auteur : Daniel Garneau, B Th, B Com, MA;
Traduction française par Daniel Garneau : les 29 et 30 août 2017;
Révision du texte par Nellie Garneau : le 30 août 2017;
Dernière mise à jour Daniel Garneau : le 27 février 2018.

Se savoir aimé de Dieu : la clé pour aimer autrui

Mon ministère pastoral portait fruit. Mon enseignement biblique était apprécié de la part des membres de mon église et des étudiants à qui j’enseignais un cours sur les particularités de ma famille d’églises, un autre sur l’initiation d’autrui à la foi chrétienne.

Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle allaite ?
N’a-t-elle pas compassion du fils qui est sorti de son ventre ?
Même si elle l’oubliait,
moi je ne t’oublierai jamais. (Ésaïe 49.15, Seg 21)

Par contre, les transformations spirituelles tant espérées continuaient de me paraître plutôt inaccessibles. Je ne comprenais pas que Dieu bénisse mes activités ministérielles et réponde à mes besoins matériels, sans apparemment agir dans l’intimité de mon âme comme je souhaitais tant qu’Il le fasse – et ce de façon révolutionnaire. J’aspirais à plus !

Je puisai un grand encouragement d’une prière de l’apôtre Paul pour les Éphésiens, dans laquelle il me sembla trouver la réponse aux aspirations non comblées qui m’habitaient :

« À cause de cela, je fléchis les genoux devant le Père, de qui toute famille dans les cieux et sur la terre tire son nom, afin qu’il vous donne, selon la richesse de sa gloire d’être puissamment fortifiés par son Esprit dans l’homme intérieur, en sorte que Christ habite dans vos cœurs par la foi; étant enracinés et fondés dans l’amour, que vous puissiez comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, et connaître l’amour de Christ, qui surpasse toute connaissance, en sorte que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu.

« Or, à celui qui peut faire, par la puissance qui agit en nous, infiniment au-delà de tout ce que nous demandons ou pensons, à lui soit la gloire dans l’Église et en Jésus-Christ, dans toutes les générations, aux siècles des siècles ! Amen ! » (Éphésiens 3:14-21).

Je m’appropriai cette prière, la faisant mienne, considérant que je pouvais faire confiance à Dieu pour qu’il produise en moi la maturité que Paul demandait pour ceux à qui était destinée cette lettre. J’ai transformé ma compréhension en un message biblique présenté dans deux Églises locales du Québec et deux de l’Ontario entre novembre 1985 et août 1986. Le message s’intitulait Enfin… un homme de Dieu. J’insistais sur deux conditions essentielles pour celui qui tend vers la sainteté, ce que j’appelais « devenir un homme ou une femme de Dieu » : comprendre ce que Dieu peut et veut faire en lui ou en elle (Éphésiens 3:14-19); croire que Dieu le fera effectivement (Éphésiens 3:20-21).

Il me semblait que cette prière de Paul pour les Éphésiens devait être indicative d’une certaine compréhension de la volonté de Dieu non seulement envers les Éphésiens en particulier, mais aussi envers tous ceux qui croient, en tout lieu et en toute époque. Je croyais donc pouvoir appliquer à moi-même et à mes auditeurs les contenus de la prière de Paul comme s’il s’agissait de ce que Dieu peut et veut faire pour chacun d’entre nous.

Je voyais la nécessité de comprendre ce que Dieu peut faire pour nous comme fondé dans une meilleure connaissance de ce que nous pouvons attendre que Dieu nous donne (« Je fléchis les genoux afin qu’il vous donne… ») : sa force (« d’être puissamment fortifiés par son esprit dans l’homme intérieur »); sa communion (« en sorte que Christ habite dans vos cœurs par la foi »), son amour (« étant enracinés et fondés dans l’amour »), sa personnalité (« que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu »).

Quant à croire que Dieu le ferait, deuxième partie structurale de ce sermon, je me fondais sur le connecteur grammatical « or » qui, selon l’exégèse que j’en avais faite de l’original grec, rattachait à la prière que Paul venait de faire pour les Éphésiens (Éphésiens 3:14-19) un rappel de la nature infinie du pouvoir de Dieu dans la vie des êtres humains (Éphésiens 3:20-21) : « Or, à celui qui peut faire, par la puissance qui agit en nous, infiniment au-delà de tout ce que nous demandons ou pensons, à lui soit la gloire dans l’Église et en Jésus-Christ, dans toutes les générations, aux siècles des siècles ! Amen ! ».

En particulier, je m’attendais de la part de Dieu, à ce qu’il produise en moi l’amour dont il était question en plein cœur de cette prière (Éphésiens 3:17-19) de Paul. Je me sentais défaillant dans la manifestation concrète de mon amour envers autrui et considérais transformatrice une pleine compréhension de la nature de l’amour de Dieu.

Quelques années plus tard, lorsque je partageai mon interprétation de ce texte des Écritures à une dame, celle-ci me fit remarquer que ce dont il était question dans ce passage biblique était avant tout de la compréhension de l’amour que Dieu a envers nous.

Ce n’est que vingt ans plus tard environ, soit en 2008, que j’ai été en mesure d’acquérir une compréhension fondée en expérience de cette interprétation qui m’avait initialement en très grande partie échappé, que l’amour que l’on a pour autrui passe par l’amour que Dieu a pour nous. La compréhension que l’on a de la première ne peut être dissociée de la compréhension que l’on a de la seconde. Le sentiment, voire la certitude, d’être aimé par Dieu constitue une source, pour ne pas dire une ressource, sans laquelle l’on ne peut aimer ceux qui nous entourent à la manière dont Dieu nous y invite. En somme, l‘amour de Christ qui « surpasse toute connaissance » (Éph. 3:19) à propos duquel Paul prie pour que nous en comprenions « la longueur, la profondeur et la hauteur » (Éph. 3:18) est celui manifesté par Dieu envers moi avant d’être celui que je manifeste envers autrui.

Il y a environ 30 ans, j’en étais venu à accorder plus de poids à ma difficulté de manifester l’amour de Dieu envers autrui que dans le fait que Dieu m’aime. Je crois aujourd’hui que cette dimension de ma spiritualité chrétienne a contribué à me donner l’impression de piétiner spirituellement, puis m’a éventuellement conduit à perde espoir pour un temps.

Cette manière de comprendre mon rapport à Dieu et aux autres fut brisée il y a environ dix ans, époque à partir de laquelle je ne voyais plus mes fautes comme sources de culpabilité, mais plutôt comme l’occasion de remercier Dieu immédiatement parce que Sa grâce envers moi était plus grande et plus importante que n’importe lequel de mes écarts entre ce que je savais être bien et ce que je faisais effectivement. Cette dimension du message du salut, en Jésus Christ, par la foi seule, peut aussi être compris comme une invitation au courage d’accepter d’être accepté malgré que l’on se sache inacceptable.

Depuis le 30 mai 2017, cet article est également publié sur le Journal Chrétien. Il s’agit d’une adaptation de Dieu et moi – Essai autobiographique, p. 12-15, accessible sous Formation par l’autobiographie à la section Apprendre du site Savoir et croire .ca.

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La rencontre du passé, du présent et du futur

Mon parcours de foi chrétienne, lorsque j’y repense aujourd’hui, peut être considéré sous l’angle d’une d’une fusion des horizons, d’une rencontre du passé, du présent et du futur.

Qu’est-ce que l’homme pour que tu prennes soin de lui (Psaume 8.5) ?

Le passé

Trois événements marquants viennent ponctuer le passé. Premièrement, À compter de 1970, des témoins de Jésus m’ont appris que Dieu m’offrait le salut éternel en son Fils, m’invitant à vérifier leurs dire à même les textes de la Parole de Dieu. Ensuite, en 1977, après une longue résistance de ma part, j’ai enfin choisi de me détourner d’un style de vie qui ne s’accordait pas avec celui auquel Dieu m’invitait et à m’engager à vivre comme Dieu le demandait, au meilleur de mes capacités. Mais il m’a fallu 30 années de plus pour enfin parvenir, depuis 2008, à vivre ma vie chrétienne en sachant intimement que je suis pardonné et aimé par mon Sauveur au quotidien.

Le présent

Que dire du présent ? Il est construit sur le passé, sans lequel ma vie serait tout autre. Je suis donc reconnaissant au Seigneur, même pour les périodes qui m’ont parues les plus sombres de mon existence, qu’il s’agisse de celles d’avant ou d’après ma conversion.

Toujours, Dieu était là. Il veillait sur moi. Il me guidait. Il respectait mes refus. Car Dieu ne s’impose pas à nous. Au contraire, Il nous invite, puis Il attend que nous soyons prêts. Dans le passé, Dieu m’a attendu. Dans le présent, il ne me bouscule pas, mais attend que je sois prêt à entrer toujours de plus en plus pleinement dans l’amour qu’Il a pour moi. Car tout part de là : la compréhension que nous avons de l’amour de Dieu pour nous.

Le futur

Au moment où j’écris le présent article pour célébrer Dieu publiquement par un témoignage concernant une ou deux dimensions de mon parcours chrétiens, c’est en fait dans le futur que je me projette. Qu’est-ce que je veux accomplir par cet article ? Mes intentions lorsque je travaille à préparer n’importe quel texte constituent une forme de regard vers le futur, car je travaille aujourd’hui sur ce qui prendra vie demain.

La rencontre du passé, du présent et du futur

Partager mon parcours de foi est pour moi une occasion de célébrer Dieu publiquement. La préparation requise pour cette célébration me conduit à réfléchir à la trace du passé dans mon présent et à me projeter avec espoir vers un futur encore incertain.

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Daniel Garneau,
B Th, B Com, MA,
le 7 février 2018

Aimer les yeux ouverts !

Aimer l’image que l’on se fait d’une personne ou d’un groupe peut conduire à être injustement déçu à leur égard. L’amour véritable consiste à aimer les gens tels qu’ils sont vraiment !

« Aimer les yeux ouverts », c’est aimer une personne en la considérant pour ce qu’elle est en réalité plutôt que comme l’on aimerait qu’elle soit.  Cela est loin d’être toujours évident. Je me suis en effet rendu compte qu’il existe chez moi quelque chose comme une tendance à projeter sur autrui les qualités que j’aimerais trouver en une personne ou en un groupe de personnes à un moment donné de mon existence. Lorsque cette attente, envers personne ou groupe, se trouve déçue, je ressens une sorte de bouleversement intérieur difficile à décrire. Il me semble avoir détecté en moi les traces de la présence d’un tel phénomène dans plusieurs contextes institutionnels et interpersonnels distincts.

L’Eternel marche dans la tempête, dans le tourbillon (Nahum 1.3)

Aimer l’image que l’on se fait d’une personne ?

Tout se passe comme si j’aborde certaines relations nouvelles en attribuant aux personnes des qualités que je souhaitais trouver en elles, sans qu’elles les aient nécessairement. J’apprécie alors ces personnes en partie parce que je les perçois à travers le filtre de ces vertus que je leur suppose.

Lorsque je finis par me rendre compte que ces caractéristiques ne leur appartiennent pas, je vis une déception qui transforme les émotions agréables ressenties jusqu’alors en émotions désagréables. Plutôt que d’avoir envie de me trouver en présence de cette personne ou d’entendre ses conseils, je passe dans un mode suivant lequel je souhaite de moins en moins me retrouver en sa présence.

Aimer une personne pour ce qu’elle est vraiment ?

Cette réflexion m’a conduit à comprendre toute l’importance d’aimer les autres dans ce qu’ils sont vraiment plutôt que d’aimer ou de haïr l’image que je me fais d’eux. Cette prise de conscience m’a conduit vers la maxime « aimer les yeux ouverts » comme fil conducteur pour réfléchir à mes attentes et dispositions envers autrui, ainsi qu’aux conditions suivant lesquelles je m’engage (ou parfois refuse de le faire) dans ce que la Bible appelle l’amour.

« Aimer les yeux ouverts » signifie pour moi aimer la personne qui est devant moi en m’efforçant de la considérer sous l’angle de ce qu’elle est vraiment plutôt que dans la perspective de ce que je souhaite que cette personne soit. Cela implique d’accepter que même celles de mes attentes qui sont les plus légitimes envers elle puissent être déçues; par exemple, lorsqu’un enseignant ne maîtrise pas ce qu’il est chargé de m’apprendre ou lorsqu’un mentor manque de sensibilité au regard que je porte sur la vie.

Aimer l’image que l’on se fait de nos leaders chrétiens ?

Je me suis rendu compte que quelque chose de cet ordre s’était produit dans mon rapport aux premiers leaders chrétiens qui ont tenu un rôle de mentor et des fonctions de directeurs dans mon parcours de foi chrétienne. Je m’attendais à ce qu’ils incarnent les valeurs chrétiennes dont ils transmettaient les fondements. Mon admiration pour eux s’est éteinte, lorsque j’ai fini par me rendre compte qu’ils n’étaient pas nécessairement à la hauteur de toutes les attentes que j’avais envers eux.

Aimer l’image que l’on se fait d’un groupe, chrétien ou non ?

Dans le cadre de cette réflexion, j’en suis venu à comprendre, peu à peu, qu’il m’arrivait parfois de projeter sur un groupe les qualités que je souhaiterais y retrouver. Que le groupe soit une grande collectivité, comme le milieu évangélique en général, ou un sous-ensemble de ce milieu, comme une église locale en particulier, n’y change rien.

Les principes sont les mêmes pour les regroupements séculiers que pour les regroupements religieux. Il m’est arrivé de comprendre un groupe auquel j’appartenais en fonction des besoins que je ressentais face à ce groupe plutôt qu’en fonction des personnes elles-mêmes dudit groupe.

Aimer, non pas aveuglément, mais avec les yeux grand ouverts !

Cette réflexion me conduit à passer d’un amour que l’on nomme parfois « aveugle » à un amour qui intègre la pleine conscience de qui est l’autre sans en exclure les tendances désagréables ou perturbantes pour soi-même. Le plus étonnant à propos de ce que je tente de décrire dans le présent article est d’avoir maintenant l’impression que mon Dieu a enfin répondu à ma prière d’antan fondée sur l’épître aux Éphésiens, que je puisse parvenir à être capable d’aimer vraiment. Le leitmotiv « aimer les yeux ouverts » me conduit et me maintient dans cette voie qui par le passé échappait à ma compréhension et à ma capacité concrète d’intégration spirituelle. Jésus nous aime avec les yeux grand ouverts.

Cet article est tiré de mon essai autobiographique, Dieu et moi, © 2013-2015, accessible gratuitement en format PDF à la section Qui suis-je ? de Savoir et croire .ca. Depuis le 17 novembre 2016, l’article peut également être consulté sur le site du Journal chrétien.

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Daniel Garneau,
B Th, B Com, MA,
le 7 février 2018