La foi en temps de pandémie

Comment vivre notre foi en temps de pandémie ? ou lorsque nous faisons face à une maladie ou à une épreuve de tout ordre ou degré. Dieu souffre avec nous.

Il y a un mois, une nouvelle chrétienne de notre groupe avait posé une question, suite à la lecture du livre de John Piper, Le coronavirus et Christ.  La question était la suivante :

J’ai toujours cru que la maladie provenait de l’ennemi, depuis le péché originel, donc ne viendrait pas de Dieu mais qu’il la permettait. Mais Piper dit : « Le coronavirus a été envoyé par Dieu. C’est une saison amère et Dieu l’a ordonnée. Dieu la gouverne. Il y mettra fin. » Est-ce que j’ai été dans l’erreur tout ce temps ?

Dans le but de répondre à la question lancée, Nellie a écrit cette réflexion et elle vous la partage, à travers ce blog.

RÉPONSE  À LA QUESTION DE LUCIE,
CONCERNANT LA MALADIE,
DANS LE
CONTEXTE DU CORONAVIRUS

Lucie, la question que tu as posée est difficile. Difficile, mais importante, parce qu’une crise comme celle du coronavirus rejoint notre besoin de trouver un sens à la souffrance, au mal.  Je n’ai pas la prétention de pouvoir répondre à ta question de façon exhaustive, mais j’aimerais te partager les points principaux qui m’ont servi d’ancrage lorsque ma fragile barque tanguait dangereusement sur de fortes vagues.

D’abord, j’aimerais préciser que pour moi, bien qu’elle affecte la santé des gens, la pandémie dépasse le problème de la maladie. Je la vois plutôt comme un grand fléau, tels que le furent le tsunami au Japon en 2011 ou le tremblement de terre à Haïti en 2010, mais cette fois, le fléau est planétaire, ce qui le rend encore plus impressionnant. Dans les deux cas précédents, nous étions les spectateurs de grands désastres qui arrivaient ailleurs, mais présentement, chaque personne de la terre est interpellée parce qu’elle (ou un de ses proches) pourrait contracter ce virus et en mourir. De plus, bien d’autres conséquences encore difficiles à prévoir pourraient en découler, individuellement autant que collectivement.

Si je m’appuie sur la terminologie de Timothy Keller, dans son livre La souffrance : marcher avec Dieu à travers les épreuves et la douleur, la pandémie serait « un mal naturel » par opposition à « un mal moral » comme, par exemple, la tuerie de la Polytechnique, la mort de la fillette de Granby, le récent massacre qui a eu lieu en Nouvelle-Écosse. Le genre de mal qu’est la pandémie pourrait s’avérer plus troublant pour certains, car elle ne peut être reliée directement au péché des hommes, contrairement à l’autre catégorie de mal.  

Le caractère même de Dieu

Très tôt dans ma vie chrétienne, j’ai eu le privilège d’entendre un message qui m’a marquée et m’a même soutenue toute ma vie. Ce message portait sur Dieu, plus spécifiquement, sur la sainteté de Dieu. Il présentait Dieu comme étant absolument pur, non seulement exempt de tout mal, mais incapable de tolérer la présence de celui-ci, comme le dit Habakuk :

Tes yeux sont trop purs pour voir le mal, et tu ne peux pas regarder la misère. Pourquoi regarderais-tu les traîtres? Pourquoi garderais-tu le silence quand le méchant dévore celui qui est plus juste que lui? (Ha 1:13, Sg 21, voir note *.) 

À cause de sa perfection absolue, Dieu devait exercer à la fois sa justice et son amour. Si Dieu, en exigeant la punition pour le péché, était simplement juste, il pourrait être dur. Si, au contraire, il n’était qu’amour, sans aucune conséquence au péché, il serait bonasse; cet amour ne serait que pure sentimentalité. 

En fait, expliquait le prédicateur, pour que la sainteté de Dieu soit respectée, la justice et l’amour de Dieu devaient travailler main dans la main. La justice supposait le paiement de la pénalité pour le péché tandis que l’amour cherchait à restaurer la relation de l’homme avec lui. Dans le sacrifice de Jésus sur la croix, en expiation pour nos péchés, ces deux caractéristiques si importantes de Dieu que sont sa justice et son amour, se sont rencontrées. De plus, ce sacrifice démontre plus que toute autre chose l’amour de Dieu, puisque Dieu lui-même a fourni ce que sa sainteté exigeait.  

En effet, le salaire du péché, c’est la mort, mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur. (Rm 6:23). 


SAINTETÉ DE
DIEU

                                                                                           

        JUSTICE                                                              AMOUR   

parfaitement équilibrées
en Jésus
  

Ce prédicateur avait dépeint à mes yeux un Dieu saint, en qui s’équilibraient parfaitement la justice et l’amour. Cette compréhension de Dieu m’a accompagnée depuis maintenant plus de 40 ans. Comme je l’ai dit plus haut, elle m’a servi d’ancrage.

Très tôt aussi, un autre élément s’est greffé à cette compréhension de Dieu. Il s’agit de la conviction que Dieu cherche toujours le bien des siens. Elle me venait de Romains 8:28 :

Du reste, nous savons que tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés conformément à son plan (l’italique est de moi). 

Ce verset, j’en voyais l’illustration frappante dans la vie du patriarche Joseph qui a toujours été mon personnage préféré de l’Ancien Testament. J’admirais son intégrité à toute épreuve alors que les circonstances de sa vie allaient de mal en pis. (Gn 37-50). De fait, contrairement à David dont on peut discerner les points d’appui dans l’adversité, à travers ses psaumes, rien dans le récit de la vie de Joseph ne me permettait de comprendre ce qui l’avait soutenu lorsqu’il avait fait face à toutes ses tribulations. Cela m’a d’ailleurs toujours intriguée, d’autant plus qu’à cette époque, la révélation de Dieu était très
restreinte si on la compare à celle que nous avons maintenant.

Par contre, les paroles de pardon prononcées à l’égard de ses frères qui avaient été à l’origine de toute la misère qu’il avait vécue sont révélatrices. Elles témoignent hors de tout doute de sa conviction que Dieu avait utilisé le mal planifié par ses frères pour son bien, ainsi que pour celui de son peuple. En effet,  Joseph allait devenir l’instrument de Dieu pour sauver son peuple… à partir du pays où il avait dû vivre en étranger depuis si longtemps, à cause de la méchanceté de ses frères.

N’ayez pas peur! Suis-je en effet à la place de Dieu? Vous aviez projeté de me faire du mal, Dieu l’a changé en bien pour accomplir ce qui arrive aujourd’hui, pour sauver la vie à un peuple nombreux. (Gn 50:19-20)

Sans avoir accès au texte de Paul, dans Romains 8:28, Joseph savait que « tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu ». Au sein de l’épreuve, ce passage, de même que l’exemple de Joseph, donnaient un sens à mon vécu, même si je ne comprenais pas nécessairement le but de Dieu pour moi, à ce moment-là. C’est en réfléchissant à ta question, Lucie, que j’ai réalisé l’impact qu’a eu cette assurance sur ma vie. Elle me permettait de m’accrocher, de garder la barre ferme lorsque venait la tempête.

Un autre aspect du caractère de Dieu : sa souveraineté

À bien y penser, ce précieux passage — Romains 8:28 — souligne un autre aspect du caractère de Dieu : sa souveraineté. Je voyais dans ce verset que Dieu contrôlait ce qui m’arrivait et le faisait d’une façon qui contribuait à mon bien, parce que j’avais été choisie par lui, « appelé[e] conformément à son plan ».

Par contre, j’ai graduellement pris conscience que certains passages des Écritures me semblaient aller beaucoup plus loin dans leur présentation de la souveraineté de Dieu. En effet, dans Éphésiens 1:11, Dieu est décrit comme étant « celui qui met tout en œuvre conformément aux décisions de sa volonté », ce que reprend le Psaume 135, en affirmant  très catégoriquement ceci : 

Tout ce que L’Éternel veut, il le fait,
dans le ciel et sur la terre, dans les mers et dans tous les abîmes. (v.6) 

Même idée dans 1 Samuel où il est dit de lui que Dieu contrôle tout, absolument tout, le bien comme le mal :

L’Éternel fait mourir et il fait vivre, il fait descendre au séjour des morts et il en fait remonter. L’Éternel appauvrit et il enrichit, il abaisse et il élève. De la poussière il retire le pauvre, du fumier il relève le faible, pour les faire asseoir avec les grands, et il leur donne en possession un trône de gloire. (2:6-8)

D’autres passages attribuent même une responsabilité à Dieu dans la mort de Jésus :

Cet homme [Jésus] vous a été livré suivant le projet défini et la prescience de Dieu. Vous l’avez arrêté, vous l’avez fait mourir sur une croix par l’intermédiaire d’hommes impies. (Ac 2:23) 

Il est bien vrai qu’Hérode et Ponce Pilate se sont ligués dans cette ville avec les nations et les peuples d’Israël contre ton saint serviteur Jésus, que tu as consacré par onction; ils ont accompli tout ce que ta main et ta volonté avaient décidé d’avance. (Ac 4:27-28) 

Ces passages me surprenaient grandement, parce que jusque là, j’avais attribué le mal — tout le mal — à Satan et aux humains séduits par lui. Mais, les Écritures affirment que Dieu contrôle le bien comme le mal, ce qui impliquerait aussi le coronavirus. C’est d’ailleurs ce que soutient John Piper, dans son livre Le coronavirus et Christ. Comment cela se fait-il?

Le mal est un intrus dans la création parfaite de Dieu

Il serait bon de mentionner que comme Keller, je  crois que « le mal est un intrus dans la création parfaite de Dieu » (p. 178). Dieu avait créé un monde sans failles et avait donné à l’homme l’autorité de le dominer (Gn 1:28). À cause de cela, celui-ci pouvait accomplir les plans de Dieu sur la terre, tout en jouissant d’une communion avec lui. Le mal n’existait pas dans l’Éden.

Satan a introduit le péché et le mal dans le monde. Jaloux de l’homme que le Créateur avait « fait de peu inférieur à Dieu et […]couronné de gloire et d’honneur » (Ps 8:6), il a séduit Adam et Ève et les a entraînés dans sa rébellion contre Dieu. Ils ont alors dû faire face au jugement de Dieu et aux conséquences découlant de leur péché (souffrances, exil, mort). Ce jugement, ainsi que la promesse d’une victoire future sur l’Ennemi de Dieu et des hommes (Gn 3:15), faisaient partie de son grand plan de sauvetage pour l’humanité. Ce plan, il l’avait conçu avec son Fils avant même la fondation du monde (Ép 1). Dès la chute, il a enclenché sa réalisation et tout au long des siècles, il a cherché à le déployer.

En même temps, Satan continue de tenter d’éloigner les hommes de leur Créateur et de leur destinée, en les manipulant par toutes sortes de ruses et de mensonges (Jn 8:44). En succombant à la tentation, Adam et Ève lui ont cédé leur droit de gouverner la terre. Il est ainsi devenu « le prince de ce monde » (Jn 12:31), « le dieu de ce siècle » (2 Co 4:4), « le prince de la puissance de l’air » (Ép 2:2). C’est pourquoi l’apôtre Jean peut déclarer que « le monde entier est sous la puissance du malin » (1 Jn 5:19).

Il a été défait à la Croix, mais il continue à régner, par le mensonge, en attendant la victoire ultime de Jésus, telle que décrite dans l’Apocalypse dont il est le grand héros.

Satan a un grand impact sur notre monde — un impact maléfique —, mais il n’est pas tout-puissant. La toute-puissance appartient à Dieu seul. Dieu limite le pouvoir de Satan, comme nous le verrons plus loin.

 Une sagesse au-delà de notre compréhension

Cela étant dit, le problème du mal demeurait irrésolu pour moi. Il suscitait de nombreuses questions en moi  : comment un Dieu saint, à la fois juste et bon, peut-il permettre le mal ? quel peut alors être son but ? comment la souveraineté de Dieu peut-elle se réconcilier avec la liberté qu’il accorde à ses créatures ? etc.

Une chose est claire dans les Écritures : tout ce que Dieu fait est parfait et digne d’être loué.

Il est le rocher. Ce qu’il accomplit est parfait, car toutes ses voies sont justes. C’est un Dieu fidèle et dépourvu d’injustice, il est juste et droit.
(Dt 32:4, l’italique est de moi.)

Qui est semblable à toi parmi les dieux, Eternel?
Qui est, comme toi, magnifique de sainteté, redoutable, digne d’être loué, capable de faire des miracles? (Ex 15:11,
l’italique est de moi)

En fait, dans les Écritures, Dieu n’explique pas comment il conjugue sa souveraineté avec sa justice et son amour, ni comment il la conjugue avec la responsabilité de l’homme. Il déclare même que nous serions incapables de saisir la sagesse avec laquelle il agit : 

En effet, vos pensées ne sont pas mes pensées
et mes voies ne sont pas vos voies, déclare L’Éternel.
Le ciel est bien plus haut que la terre.
De même, mes voies sont bien au-dessus de vos voies,
et mes pensées bien au-dessus de vos pensées.
(És 55:8-9)
 

Même l’apôtre Paul, qui avait pourtant reçu une révélation spéciale du mystère de Dieu en Christ (Ép 3:3-4), s’est écrié que les voies de Dieu étaient incompréhensibles : 

Quelle profondeur ont la richesse, la sagesse et la connaissance de Dieu !
Que
ses jugements sont insondables, et ses voies impénétrables ! (Rm 11:33) 

Par contre, à quelques endroits dans sa Parole, Dieu soulève un coin de rideau pour nous laisser entrevoir ce qui se passe dans les sphères célestes.   

Premier coup d’œil sur l’arrière-scène

Le récit de la vie du patriarche Joseph dont nous avons parlé précédemment, plus spécifiquement, la scène où il pardonne à ses frères, est révélatrice de l’action de Dieu derrière les gestes humains. Vous vous rappelez que dans la Segond 21, la version de la Bible que je lis généralement, Joseph disait ceci : 

N’ayez pas peur! Suis-je en effet à la place de Dieu? Vous aviez projeté de me faire du mal, Dieu l’a changé en bien pour accomplir ce qui arrive aujourd’hui, pour sauver la vie à un peuple nombreux (Gn 50:19-20, Sg21).

De cette traduction de la Bible, on peut déduire que Dieu change le mal en bien. Une grande assurance, n’est-ce pas ? Mais, la version du Semeur va beaucoup plus loin. On peut y lire que Joseph, tout en reconnaissant la responsabilité de ses frères, voit en Dieu la cause ultime de ses malheurs. 

N’ayez aucune crainte! Suis-je à la place de Dieu? Vous aviez projeté de me faire du mal, mais par ce que vous avez fait, Dieu a projeté du bien en vue d’accomplir ce qui se réalise aujourd’hui, pour sauver la vie à un peuple nombreux (Gn 50:19-20, Semeur). 

(Pour comprendre le dilemme qu’a dû résoudre le traducteur pour arriver à cette traduction particulièrement éclairante, voir l’article de Daniel intitulé Dieu et les désastres de nos vies, publié précédemment sur le présent blogue du site Savoir et croire .ca.)

Pour ma part, c’est Piper, dans son livre sur le coronavirus, qui a attiré mon attention sur cette différence notable. Il avertit : 

Attention à ne pas diluer cette vérité. Il n’est pas dit : « Dieu l’a utilisé pour en faire du bien » ou « Dieu l’a transformé en bien. » Il est écrit : « Par ce que vous avez fait, Dieu a projeté du bien. » Les frères visaient le mal, mais l’objectif de Dieu était le bien. Il n’a pas commencé à faire le ménage au milieu de cette histoire. Dès le début, il poursuivait un but, un sens. Dès le départ, il a projeté de faire du bien (p.48, ma traduction). 

Pour notre compréhension limitée, il est difficile de comprendre comment la responsabilité de l’homme et la souveraineté de Dieu peuvent s’articuler, mais Keller explique qu’ils sont effectivement compatibles. 

Dieu contrôle absolument tout ce qui se passe dans l’histoire mais de manière à laisser les humains responsables de leurs choix, de leurs actions et des conséquences. La liberté humaine et la direction divine des événements historiques sont alors tout à fait compatibles. Autrement dit, si quelqu’un braque une banque, le mal moral est de sa seule responsabilité, bien qu’il fasse partie du plan de Dieu.

Il est trivial mais efficace d’y réfléchir en termes de pourcentages. Nous pensons que Dieu a projeté quelque chose ou qu’un individu a exercé son libre arbitre pour l’accomplir. Les deux propositions ne peuvent être vraies en même temps. Nous dirons donc qu’un événement est dû à 50% à Dieu et 50% à un être humain. Ou peut-être 80% contre 20% ou 20% contre 80%. Mais la Bible affirme que l’histoire est à 100% sous la direction de Dieu, et pourtant elle est remplie d’individus responsables à 100% de leurs actions, en même temps (p.183). 

C’est justement à cause de cette complète souveraineté de Dieu que Piper peut faire la déclaration suivante en parlant du coronavirus : 

Le secret […] est de savoir que le Dieu souverain qui pourrait arrêter la propagation du coronavirus, mais qui ne le fait pas, est celui même qui soutient l’âme au sein de la pandémie. En d’autres termes, si nous essayons de dépouiller Dieu de sa souveraineté sur la souffrance, nous sacrifions alors sa souveraineté qui lui permet de faire concourir toutes choses au bien (p. 32).

La vie de Joseph démontre bien l’entrelacement de la responsabilité humaine et de la souveraineté de Dieu. Parce que Joseph est demeuré attaché à Dieu, en dépit de ses épreuves qui non seulement n’en finissaient plus, mais s’amplifiaient (responsabilité humaine), Dieu a pu accomplir de grandes choses pour lui, aussi bien que pour son peuple (souveraineté de Dieu). L’une comme l’autre ont travaillé de pair.

Deuxième coup d’oeil sur l’arrière-scène

Un autre récit de la Bible nous révèle un peu plus l’arrière-scène des événements qui surviennent dans la vie d’un individu. C’est le livre de Job. Dans ce cas-ci, les auteurs principaux qui agissent en coulisses, ce sont Satan qui s’en prend directement à Job et Dieu qui met une limite à ses interventions.

Le premier chapitre du livre met en scène un homme intègre dont le comportement démontre qu’il craint Dieu. Puis, on assiste à un dialogue particulier dans lequel Satan remet en question l’intégrité du serviteur de Dieu, disant que celui-ci le révère par pur intérêt, parce qu’il a sa bénédiction. Il insinue que si Dieu lui retirait sa protection, il le maudirait. 

L’Éternel dit à Satan :
—D’où viens-tu?

Satan répondit à L’Éternel :
—De parcourir la terre et de m’y promener.

L’Éternel dit à Satan :
— As-tu remarqué mon serviteur Job? Il n’y a personne comme lui sur la terre. C’est un homme intègre et droit. Il craint Dieu et se détourne du mal.

Satan répondit à L’Éternel :
— Est-ce de façon désintéressée que Job craint Dieu? Ne l’as-tu pas entouré de ta protection, lui, sa famille et tout ce qui lui appartient? Tu as béni le travail de ses mains et ses troupeaux couvrent le pays.  Mais porte donc la main contre lui, touche à tout ce qui lui appartient, et je suis sûr qu’il te maudira en face.

L’Éternel dit à Satan :
— Voici tout ce qui lui appartient: je te le livre.
Seulement, ne porte pas la main sur lui. (1:8-12) 

Dans ce passage, on peut voir que la puissance de Satan est limitée à celle que Dieu lui accorde. On peut lire ensuite que Satan s’attaque à Job qui perd tous ses biens et sa famille entière. Il prend le deuil et se jette à genoux disant : «C’est nu que je suis sorti du ventre de ma mère, et c’est nu que je repartirai. L’Éternel a donné et L’Éternel a repris. Que le nom de L’Éternel soit béni ! » 

Au chapitre suivant, un dialogue semblable au premier reprend :  

L’Éternel dit à Satan :
— D’où viens-tu?

Satan répondit à L’Éternel :
— De parcourir la terre et de m’y promener.

L’Éternel dit à Satan :
— As-tu remarqué mon serviteur Job? Il n’y a personne comme lui sur la terre. C’est un homme intègre et droit. Il craint Dieu et se détourne du mal. Il persévère dans son intégrité et c’est sans raison que tu m’incites à le perdre.

Satan répondit à L’Éternel :
— Peau contre peau ! Tout ce qu’un homme possède, il est prêt à l’échanger contre sa vie. Mais porte donc la main contre lui, touche à ses os et à sa chair, et je suis sûr qu’il te maudira en face.

L’Éternel dit à Satan :
— Le voici: je te le livre. Seulement, épargne sa vie. (2:2-6) 

Encore une fois, Dieu permet à Satan d’intervenir, mais limite sa méchanceté : Satan peut atteindre la santé de Job, mais il doit épargner sa vie. Et, celui-ci, comme dans la première épreuve, demeure fidèle à Dieu. À sa femme qui lui dit : «Tu persévères dans ton intégrité? Maudis donc Dieu et meurs !» Job répond : « Tu tiens le langage d’une folle. Nous acceptons le bien de la part de Dieu, et nous n’accepterions pas aussi le mal ? » (v.9-10), ce qui amène le narrateur à conclure que « dans tout cela, Job ne pécha pas par ses lèvres ». Mais, dans les chapitres qui suivent, Job crie sa douleur à Dieu, clame son innocence, cherche à comprendre le « pourquoi » de ses souffrances, etc., car il ne comprend pourquoi il vit ce qu’il vit, lui, qui se perçoit comme un homme intègre.

Après avoir laissé Job supplier, se justifier, questionner, etc., Dieu répond enfin à Job. D’abord, sur un ton de reproche, il le remet à sa place : 

Qui est celui qui obscurcit mes plans par des discours dépourvus de savoir?
Mets donc une ceinture autour de ta taille comme un vaillant homme!
Je t’interrogerai et tu me renseigneras. (38:2-3) 

Oui, à notre grande surprise, nous constatons que pendant quatre chapitres, la réponse de Dieu consiste en une série de questions qu’à son tour, il pose à Job. Des questions du genre de celles-ci, qui toutes dépassent Job :  

Où étais-tu quand j’ai fondé la terre?
Déclare-le, puisque tu es si intelligent!
Qui a fixé ses dimensions? Tu le sais, n’est-ce pas?
Ou qui a déplié le ruban à mesurer sur elle?
Sur quoi ses bases reposent-elles?
Ou qui en a posé la pierre angulaire
alors que les étoiles du matin éclataient ensemble en
chants d’allégresse 
et que tous les fils de Dieu poussaient des cris de joie? (Job 38 v 4 à v 7)  

Par les questions de Dieu, Job est mis en présence de la puissance et de la sagesse de Dieu. Et, que fait-il alors ? Il s’incline devant la grandeur de Dieu et répond : 

Je sais que tu peux tout, et que rien ne peut faire obstacle à tes projets. « Qui ose, disais-tu, obscurcir mes desseins par des discours sans connaissance?»  Oui, j’ai parlé sans les comprendre de choses merveilleuses qui me dépassent, que je ne connais pas. « Écoute, disais-tu, c’est moi qui parleraije vais te poser des questions, et tu m’enseigneras. » Jusqu’à présent j’avais seulement entendu parler de toiMais maintenant, mes yeux t’ont vu. Aussi je me condamne, je regrette mon attitude en m’humiliant sur la poussière et sur la cendre.
(42:2-6, Le Semeur)

On le constate, Dieu n’a donné aucune explication à Job concernant les causes de sa grande épreuve, mais l’attitude de celui-ci est complètement changée. Il est maintenant capable de vivre son affliction dans la confiance à ce Dieu si grand et si sage, sans connaître le pourquoi de sa souffrance. Le commentateur de la version Le Semeur précise très pertinemment que « Job est maintenant prêt à continuer de révérer Dieu pour rien, contrairement aux insinuations de Satan » (p.751). On le sait, le récit de la vie de Job, c’est un récit qui finit bien : il vécut encore 140 ans, recouvra la santé, le double de ses biens et eut le même nombre de fils et de filles. 

Job n’a pas eu de réponse, mais, à nous, à travers le récit de l’expérience de Job, est dévoilé la lutte qui se passait dans les lieux célestes. À travers ce récit, nous sommes invités, même s’il nous arrive de ne pas comprendre « les pourquoi » de nos souffrances, à mettre notre confiance en un Dieu infiniment plus grand et plus sage que nous, sachant que l’ennemi de nos âmes « rôde comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer » (1 Pi 5:8).

 Le souverain qui souffre

Comme je l’ai déjà mentionné, ma conviction que Dieu est souverain a constitué une ancre solide dans les temps difficiles. Par contre, ce qui m’apparaît particulièrement réconfortant,  c’est de savoir que Dieu lui-même, en Jésus-Christ, a souffert. Et, même que sa souffrance dépasse de beaucoup la mienne, sans compter qu’elle était absolument imméritée.

Un Dieu souverain, même s’il est bon et juste, et en plus, infiniment sage, pourrait paraître lointain, mais un Dieu qui prend notre souffrance devient tout à coup très accessible. Il peut compatir à la nôtre. N’est-ce pas ce que dit l’auteur de la lettre aux Hébreux :  

En effet, nous n’avons pas un grand-prêtre incapable de compatir à nos faiblesses; au contraire, il a été tenté en tout point comme nous, mais sans commettre de péché. Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce afin d’obtenir compassion et de trouver grâce pour être secourus au moment opportun (Hé 4:15-16).

Ce matin, je lisais Jean 12.  Jésus venait de faire allusion à sa mort, puis il se dit en lui-même : « Maintenant mon âme est troublée. (On le comprend aisément.) Et que dirai-je? Père, délivre-moi de cette heure? » (Notez les points d’interrogation. C’est comme s’il hésitait et se demandait s’il pouvait considérer la possibilité d’éviter la mort.) Mais, aussitôt, il se reprend fermement : « Mais c’est pour cela que je suis venu jusqu’à cette heure. » Et, consentant au sacrifice, il ajoute : « Père, révèle la gloire de ton nom ! » (v.27-28). Voilà la souffrance que notre Sauveur a dû affronter… jusqu’au bout.

Il me semble que de parler d’un Dieu souverain sans parler du Dieu qui souffre ne lui ferait pas justice. Tellement pas ! C’est d’ailleurs ainsi que Timothy Keller qualifie notre Dieu : « le souverain qui souffre » (p.198), expliquant que ces deux vérités se complètent. Il est souverain sur la souffrance et il en a fait l’expérience avant nous. Nous pouvons donc lui faire confiance, que ce soit dans la situation particulière de la pandémie actuelle ou dans les situations habituelles de nos vies.

Nellie Chouinard-Garneau,
le 23 mai 2020

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Note :
(*) À moins d’indication contraire, les citations bibliques proviennent de la Segond 21.

Le chrétien et le pardon d’actes graves

Le plaidoyer de culpabilité d’Alexandre Bissonnette en a sans doute hanté plus d’un. Que faire si la victime —  ou pire, l’agresseur — était un de nos proches ? se demandent des personnes de divers horizons. L’on cherche une réponse à la question, «ce geste est-il pardonnable ?» Voici les mots mêmes d’un ami tenaillé par cette bien triste situation :

Ce qui me hante est la nature même du pardon considérant que je suis un chrétien croyant. Jusqu’où ce déséquilibre momentané allant jusqu’à tuer, peut-il être pardonnable ou pas ? Y a-t-il une limite au pardon ? Comme chrétien, qu’est-ce que j’ai de «plus» que d’autres ? Si c’était mon fils qui avait posé ce geste, serais-je capable d’un pardon inconditionnel ? Voilà en résumé ce qui me fait beaucoup réfléchir. Je souhaiterais obtenir tes éléments de réponses pour aller plus loin…

Ces interrogations m’ont paru, non seulement d’une grande pertinence, mais aussi, d’un intérêt certain pour d’autres personnes se posant des questions semblables. Toutes les approches sur lesquelles je me suis aventuré pour tenter de parler du pardon en lien avec le présent questionnement m’ont rapidement paru lacunaires. Le présent article se veut malgré tout un début de réponse.

C’est selon mon expérience de vie et mes convictions chrétiennes, telles qu’intégrées dans ma vie à ce jour, que mon interlocuteur m’invite à lui répondre.  Si donc je fais l’inventaire des démarches de pardon dans ma vie, il y en a quelques-unes qui se détachent des autres, même si aucune n’est reliée aux genres de crimes dont les questions ci-dessus font état. Les plus anciennes me situent dans un rapport beaucoup plus pénible au pardon que maintenant, pour des offenses plus ou moins équivalentes. Je trouve en cela un  encouragement, car je vois que ma foi chrétienne a produit des résultats, notamment en ce qui concerne le traitement de l’offense. Malgré tout, le pardon reste toujours difficile à accorder; il continue de demander un travail pour y parvenir. Il implique un combat à livrer, avec moi-même, appuyé sur les ressources de Christ en moi.

Si je pense aux modèles de pardon auxquelles adhèrent des personnes de divers contextes avec qui j’ai été en interaction au fil des années, il me semble important de préciser ce qui ne fait pas partie de la nature du pardon. Le pardon n’est pas l’exonération des conséquences d’un acte mauvais que l’on a soi-même commis ou que d’autres ont commis à notre encontre ou contre d’autres. Le pardon n’est pas l’oubli de la faute, comme si elle était balayée de nos souvenirs. Le pardon n’implique pas que l’on ne parlera plus de la situation répréhensible en cause, comme s’il s’agissait d’une «affaire classée».

Le pardon n’est pas davantage synonyme de réconciliation, car la réconciliation requiert la participation active de toutes les personnes concernées par l’offense, alors que le pardon appartient à l’offensé et à lui seul. J’ajouterai également que le pardon n’est pas la restauration de la confiance de l’offensé envers l’offenseur, car celle-ci aura besoin d’être rétablie. Enfin, il importe de ne pas confondre le pardon et les émotions confuses ou déplaisantes que l’on peut encore ressentir, même après avoir réellement pardonné.

Des auteurs que je respecte ont dédié un chapitre ou plus sur le pardon dans au moins un de leurs ouvrages. Il s’agit de : Simone Pacot, dans L’évangélisation des profondeurs;  Leanne Payne, dans L’âme, cette oubliée, traduction de Restoring the Christian Soul;  John Piper, dans Combattre l’incrédulité, traduction de Battling Unbelief; Philip Yancey, dans Touché par la grâce, traduction de What’s So Amazing About Grace; Neil Anderson, dans Une nouvelle identité pour une nouvelle vie , traduction de Victory over the Darkness. Je vais maintenant m’inspirer librement de leurs réflexions pour explorer certains aspects de la nature du pardon dans la perspective chrétienne qui est la mienne.

Je traiterai du pardon selon des angles qui me paraissent fort importants pour amorcer une réflexion sur ce thème : (1) le pardon, à qui bénéficie-t-il? (2) le pardon comme choix; (3) le pardon comme refus de se venger; (4) le pardon par Dieu des pires offenseurs; (5) le sacrifice de Christ pour notre pardon et celui des autres.

1. Le pardon, à qui bénéficie-t-il?

Aussi étonnant que cela puisse paraître au premier abord, le pardon bénéficie à celui qui pardonne. C’est Neil Anderson qui est le plus clair sur ce point avec lequel tous me semblent d’accord : le pardon bénéficie à celui qui l’accorde beaucoup plus qu’à celui qui le reçoit. La victime qui pardonne une offense se libère elle-même. Cela correspond très précisément aussi à mon expérience personnelle de pardon. L’offenseur pourrait à la limite ne pas savoir qu’on lui a pardonné. Il pourrait même être décédé.

L’on conviendra aisément que plus le tort causé est grand, plus le pardon est difficile à accorder. Mais, ne pourrions-nous pas extrapoler et affirmer également que plus le tort causé est grand, plus la victime bénéficiera du pardon, plus elle se libérera ?  À cet égard, Yancey donne un avertissement qui sonne comme une alarme: «Sans pardon, le passé monstrueux peut à tout moment sortir de l’hibernation pour dévorer le présent. Et aussi le futur» (Touché par la grâce, p. 120), le futur de la victime, et souvent même celui de ses proches.

Par ailleurs, dans certains cas, l’offenseur aussi tire bénéfice du pardon accordé par la victime, à condition qu’il accueille ce pardon, ce qui peut ne pas être le cas. Leanne Payne fournit des exemples d’agresseurs repentants qui ont bénéficié du pardon de leur victime. Simone Pacot, quant à elle, souligne très pertinemment ceci: «Lorsque nous pardonnons, la relation n’est pas forcément restaurée dans sa forme extérieure. Mais tout est en place pour qu’elle le soit» (L’évangélisation des profondeurs, p. 228). Évidemment, cette toute dernière remarque ne s’applique pas au cas présent, car Alexandre Bissonnette est un étranger par rapport à ses victimes, comme c’est aussi souvent le cas.

2. Le pardon comme choix

Selon Leanne Payne, le pardon est un acte transactionnel accompli par la victime au terme d’une démarche plus ou moins pénible et plus ou moins longue qui l’aura amenée à être prête à pardonner.

Cet acte transactionnel peut prendre la forme d’une prière à Dieu et pourrait ressembler à quelque chose comme ceci : «Seigneur, je pardonne à x d’avoir commis y». Cette décision de pardonner devient une balise dans l’espace et dans le temps pour celui qui accorde le pardon. Elle servira de repère lorsque la douleur reviendra, suite à un événement qui l’aura éveillée. Le fait d’avoir pardonné n’élimine pas les inconforts ou les douleurs ou les émotions négatives que vit la personne qui a accordé le pardon. Par contre, explique Simone Pacot, «[elle] ne souffre plus de la même manière, la souffrance ne porte plus la mort, elle peut être vécue avec un cœur pacifié, maintenant la vie est là» (L’évangélisation des profondeurs, p. 227). Cet état constitue déjà une étape importante dans un processus de restauration au bénéfice de la victime qui a choisi de pardonner.

Leanne Payne quant à elle compare cette décision à un vœu de pauvreté. Celui ou celle qui fait un vœu de pauvreté à une certaine date doit le renouveler par la suite chaque jour pour le vivre concrètement. Cela renvoie une fois de plus à ce que le pardon n’est pas. Il n’entraîne pas obligatoirement l’absence de souffrance subséquente au pardon chez la personne offensée. Il n’y a pas de lien automatique entre la décision de pardonner et la libération intérieure. Comme nous venons tout juste de le dire, celle-ci peut faire partie d’un processus dont le choix de pardonner n’est que l’une des étapes. Bien que ce choix s’avère décisif, il demeure une étape d’un plus long processus.

3. Le pardon comme refus de se venger soi-même

La décision de pardonner inclut une dimension qui suppose le refus d’agir soi-même pour que justice soit faite à l’agresseur. L’on renonce alors à faire quoi que ce soit contre l’agresseur pour rétablir le droit. Le pardon comme refus de se venger soi-même n’implique pas du tout de ne pas dire la vérité dans une cour de justice et encore moins de laisser un criminel en liberté sans rien faire. Mais, en pardonnant, la victime se libère de son agresseur, car elle laisse à Dieu le soin de rétablir la justice selon Sa sagesse, Sa puissance et Sa bonté (Rm 12.17-21). Elle se tourne vers le présent et l’avenir devant elle.

Ne rendez à personne le mal pour le mal. Recherchez ce qui est bien devant tous les hommes. Si cela est possible, dans la mesure où cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes. Ne vous vengez pas vous-mêmes, bien-aimés, mais laissez agir la colère de Dieu, car il est écrit : C’est à moi qu’appartient la vengeance, c’est moi qui donnerai à chacun ce qu’il mérite, dit le Seigneur. Mais si ton ennemi a faim, donne-lui à manger, s’il a soif, donne-lui à boire, car en agissant ainsi, tu amasseras des charbons ardents sur sa tête. Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. (Romains 12.17-21 , Segond 21)

Cette dimension chrétienne du pardon requiert de manière incontournable une pleine confiance en Dieu de la part de la victime, spécialement en Sa capacité d’établir la justice. John Piper, mentionné plus haut, développe très bien ce thème. Dans cette perspective, le pardon est une dimension de la foi chrétienne. Il situe cet aspect du pardon dans la confiance dans les promesses que Dieu nous a faites pour le présent et le futur dans nos vies. C’est dans ce territoire que je combats lorsque l’on m’offense. M’en remettre à Dieu avec confiance me permet de Lui laisser le soin d’agir.

4. Le pardon par Dieu pour les pires offenseurs

J’ai longtemps fait partie de ces personnes qui ont beaucoup de facilité à se sentir coupables. D’avoir été obligé de livrer combat sur ce flan spirituel m’a permis de cultiver une certaine empathie envers les «grands coupables». Je crois être capable de me mettre dans la peau de celui qui doute que ses péchés à lui puissent être pardonnés.

John Newton, l’auteur du cantique bien connu Grâce infinie (Amazing Grace), était un marchand d’esclaves. Sa mère lui avait enseigné les voies du Seigneur, qu’il n’avait manifestement pas suivies. Or, un jour, alors qu’il était sur un navire de traite d’esclaves, il se demanda si ses péchés à lui étaient trop graves pour être pardonnés.

Le chant Amazing Grace – traduit en français par Grâce infinie – est issue de cette réflexion. Cet homme s’est détourné de ses voies et il s’est par la suite mis au service du Seigneur, comme le reflète le chant bien connu encore aujourd’hui. Nous sommes ici devant une particularité chrétienne, une différence entre ceux qui appartiennent à Christ et ceux qui ne lui appartiennent pas : nous avons saisi le pardon de Dieu et nous sommes maintenant invités à pardonner à notre tour, à offrir à d’autres la grâce reçue.

D’ailleurs, l’apôtre Paul n’était-il pas lui-même un persécuteur de chrétiens avant sa conversion au Seigneur Jésus, alors qu’il était en chemin pour tuer des croyants ? Le cantique Grâce infinie exprime la joie d’avoir reçu le pardon de Dieu. Paul l’apôtre a connu cette joie et l’exprime dans plusieurs de ses lettres aux églises et à ses collaborateurs apostoliques. Le roi David avait un jour ordonné le meurtre d’un homme pour couvrir son adultère avec la femme de ce dernier. Or il a lui-même aussi connu cette joie et l’a exprimé, notamment lorsqu’il dit : «Heureux celui dont la transgression  est enlevée et dont le péché est pardonné! Heureux l’homme à qui l’Eternel ne tient pas compte de sa faute et dont l’esprit ne connaît pas la ruse!» (Psaume 32.1-2, Segond 21).

5. Le sacrifice de Christ pour notre pardon

Comprenons-nous vraiment bien de quoi nous avons été pardonnés ? Je ne crois pas ! La culture séculière, comme la culture religieuse dans laquelle nous baignons tous en Occident nous invite à penser que d’autres que nous commettent des fautes graves, mais que les nôtres sont anodines. Nous avons beau savoir que Christ est mort pour nous, nous ne réalisons pas vraiment notre propre besoin par rapport à ce sacrifice de Dieu fait homme. Les Écritures disent pourtant ceci à propos de chacun de nous :

Nous étions tous comme des brebis égarées : chacun suivait sa propre voie, et l’Eternel a fait retomber sur lui nos fautes à tous. (Esaïe 53.6, Seg21).

Nous avons tous eu et avons encore besoin du pardon de Dieu.

Homme de douleur et habitué à la souffrance,
… ce sont nos souffrances qu’il a portées, c’est de
nos douleurs qu’il s’est chargé… Ésaïe 53

(Photographie d’une peinture de Cécile Beaulieu, utilisée avec permission)

Jésus n’a certes pas traité tous les hommes de la même façon. En effet, il était très sévère et même très dur dans ses propos envers les dirigeants religieux qui égaraient le peuple par leur hypocrisie, alors qu’il était très accueillant envers ceux qui venaient vers lui avec l’attitude de quelqu’un qui sait avoir besoin d’être pardonné par Dieu.

Qu’en est-il donc alors des criminels qui ont commis des atrocités si grandes que leurs noms sont devenus des symboles du mal ? Dieu connaît les cœurs de chacun, pas nous ! Il n’est pas question ici de mettre les victimes d’actes graves sur un pied d’égalité avec des personnes qui ont commis ces monstruosités. Par contre, il est salutaire pour chacun de laisser à Dieu la condamnation des pécheurs selon une sagesse dont Lui seul dispose.

C’est pourquoi il est écrit :

Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. (Romains 12.21, Segond 21).

Conclusion

Une offense a nécessairement des conséquences. Un prix. Si je rencontre mon offenseur et lui affirme que je ne peux lui pardonner son offense, il paie le prix de son offense. Et, je la paie aussi, parce que je demeure dans l’offense. Si, par contre, je lui pardonne, je prends sur moi le prix de l’offense; j’en accepte les conséquences et je libère mon offenseur. Ce faisant, je me libère aussi. Il n’a plus de pouvoir sur moi. Je peux aller de l’avant, passer à autre chose. L’amertume et ou le désir de vengeance ne me ramèneront plus en arrière.

Les conséquences demeurent là, certes, mais je pourrai les utiliser comme levier pour grandir. De plus, et c’est là un point majeur pour le croyant, Dieu est un Dieu de rédemption. Nos épreuves, il les utilise pour notre bien. L’histoire du patriarche Joseph dans Genèse 37 à 50 est on ne peut plus inspirante à cet égard. Il accepta les conséquences des actes posées contre lui par ses propres frères, fils du même père. Il devint même un canal de rédemption pour ses offenseurs.

Lorsque Jésus sur la croix a dit: «Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font», il acceptait les conséquences du péché des hommes — sa mort. La mort la plus terrible qui soit. Comme dans le cas de la personne qui pardonne, la réconciliation n’était pas assurée. Il allait falloir que les personnes acceptent ce pardon, pour qu’elles puissent être réconciliées avec Dieu.

Notre Père du ciel veut que ceux qui se réclament de Son nom adoptent les mêmes attitudes qu’il a envers les coupables et qu’Il a démontrées en Son Fils Jésus-Christ: que nous pardonnions les offenses qui nous sont faites comme Il nous pardonne les nôtres. Bien que cela puisse paraître impossible dans une perspective strictement humaine, cela est rendu possible parce que l’Esprit de Dieu habite en nous et nous en donne la force. Ce sont là des marques distinctives du chrétien dans ses attitudes et dans ses ressources.

Auteur: Daniel Garneau;
Conseillère: Nellie Garneau;
publié le 7 mai 2018;
amplifié le 8 mai 2018;
illustré le 20 juin 2018.

Mots clés de recherche : actes graves, pardon d’actes graves, pardon.

Avons-nous un cœur de leader?

Demandons-nous à Dieu qu’il nous aide à développer un cœur de leader? Oublions-nous parfois que s’il existe de mauvais leaders, il en existe aussi de très bons? Cet article est le résultat d’une méditation sur les attitudes de leadership démontrées par l’apôtre Paul en observant ce qu’il dit dans sa deuxième épître aux Corinthiens.  Il est important de comprendre que la notion de leadership telle que présentée dans le présent article touche chaque personne, car il y a toujours des sphères de nos vies où nous sommes des leaders.

L’Eternel aime ceux qui le craignent, ceux qui espèrent en sa bonté (Psaume 147.11, NEG)

Ne sommes-nous pas prompts à critiquer les leaders spirituels qui nous entourent? Parfois nous avons raison, parfois pas. Il y a aujourd’hui des leaders chrétiens qui enseignent ce que les gens désirent entendre plutôt que la vérité de la part de Dieu. Jésus nous avait prévenus — comme aussi les prophètes avant lui et les apôtre après lui — dont les propos sont inscrits pour nous dans la Parole de Dieu, référence de tout chrétien.

Toutefois, il est impératif de se souvenir que s’il y a de faux prophètes, il y en a des vrais. S’il y a ceux qui enseignent sans sincérité, il y a ceux qui enseignent en toute sincérité. S’il y a ceux qui conduisent ceux qui les écoutent vers la mort, par séduction et mensonge, il y a aussi ceux qui transmettent la vie à leurs auditeurs par la vérité provenant du Seigneur. S’il y a des personnes chrétiennes qui s’opposent à Christ tout en se réclamant de Lui, il y a aussi celles qui enseignent le message de Christ dans la vérité et avec son approbation.

Avant d’amorcer notre réflexion sur le cœur de leader que nous dévoilent les Écritures  à propos de l’apôtre Paul, posons-nous des questions à notre propre sujet. Quelles sont nos attitudes intérieures vis-à-vis des gens sous notre leadership? Comment agissons-nous dans les domaines qui relèvent de nos responsabilités envers les autres? Plaçons-nous leur intérêt avant le nôtre? Prions-nous pour eux? Nos relations sont-elles caractérisées par la vérité, la sincérité et la fidélité envers ce que Dieu nous demande?

Le cœur de leader de l’apôtre Paul (selon 2 Corinthiens)

Nous sommes maintenant prêts à extraire de la deuxième épître de Paul aux Corinthiens quelques-unes des caractéristiques de son leadership, des attitudes manifestées par Paul. Je vous encourage à écouter et à lire la deuxième épître aux Corinthiens, avant même de poursuivre la lecture du présent article, sur le site et avec les outils de Bible.Is.

Après avoir lu cette lettre à quelques reprises dans diverses traductions, j’ai été touché, premièrement, par la sincérité de l’apôtre. Ce qui me sauta ensuite aux yeux fut sa confiance en Dieu. Il avait appris à s’appuyer sur les forces de Dieu et non sur les siennes. J’ai été heureux de constater que Paul parlait de manière franche et véridique.

Non moins impressionnant concernant le leadership de l’apôtre Paul est qu’il renonçait à considérer le maintien de sa réputation personnelle comme plus importante que de bien accomplir sa fonction d’ambassadeur pour Christ. Cela incluait l’audace de dire aux autres ce qu’ils n’aimaient pas entendre quoi qu’ils en avaient besoin pour croître dans leur foi.

Il a aussi démontré un zèle remarquable pour transmettre le message de Dieu aux personnes à qui Dieu voulait qu’il soit transmis de sa part. Je fus par ailleurs intrigué et édifié de noter la sensibilité de Paul pour laisser de côté une porte ouverte de la part du Seigneur pour annoncer l’Évangile, alors qu’il s’inquiétait de l’un de ses collaborateurs (2 Corintihiens 2.12-13).

L’on constate chez lui la reconnaissance que sa sanctification lui vient de Dieu et non de ses propres efforts ou du zèle dont il ne cesse de faire preuve. Il s’appuyait sur les manières de faire conformes à la volonté de Dieu et à la foi en Lui, plutôt que de se confier dans les manières du monde lorsqu’il luttait contre les obstacles (2 Cor. 5).

De fait, Paul sait qu’il combat contre des raisonnements qui s’opposent à la connaissance de Christ et de Dieu, aussi, parle-t-il en vue de détruire ces obstacles. Mais, il le fait avec les forces et les méthodes de Dieu, priant et se confiant en l’Esprit de Dieu pour faire le travail nécessaires dans les coeurs, pour donner aux gens la vie, pour les conduire vers la paix qu’il y a en Jésus-Christ, pour créer la lumière là où règnent les ténèbres.

Quelles autres attitudes et caractéristiques de leadership trouve-t-on chez Paul en lisant sa deuxième épître aux Corinthiens? Plusieurs fois, dans cette lettre comme dans ses autres lettres, l’apôtre Paul démontre un amour profond et sincère envers les personnes que Dieu a placées sous son leadership. Jamais il ne perd de vue sa fonction prioritaire auprès des gens que Dieu lui a confiées : qu’elles connaissent Christ et croissent en Lui.

Le cœur de leader que l’exemple de Paul nous invite à développer

Quels effets peut avoir l’exemple de Paul sur nous au vingt-et-unième siècle? Nous avons tous une fonction de leadership dans certaines circonstances et dans certains cercles. Comment l’exemple de l’apôtre Paul nous inspire-t-il ou nous encourage-t-il à améliorer certains des aspects du leadership mentionnés dans cet article? N’y aurait-il pas une dimension en particulier pour lequel l’Esprit de Dieu nous invite à Lui faire confiance? Lui faire confiance pour croître dans un domaine précis de notre leadership? Croître dans notre foi? Croître dans notre obéissance? Croître en notre amour et en notre sensibilité envers les bien-aimés de Dieu avec qui Il nous a placé dans une relation de leadership?

Peut-être devons-nous croître dans notre acceptation et réception de l’amour de Dieu envers nous-même! Croître dans notre amour envers Dieu, notre Père, envers Christ, Son Fils, envers l’Esprit Saint, lequel vit en nous par la foi en Christ, don du Père. Cet Esprit, celui de Jésus, nous donne le salut éternel et, maintenant même, la paix du cœur.

L’article Avons-nous un cœur de leader? peut être consulté dans son intégralité, dans sa langue originelle de publication, l’espagnol, sous le titre ¿Tenemos un corazón de líder?

Vous pourriez tirer profit de l’article Écouter la Bible, pourquoi pas? Celui-ci fournit quelques indications sur les particularités de quelques versions audio de la Bible.

Pour me contacter, veuillez suivre les indication sous Questions ou commentaires.

Auteur : Daniel Garneau, B Th, B Com, MA;
Article publiée en espagnol : le 23 février 2018;
Article traduit en français : le 5 mars 2018;
Traduction éditée : les 6, 8 et 9 mars 2018.

La difficulté d’admettre l’action de Dieu en ma faveur

En relisant un texte où je cherchais à réfléchir sur mon rapport à la foi, je suis frappé d’un passage où je dis éprouver une difficulté à reconnaître que les réponses que j’obtiens de Dieu dans la prière viennent véritablement de Dieu, de sorte que le doute s’intègre à la foi dans cette situation. J’ai d’ailleurs exprimé cette même difficulté à plusieurs reprises à mes proches, aux membres de ma communauté de foi, précisant presque chaque fois que je fais un choix conscient d’interpréter que dans telle ou telle situation Dieu a agi.

L’Eternel est ma forteresse, mon rocher, mon libérateur. Il est mon rempart et mon bouclier (Ps 18.3)

Lorsque je partageais cette caractéristique de ma vie intime de prière, je mettais aussi l’accent sur la conscience que ma prière ou que ma compréhension des événements subséquents avaient pu être mal orientés et que je ne voulais pas lier Dieu à mes erreurs. Cette attitude m’a aidé à prier et à m’approprier les réponses de prière malgré tout. Elle semble aussi avoir inspiré au moins une autre personne avec qui je partageais cette tension. Celle-ci me disait avoir choisi d’interpréter un événement précis comme la réponse d’une prière qu’elle avait faite à Dieu. Mais au moment d’écrire ces lignes, je me demande s’il ne s’agissait pas chez moi d’une étape dans mon parcours de foi que je m’apprête à dépasser, compte tenu de ce que j’écrirai dans un moment sur Daniel 4.

Il y a environ cinq ans, en écoutant une prédication sur la gloire de Dieu comme mission fondamentale de tout chrétien associée à l’Épître aux Éphésiens, je fus frappé par l’histoire de Nebucadnetsar mentionnée en appui. Je me suis demandé si l’histoire de ce roi racontée en Daniel 4 n’était pas aussi un peu la mienne et si ma difficulté à reconnaître l’intervention de Dieu suite à mes prières n’était pas un peu du même ordre : rendre ou ne pas rendre gloire à Dieu pour ce qu’Il fait. En écoutant l’histoire de Nebucadnetsar, je me disais que celui-ci était sans doute conscient de sa contribution concrète dans les succès dont jouissait son règne. C’est normal, ai-je pensé, car très souvent Dieu choisit d’agir à travers les actions naturelles des hommes. Or justement, lorsque je demande à Dieu de répondre à un besoin, et que Sa réponse s’inscrit en toute apparence dans le cours naturel de la vie, ne suis-je pas devant une situation du même ordre ? une difficulté de rendre gloire à Dieu ? N’était-ce pas aussi une dimension importante de la manière dont je vivais et comprenais mon ministère pastoral, ne comprenant pas toujours très bien que Dieu agissait à travers mes actions quotidiennes ?

Cette réflexion m’a tellement réjoui qu’il m’a semblé important de ne pas la laisser se perdre sans la consigner par écrit dans le présent article. Ma joie ici est celle d’une compréhension renouvelée de la manière dont Dieu agit bien souvent à travers ce que nous humains faisons spontanément par souci de Lui plaire, mais surtout du constat qu’avec la repentance de Nebucadnetsar est venu le pardon de Dieu. Je trouve réconfortant de savoir que lorsque je reviens vers Dieu, il m’accueille moi aussi, même après que j’aie choisi de le bouder ou de l’ignorer pour une longue période.

Cet article est une adapté de Dieu et moi – Essai autobiographique, p. 15-17, accessible sous Formation par l’autobiographie à la section Apprendre du site Savoir et croire .ca.

N’hésitez pas à participer au forum chrétien la Rencontre, une communauté de dialogue à propos de la foi chrétienne, dont la mission prolonge celle de Savoir et croire .ca.

Se savoir aimé de Dieu : la clé pour aimer autrui

Mon ministère pastoral portait fruit. Mon enseignement biblique était apprécié de la part des membres de mon église et des étudiants à qui j’enseignais un cours sur les particularités de ma famille d’églises, un autre sur l’initiation d’autrui à la foi chrétienne.

Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle allaite ?
N’a-t-elle pas compassion du fils qui est sorti de son ventre ?
Même si elle l’oubliait,
moi je ne t’oublierai jamais. (Ésaïe 49.15, Seg 21)

Par contre, les transformations spirituelles tant espérées continuaient de me paraître plutôt inaccessibles. Je ne comprenais pas que Dieu bénisse mes activités ministérielles et réponde à mes besoins matériels, sans apparemment agir dans l’intimité de mon âme comme je souhaitais tant qu’Il le fasse – et ce de façon révolutionnaire. J’aspirais à plus !

Je puisai un grand encouragement d’une prière de l’apôtre Paul pour les Éphésiens, dans laquelle il me sembla trouver la réponse aux aspirations non comblées qui m’habitaient :

« À cause de cela, je fléchis les genoux devant le Père, de qui toute famille dans les cieux et sur la terre tire son nom, afin qu’il vous donne, selon la richesse de sa gloire d’être puissamment fortifiés par son Esprit dans l’homme intérieur, en sorte que Christ habite dans vos cœurs par la foi; étant enracinés et fondés dans l’amour, que vous puissiez comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, et connaître l’amour de Christ, qui surpasse toute connaissance, en sorte que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu.

« Or, à celui qui peut faire, par la puissance qui agit en nous, infiniment au-delà de tout ce que nous demandons ou pensons, à lui soit la gloire dans l’Église et en Jésus-Christ, dans toutes les générations, aux siècles des siècles ! Amen ! » (Éphésiens 3:14-21).

Je m’appropriai cette prière, la faisant mienne, considérant que je pouvais faire confiance à Dieu pour qu’il produise en moi la maturité que Paul demandait pour ceux à qui était destinée cette lettre. J’ai transformé ma compréhension en un message biblique présenté dans deux Églises locales du Québec et deux de l’Ontario entre novembre 1985 et août 1986. Le message s’intitulait Enfin… un homme de Dieu. J’insistais sur deux conditions essentielles pour celui qui tend vers la sainteté, ce que j’appelais « devenir un homme ou une femme de Dieu » : comprendre ce que Dieu peut et veut faire en lui ou en elle (Éphésiens 3:14-19); croire que Dieu le fera effectivement (Éphésiens 3:20-21).

Il me semblait que cette prière de Paul pour les Éphésiens devait être indicative d’une certaine compréhension de la volonté de Dieu non seulement envers les Éphésiens en particulier, mais aussi envers tous ceux qui croient, en tout lieu et en toute époque. Je croyais donc pouvoir appliquer à moi-même et à mes auditeurs les contenus de la prière de Paul comme s’il s’agissait de ce que Dieu peut et veut faire pour chacun d’entre nous.

Je voyais la nécessité de comprendre ce que Dieu peut faire pour nous comme fondé dans une meilleure connaissance de ce que nous pouvons attendre que Dieu nous donne (« Je fléchis les genoux afin qu’il vous donne… ») : sa force (« d’être puissamment fortifiés par son esprit dans l’homme intérieur »); sa communion (« en sorte que Christ habite dans vos cœurs par la foi »), son amour (« étant enracinés et fondés dans l’amour »), sa personnalité (« que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu »).

Quant à croire que Dieu le ferait, deuxième partie structurale de ce sermon, je me fondais sur le connecteur grammatical « or » qui, selon l’exégèse que j’en avais faite de l’original grec, rattachait à la prière que Paul venait de faire pour les Éphésiens (Éphésiens 3:14-19) un rappel de la nature infinie du pouvoir de Dieu dans la vie des êtres humains (Éphésiens 3:20-21) : « Or, à celui qui peut faire, par la puissance qui agit en nous, infiniment au-delà de tout ce que nous demandons ou pensons, à lui soit la gloire dans l’Église et en Jésus-Christ, dans toutes les générations, aux siècles des siècles ! Amen ! ».

En particulier, je m’attendais de la part de Dieu, à ce qu’il produise en moi l’amour dont il était question en plein cœur de cette prière (Éphésiens 3:17-19) de Paul. Je me sentais défaillant dans la manifestation concrète de mon amour envers autrui et considérais transformatrice une pleine compréhension de la nature de l’amour de Dieu.

Quelques années plus tard, lorsque je partageai mon interprétation de ce texte des Écritures à une dame, celle-ci me fit remarquer que ce dont il était question dans ce passage biblique était avant tout de la compréhension de l’amour que Dieu a envers nous.

Ce n’est que vingt ans plus tard environ, soit en 2008, que j’ai été en mesure d’acquérir une compréhension fondée en expérience de cette interprétation qui m’avait initialement en très grande partie échappé, que l’amour que l’on a pour autrui passe par l’amour que Dieu a pour nous. La compréhension que l’on a de la première ne peut être dissociée de la compréhension que l’on a de la seconde. Le sentiment, voire la certitude, d’être aimé par Dieu constitue une source, pour ne pas dire une ressource, sans laquelle l’on ne peut aimer ceux qui nous entourent à la manière dont Dieu nous y invite. En somme, l‘amour de Christ qui « surpasse toute connaissance » (Éph. 3:19) à propos duquel Paul prie pour que nous en comprenions « la longueur, la profondeur et la hauteur » (Éph. 3:18) est celui manifesté par Dieu envers moi avant d’être celui que je manifeste envers autrui.

Il y a environ 30 ans, j’en étais venu à accorder plus de poids à ma difficulté de manifester l’amour de Dieu envers autrui que dans le fait que Dieu m’aime. Je crois aujourd’hui que cette dimension de ma spiritualité chrétienne a contribué à me donner l’impression de piétiner spirituellement, puis m’a éventuellement conduit à perde espoir pour un temps.

Cette manière de comprendre mon rapport à Dieu et aux autres fut brisée il y a environ dix ans, époque à partir de laquelle je ne voyais plus mes fautes comme sources de culpabilité, mais plutôt comme l’occasion de remercier Dieu immédiatement parce que Sa grâce envers moi était plus grande et plus importante que n’importe lequel de mes écarts entre ce que je savais être bien et ce que je faisais effectivement. Cette dimension du message du salut, en Jésus Christ, par la foi seule, peut aussi être compris comme une invitation au courage d’accepter d’être accepté malgré que l’on se sache inacceptable.

Depuis le 30 mai 2017, cet article est également publié sur le Journal Chrétien. Il s’agit d’une adaptation de Dieu et moi – Essai autobiographique, p. 12-15, accessible sous Formation par l’autobiographie à la section Apprendre du site Savoir et croire .ca.

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La rencontre du passé, du présent et du futur

Mon parcours de foi chrétienne, lorsque j’y repense aujourd’hui, peut être considéré sous l’angle d’une d’une fusion des horizons, d’une rencontre du passé, du présent et du futur.

Qu’est-ce que l’homme pour que tu prennes soin de lui (Psaume 8.5) ?

Le passé

Trois événements marquants viennent ponctuer le passé. Premièrement, À compter de 1970, des témoins de Jésus m’ont appris que Dieu m’offrait le salut éternel en son Fils, m’invitant à vérifier leurs dire à même les textes de la Parole de Dieu. Ensuite, en 1977, après une longue résistance de ma part, j’ai enfin choisi de me détourner d’un style de vie qui ne s’accordait pas avec celui auquel Dieu m’invitait et à m’engager à vivre comme Dieu le demandait, au meilleur de mes capacités. Mais il m’a fallu 30 années de plus pour enfin parvenir, depuis 2008, à vivre ma vie chrétienne en sachant intimement que je suis pardonné et aimé par mon Sauveur au quotidien.

Le présent

Que dire du présent ? Il est construit sur le passé, sans lequel ma vie serait tout autre. Je suis donc reconnaissant au Seigneur, même pour les périodes qui m’ont parues les plus sombres de mon existence, qu’il s’agisse de celles d’avant ou d’après ma conversion.

Toujours, Dieu était là. Il veillait sur moi. Il me guidait. Il respectait mes refus. Car Dieu ne s’impose pas à nous. Au contraire, Il nous invite, puis Il attend que nous soyons prêts. Dans le passé, Dieu m’a attendu. Dans le présent, il ne me bouscule pas, mais attend que je sois prêt à entrer toujours de plus en plus pleinement dans l’amour qu’Il a pour moi. Car tout part de là : la compréhension que nous avons de l’amour de Dieu pour nous.

Le futur

Au moment où j’écris le présent article pour célébrer Dieu publiquement par un témoignage concernant une ou deux dimensions de mon parcours chrétiens, c’est en fait dans le futur que je me projette. Qu’est-ce que je veux accomplir par cet article ? Mes intentions lorsque je travaille à préparer n’importe quel texte constituent une forme de regard vers le futur, car je travaille aujourd’hui sur ce qui prendra vie demain.

La rencontre du passé, du présent et du futur

Partager mon parcours de foi est pour moi une occasion de célébrer Dieu publiquement. La préparation requise pour cette célébration me conduit à réfléchir à la trace du passé dans mon présent et à me projeter avec espoir vers un futur encore incertain.

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Daniel Garneau,
B Th, B Com, MA,
le 7 février 2018

Fan ou disciple de Christ ?

Fan ou disciple de Christ ? Il y a une grande différence entre un «fan» qui clique «j’aime» sur un article d’un média social avec lequel il se sent en affinité et l’engagement qui caractérise le disciple de Christ. La question « suis-je fan ou disciple de Christ?» gagne à être posée à la première personne par tout lecteur du présent article.

Celui qui offre en sacrifice sa reconnaissance m’honore (Psaume 50.23, Segond 21)

Il faut en effet éviter à tout prix de confondre l’engouement momentané d’une interaction sur réseau social avec l’engagement personnel qui caractérise le disciple de Christ. Prenons au sérieux la mise en garde des Écritures et ne soyons pas parmi ceux de qui un prophète de Dieu pourrait dire comme l’a fait Ézéchiel : «Tu es pour eux comme un chanteur enthousiasmant, doté d’une belle voix et jouant bien de son instrument : ils écoutent tes paroles et ils ne les mettent pas en pratique» (Ézéchiel 33.32, Segond 21).

Mais la voie de l’engagement chrétien authentique et sincère comporte aussi son lot de malentendus. La confiance en Christ constitue la clé de voûte de la vie vécue pour Dieu. Cette confiance s’exprime par une conviction qu’il veille sur nous malgré les circonstances parfois difficiles de nos vies et par la reconnaissance de ses bienfaits envers nous. Elle s’exprime encore par une manière de vivre empreinte du désir de lui plaire. Et comment savoir ce qui plaît ou non au Seigneur ? En apprenant à le connaître par ce qu’Il a révélé le concernant dans Sa Parole et en mettant tout en oeuvre pour y modeler nos vies.

L’article original en anglais – Follower or Fan of Christ? – fournit le contexte dans lequel ce thème a été pensé ainsi qu’une réflexion plus élaborée sur ce même thème.

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Daniel Garneau,
B Th, B Com, MA,
Le 20 juin 2018