Le pardon de Joseph, David et Étienne

Dans un article précédent, je réfléchissais au pardon en réponse aux questions posées par un ami sur le chrétien et le pardon d’actes graves. Dans la présente article, je passerai en revue l’attitude face à leurs bourreaux de victimes dont le récit est parvenu jusqu’à nous à travers les textes de l’Ancien ou du Nouveau Testament.

Comme dans le premier article, j’adopterai la posture combinée de mon expérience personnelle et de mes convictions chrétiennes telles qu’intégrées dans ma vie. Mes commentaires dans chacune des rubriques ci-dessous ne seront donc pas ceux d’un érudit des passages bibliques mentionnés, mais de la façon dont ceux-ci font partie de moi et m’aident à combattre ma tendance naturelle par les voies de l’Esprit.

Quand je pense aux victimes de crimes odieux et abusifs capables d’illustrer les attitudes de pardon préconisées par Jésus pour ceux qui cherchent à vivre selon ses voies, trois cas de figure me viennent à l’esprit : Joseph, David et Étienne.

Le pardon du patriarche Joseph envers ses frères

L’histoire de Joseph est relatée en  Genèse 37 à 50. Il ne serait pas superflu de lire ce récit en entier avant de poursuivre la lecture du présent article. Il s’agit de l’histoire d’un jeune homme envers qui son père exprime plus d’affection qu’envers tous ses frères. Ceux-ci étant jaloux décident de le tuer, mais le frère aîné plaide en sa faveur. Ils finissent par se mettre d’accord pour le vendre à des marchands d’esclaves en route vers l’Égypte, puis ils s’entendent pour dire à leur père que Joseph a été tué par un animal sauvage.

La mise à l’épreuve de votre foi produit la persévérance (Jacques 1.3-4)

Les années passent et Joseph se retrouve en prison suite à une fausse accusation de la part de la femme de l’officier égyptien dont il était l’esclave et le fidèle serviteur. Celle-ci désirait coucher avec Joseph, mais ce dernier ne voulait pas. Pour lui, il s’agissait-là d’un enjeu de fidélité envers Dieu et envers son maître, lequel lui faisait confiance. Humiliée par ces refus répétés de la part de Joseph, la femme de l’officier égyptien, l’accusa, lors de l’un de ces refus, d’avoir voulu la violer. Joseph se retrouva en prison, jusqu’au moment où le pharaon voulut connaître l’interprétation d’ un rêve troublant et intriguant.

L’on convoqua Joseph, car il avait déjà interprété avec justesse les rêves d’officiers du roi. L’interprétation donnée par Joseph convainquit le pharaon de lui confier la responsabilité d’administrer les réserves de nourriture en prévision d’une famine annoncée par le rêve. Quand la famine en question arriva, les frères de Joseph se rendirent en Égypte pour chercher de la nourriture afin de survivre et se retrouvèrent en présence de Joseph. Ce dernier — comme on le voit dans l’extrait biblique suivant — fait preuve d’une attitude généreuse, démontrant qu’il leur a pardonné leur crime :

Joseph dit à ses frères : «Je suis Joseph ! Mon père est-il encore en vie ?» Mais ses frères furent incapables de lui répondre, tant ils étaient troublés de se retrouver devant lui. Joseph dit à ses frères : «Approchez-vous de moi» et ils s’approchèrent. Il dit : «Je suis Joseph, votre frère, celui que vous avez vendu à destination de l’Egypte. Maintenant, ne vous tourmentez pas et ne soyez pas fâchés contre vous-mêmes de m’avoir vendu pour que je sois conduit ici, car c’est pour vous sauver la vie que Dieu m’a envoyé ici avant vous. Voilà 2 ans que la famine dure dans le pays, et pendant 5 ans encore il n’y aura ni labourage ni moisson. Dieu m’a envoyé ici avant vous pour vous permettre de subsister dans le pays et pour vous faire vivre en vous accordant une grande délivrance. Ce n’est donc pas vous qui m’avez envoyé ici, c’est Dieu. Il m’a établi père du pharaon, seigneur de toute sa maison et gouverneur de toute l’Egypte. Dépêchez-vous de remonter vers mon père pour lui annoncer : ‘Voici ce qu’a dit ton fils Joseph : Dieu m’a établi seigneur de toute l’Egypte. Descends vers moi sans tarder […]’ […]» (Genèse 45.3-9, Segond 21) !

Puis, encore, quelques années plus tard, lorsque leur père Jacob est décédé :

Quand les frères de Joseph virent que leur père était mort, ils se dirent : «Si Joseph nous prenait en haine et nous rendait tout le mal que nous lui avons fait!» Et ils firent dire à Joseph : «Ton père a donné l’ordre suivant, avant de mourir : ‘Voici ce que vous direz à Joseph : Oh! Pardonne le crime de tes frères et leur péché, car ils t’ont fait du mal!’ Pardonne maintenant le crime des serviteurs du Dieu de ton père!» Joseph pleura à l’écoute de leur message. Ses frères vinrent eux-mêmes se jeter à ses pieds et dire : «Nous sommes tes serviteurs.» Joseph leur dit : «N’ayez pas peur! Suis-je en effet à la place de Dieu? Vous aviez projeté de me faire du mal, Dieu l’a changé en bien pour accomplir ce qui arrive aujourd’hui, pour sauver la vie à un peuple nombreux. Désormais, n’ayez donc plus peur : je pourvoirai à vos besoins et à ceux de vos enfants.» C’est ainsi qu’il les réconforta en parlant à leur cœur. Joseph habita en Egypte, ainsi que la famille de son père. Il vécut 110 ans (Genèse 50.15-22) , Segond 21).

À la lecture de ce récit, en Genèse 37 à 50, on ne trouve aucune trace nulle part d’amertume de la part de Joseph envers ses frères, même si ceux-ci lui ont causé un tort irréparable. L’on voit chez Joseph l’attitude d’une personne qui sait que Dieu prend soin de lui et qui est déterminé à marcher dans l’obéissance à son Dieu et la confiance envers Lui, quelles que soient les circonstances qu’il traverse, même lorsqu’il ne comprend pas.

Le pardon de David envers le roi Saul

L’histoire du roi David est racontée en 1 Samuel 16 à 31 et en 2 Samuel, puis elle est réitérée aux exilés de Juda en 1 Chroniques 10 à 29. La vie de David a ceci de particulier, c’est qu’elle est enrichie de ses pensées personnelles intimes à travers les nombreuses prières que celui-ci a adressée à Dieu dans plusieurs des Psaumes. Nous avons donc accès au récit des principaux événements de sa vie et à ce qu’il vivait intérieurement.

Comme dans le cas de Joseph, l’on est, avec David, devant une personne qui reconnaît l’intervention de Dieu dans sa vie, sauf que nous disposons ici de beaucoup plus de matériel pour nous permettre de bien voir ses motivations au fil du récit. Ce qui me frappe particulièrement dans tous les textes bibliques que l’on peut lire sur David est le fait qu’il était déterminé à ne rien faire qui soit en opposition à la nature de Dieu.

Par exemple, il refusait de prendre la vie de son adversaire, le roi Saul, même lorsque ce dernier le pourchassait sans raison valable en cherchant à le tuer. Et lorsqu’il a appris la mort du roi Saul, il n’a pas considéré qu’il y avait matière à se réjouir. Au contraire, il a honoré la mémoire de ce roi qui était mort au combat contre les ennemis d’Israël. Ce qui se dégage pour moi de 1 et 2 Samuel ainsi que des Psaumes à propos de David est que la source de sa force pour agir ainsi était son amour pour Dieu et sa confiance en Lui.

Le pardon d’Étienne et des chrétiens envers leurs persécuteurs

Étienne était l’un des sept hommes choisis pour faire la distribution de la nourriture, lorsqu’un besoin surgit parmi les veuves de l’église naissante à Jérusalem. Les hommes choisis devaient obligatoirement être parmi ceux dont l’on rendait un bon témoignage et être rempli d’Esprit saint et de sagesse (Actes 6.1-4). Étienne est le seul des sept hommes choisis à propos de qui l’on répète et amplifie ensuite ces qualités chez lui. En effet, le texte précise d’Étienne qu’il était «un homme plein de foi et d’Esprit saint» (Actes 6.5), «plein de foi et de puissance» (Actes 6.8a), voire même qu’il «accomplissait des prodiges et de grands signes miraculeux parmi le peuple» (Ac 6.8b).

Alors que des membres d’une synagogue discutaient avec lui (Actes 6.9), ils virent qu’«ils ne pouvaient pas résister à la sagesse et à l’Esprit qui inspiraient ses paroles» (Actes 6.10). Ces hommes suscitèrent de faux témoins qui l’accusèrent devant le sanhédrin, c’est-à-dire le tribunal religieux juif de l’époque (Actes 6.11-14). Les autorités religieuses responsables de l’acquitter ou de le condamner «virent que son visage était comme celui d’un ange» (Actes 6.15). Étienne donne alors son témoignage (Actes 7.1-53), ce qui met ses juges dans un tel état de colère qu’ils l’exécutent sur place (Actes 7.54-59).

Saul, ancien nom de Paul, le futur apôtre, avant qu’il fasse la rencontre du Seigneur alors qu’il se rendrait à Damas pour tuer tous les chrétiens qu’il pourrait rencontrer, ce Saul là était présent lors de l’exécution d’Étienne et approuvait ce meurtre (Ac 7.58 à 8.1). Quant à Étienne, que fait-il pendant ce temps? alors même qu’on le tue à coups de pierre, car c’est là ce que signifie «lapider» ? Il prie ! Il demande au Seigneur d’accueillir son esprit et de ne pas charger ses bourreaux de ce péché (Actes 7.59-60).

Ce qui me frappe dans le récit d’Étienne et dans ses suites, tel que transmis dans le livre des Actes, est que l’on ne lit aucune parole d’amertume à propos de cette exécution aussi injuste que sommaire : ni Étienne lui-même, ni aucun des disciples de Jésus, nulle part dans les Actes des apôtre.  Quant à Paul, qui revient sur la scène dans le récit de sa conversion (Actes 9), puis de ses voyages missionnaires (Actes 13 à 28). Non seulement a-t-il été pardonné pour avoir participé à la persécution des chrétiens, mais il est devenu un instrument dans la main du Seigneur pour accomplir Son œuvre.

Ces récits, de Joseph vendu comme esclave en Égypte, de David pourchassé injustement avec intentions meurtrières par le roi Saul qu’il avait servi avec loyauté, d’Étienne condamné sur la base de faux témoignages et pour avoir parlé avec vérité sous l’inspiration de l’Esprit, font tous trois partie de ma banque interne de modèles à suivre.

Aucun de ces exemples ne m’invitent à nier ce que je ressens lorsque je suis en colère contre l’injustice envers moi-même ou envers d’autres. Par contre tous ces exemples m’incitent à mettre ma confiance en ce Dieu qui sait rendre justice. Je sais pouvoir compter sur le fait que Sa justice sera rendue en donnant à chacun toute les opportunités possibles de reconnaître leur culpabilité devant Lui, de se détourner des filets du mal avec lesquels ils sont aux prises et d’obtenir la paix promise par Christ à ceux qui croient.

Auteur: Daniel Garneau;
publié le 23 mai 2018.

Mots clés de recherche : pardon, Joseph, David, Étienne

Le chrétien et le pardon d’actes graves

Le plaidoyer de culpabilité d’Alexandre Bissonnette en a sans doute hanté plus d’un. Que faire si la victime —  ou pire, l’agresseur — était un de nos proches ? se demandent des personnes de divers horizons. L’on cherche une réponse à la question, «ce geste est-il pardonnable ?» Voici les mots mêmes d’un ami tenaillé par cette bien triste situation :

Ce qui me hante est la nature même du pardon considérant que je suis un chrétien croyant. Jusqu’où ce déséquilibre momentané allant jusqu’à tuer, peut-il être pardonnable ou pas ? Y a-t-il une limite au pardon ? Comme chrétien, qu’est-ce que j’ai de «plus» que d’autres ? Si c’était mon fils qui avait posé ce geste, serais-je capable d’un pardon inconditionnel ? Voilà en résumé ce qui me fait beaucoup réfléchir. Je souhaiterais obtenir tes éléments de réponses pour aller plus loin…

Ces interrogations m’ont paru, non seulement d’une grande pertinence, mais aussi, d’un intérêt certain pour d’autres personnes se posant des questions semblables. Toutes les approches sur lesquelles je me suis aventuré pour tenter de parler du pardon en lien avec le présent questionnement m’ont rapidement paru lacunaires. Le présent article se veut malgré tout un début de réponse.

C’est selon mon expérience de vie et mes convictions chrétiennes, telles qu’intégrées dans ma vie à ce jour, que mon interlocuteur m’invite à lui répondre.  Si donc je fais l’inventaire des démarches de pardon dans ma vie, il y en a quelques-unes qui se détachent des autres, même si aucune n’est reliée aux genres de crimes dont les questions ci-dessus font état. Les plus anciennes me situent dans un rapport beaucoup plus pénible au pardon que maintenant, pour des offenses plus ou moins équivalentes. Je trouve en cela un  encouragement, car je vois que ma foi chrétienne a produit des résultats, notamment en ce qui concerne le traitement de l’offense. Malgré tout, le pardon reste toujours difficile à accorder; il continue de demander un travail pour y parvenir. Il implique un combat à livrer, avec moi-même, appuyé sur les ressources de Christ en moi.

Si je pense aux modèles de pardon auxquelles adhèrent des personnes de divers contextes avec qui j’ai été en interaction au fil des années, il me semble important de préciser ce qui ne fait pas partie de la nature du pardon. Le pardon n’est pas l’exonération des conséquences d’un acte mauvais que l’on a soi-même commis ou que d’autres ont commis à notre encontre ou contre d’autres. Le pardon n’est pas l’oubli de la faute, comme si elle était balayée de nos souvenirs. Le pardon n’implique pas que l’on ne parlera plus de la situation répréhensible en cause, comme s’il s’agissait d’une «affaire classée».

Le pardon n’est pas davantage synonyme de réconciliation, car la réconciliation requiert la participation active de toutes les personnes concernées par l’offense, alors que le pardon appartient à l’offensé et à lui seul. J’ajouterai également que le pardon n’est pas la restauration de la confiance de l’offensé envers l’offenseur, car celle-ci aura besoin d’être rétablie. Enfin, il importe de ne pas confondre le pardon et les émotions confuses ou déplaisantes que l’on peut encore ressentir, même après avoir réellement pardonné.

Des auteurs que je respecte ont dédié un chapitre ou plus sur le pardon dans au moins un de leurs ouvrages. Il s’agit de : Simone Pacot, dans L’évangélisation des profondeurs;  Leanne Payne, dans L’âme, cette oubliée, traduction de Restoring the Christian Soul;  John Piper, dans Combattre l’incrédulité, traduction de Battling Unbelief; Philip Yancey, dans Touché par la grâce, traduction de What’s So Amazing About Grace; Neil Anderson, dans Une nouvelle identité pour une nouvelle vie , traduction de Victory over the Darkness. Je vais maintenant m’inspirer librement de leurs réflexions pour explorer certains aspects de la nature du pardon dans la perspective chrétienne qui est la mienne.

Je traiterai du pardon selon des angles qui me paraissent fort importants pour amorcer une réflexion sur ce thème : (1) le pardon, à qui bénéficie-t-il? (2) le pardon comme choix; (3) le pardon comme refus de se venger; (4) le pardon par Dieu des pires offenseurs; (5) le sacrifice de Christ pour notre pardon et celui des autres.

1. Le pardon, à qui bénéficie-t-il?

Aussi étonnant que cela puisse paraître au premier abord, le pardon bénéficie à celui qui pardonne. C’est Neil Anderson qui est le plus clair sur ce point avec lequel tous me semblent d’accord : le pardon bénéficie à celui qui l’accorde beaucoup plus qu’à celui qui le reçoit. La victime qui pardonne une offense se libère elle-même. Cela correspond très précisément aussi à mon expérience personnelle de pardon. L’offenseur pourrait à la limite ne pas savoir qu’on lui a pardonné. Il pourrait même être décédé.

L’on conviendra aisément que plus le tort causé est grand, plus le pardon est difficile à accorder. Mais, ne pourrions-nous pas extrapoler et affirmer également que plus le tort causé est grand, plus la victime bénéficiera du pardon, plus elle se libérera ?  À cet égard, Yancey donne un avertissement qui sonne comme une alarme: «Sans pardon, le passé monstrueux peut à tout moment sortir de l’hibernation pour dévorer le présent. Et aussi le futur» (Touché par la grâce, p. 120), le futur de la victime, et souvent même celui de ses proches.

Par ailleurs, dans certains cas, l’offenseur aussi tire bénéfice du pardon accordé par la victime, à condition qu’il accueille ce pardon, ce qui peut ne pas être le cas. Leanne Payne fournit des exemples d’agresseurs repentants qui ont bénéficié du pardon de leur victime. Simone Pacot, quant à elle, souligne très pertinemment ceci: «Lorsque nous pardonnons, la relation n’est pas forcément restaurée dans sa forme extérieure. Mais tout est en place pour qu’elle le soit» (L’évangélisation des profondeurs, p. 228). Évidemment, cette toute dernière remarque ne s’applique pas au cas présent, car Alexandre Bissonnette est un étranger par rapport à ses victimes, comme c’est aussi souvent le cas.

2. Le pardon comme choix

Selon Leanne Payne, le pardon est un acte transactionnel accompli par la victime au terme d’une démarche plus ou moins pénible et plus ou moins longue qui l’aura amenée à être prête à pardonner.

Cet acte transactionnel peut prendre la forme d’une prière à Dieu et pourrait ressembler à quelque chose comme ceci : «Seigneur, je pardonne à x d’avoir commis y». Cette décision de pardonner devient une balise dans l’espace et dans le temps pour celui qui accorde le pardon. Elle servira de repère lorsque la douleur reviendra, suite à un événement qui l’aura éveillée. Le fait d’avoir pardonné n’élimine pas les inconforts ou les douleurs ou les émotions négatives que vit la personne qui a accordé le pardon. Par contre, explique Simone Pacot, «[elle] ne souffre plus de la même manière, la souffrance ne porte plus la mort, elle peut être vécue avec un cœur pacifié, maintenant la vie est là» (L’évangélisation des profondeurs, p. 227). Cet état constitue déjà une étape importante dans un processus de restauration au bénéfice de la victime qui a choisi de pardonner.

Leanne Payne quant à elle compare cette décision à un vœu de pauvreté. Celui ou celle qui fait un vœu de pauvreté à une certaine date doit le renouveler par la suite chaque jour pour le vivre concrètement. Cela renvoie une fois de plus à ce que le pardon n’est pas. Il n’entraîne pas obligatoirement l’absence de souffrance subséquente au pardon chez la personne offensée. Il n’y a pas de lien automatique entre la décision de pardonner et la libération intérieure. Comme nous venons tout juste de le dire, celle-ci peut faire partie d’un processus dont le choix de pardonner n’est que l’une des étapes. Bien que ce choix s’avère décisif, il demeure une étape d’un plus long processus.

3. Le pardon comme refus de se venger soi-même

La décision de pardonner inclut une dimension qui suppose le refus d’agir soi-même pour que justice soit faite à l’agresseur. L’on renonce alors à faire quoi que ce soit contre l’agresseur pour rétablir le droit. Le pardon comme refus de se venger soi-même n’implique pas du tout de ne pas dire la vérité dans une cour de justice et encore moins de laisser un criminel en liberté sans rien faire. Mais, en pardonnant, la victime se libère de son agresseur, car elle laisse à Dieu le soin de rétablir la justice selon Sa sagesse, Sa puissance et Sa bonté (Rm 12.17-21). Elle se tourne vers le présent et l’avenir devant elle.

Ne rendez à personne le mal pour le mal. Recherchez ce qui est bien devant tous les hommes. Si cela est possible, dans la mesure où cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes. Ne vous vengez pas vous-mêmes, bien-aimés, mais laissez agir la colère de Dieu, car il est écrit : C’est à moi qu’appartient la vengeance, c’est moi qui donnerai à chacun ce qu’il mérite, dit le Seigneur. Mais si ton ennemi a faim, donne-lui à manger, s’il a soif, donne-lui à boire, car en agissant ainsi, tu amasseras des charbons ardents sur sa tête. Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. (Romains 12.17-21 , Segond 21)

Cette dimension chrétienne du pardon requiert de manière incontournable une pleine confiance en Dieu de la part de la victime, spécialement en Sa capacité d’établir la justice. John Piper, mentionné plus haut, développe très bien ce thème. Dans cette perspective, le pardon est une dimension de la foi chrétienne. Il situe cet aspect du pardon dans la confiance dans les promesses que Dieu nous a faites pour le présent et le futur dans nos vies. C’est dans ce territoire que je combats lorsque l’on m’offense. M’en remettre à Dieu avec confiance me permet de Lui laisser le soin d’agir.

4. Le pardon par Dieu pour les pires offenseurs

J’ai longtemps fait partie de ces personnes qui ont beaucoup de facilité à se sentir coupables. D’avoir été obligé de livrer combat sur ce flan spirituel m’a permis de cultiver une certaine empathie envers les «grands coupables». Je crois être capable de me mettre dans la peau de celui qui doute que ses péchés à lui puissent être pardonnés.

John Newton, l’auteur du cantique bien connu Grâce infinie (Amazing Grace), était un marchand d’esclaves. Sa mère lui avait enseigné les voies du Seigneur, qu’il n’avait manifestement pas suivies. Or, un jour, alors qu’il était sur un navire de traite d’esclaves, il se demanda si ses péchés à lui étaient trop graves pour être pardonnés.

Le chant Amazing Grace – traduit en français par Grâce infinie – est issue de cette réflexion. Cet homme s’est détourné de ses voies et il s’est par la suite mis au service du Seigneur, comme le reflète le chant bien connu encore aujourd’hui. Nous sommes ici devant une particularité chrétienne, une différence entre ceux qui appartiennent à Christ et ceux qui ne lui appartiennent pas : nous avons saisi le pardon de Dieu et nous sommes maintenant invités à pardonner à notre tour, à offrir à d’autres la grâce reçue.

D’ailleurs, l’apôtre Paul n’était-il pas lui-même un persécuteur de chrétiens avant sa conversion au Seigneur Jésus, alors qu’il était en chemin pour tuer des croyants ? Le cantique Grâce infinie exprime la joie d’avoir reçu le pardon de Dieu. Paul l’apôtre a connu cette joie et l’exprime dans plusieurs de ses lettres aux églises et à ses collaborateurs apostoliques. Le roi David avait un jour ordonné le meurtre d’un homme pour couvrir son adultère avec la femme de ce dernier. Or il a lui-même aussi connu cette joie et l’a exprimé, notamment lorsqu’il dit : «Heureux celui dont la transgression  est enlevée et dont le péché est pardonné! Heureux l’homme à qui l’Eternel ne tient pas compte de sa faute et dont l’esprit ne connaît pas la ruse!» (Psaume 32.1-2, Segond 21).

5. Le sacrifice de Christ pour notre pardon

Comprenons-nous vraiment bien de quoi nous avons été pardonnés ? Je ne crois pas ! La culture séculière, comme la culture religieuse dans laquelle nous baignons tous en Occident nous invite à penser que d’autres que nous commettent des fautes graves, mais que les nôtres sont anodines. Nous avons beau savoir que Christ est mort pour nous, nous ne réalisons pas vraiment notre propre besoin par rapport à ce sacrifice de Dieu fait homme. Les Écritures disent pourtant ceci à propos de chacun de nous :

Nous étions tous comme des brebis égarées : chacun suivait sa propre voie, et l’Eternel a fait retomber sur lui nos fautes à tous. (Esaïe 53.6, Seg21).

Nous avons tous eu et avons encore besoin du pardon de Dieu.

Homme de douleur et habitué à la souffrance,
… ce sont nos souffrances qu’il a portées, c’est de
nos douleurs qu’il s’est chargé… Ésaïe 53

(Photographie d’une peinture de Cécile Beaulieu, utilisée avec permission)

Jésus n’a certes pas traité tous les hommes de la même façon. En effet, il était très sévère et même très dur dans ses propos envers les dirigeants religieux qui égaraient le peuple par leur hypocrisie, alors qu’il était très accueillant envers ceux qui venaient vers lui avec l’attitude de quelqu’un qui sait avoir besoin d’être pardonné par Dieu.

Qu’en est-il donc alors des criminels qui ont commis des atrocités si grandes que leurs noms sont devenus des symboles du mal ? Dieu connaît les cœurs de chacun, pas nous ! Il n’est pas question ici de mettre les victimes d’actes graves sur un pied d’égalité avec des personnes qui ont commis ces monstruosités. Par contre, il est salutaire pour chacun de laisser à Dieu la condamnation des pécheurs selon une sagesse dont Lui seul dispose.

C’est pourquoi il est écrit :

Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. (Romains 12.21, Segond 21).

Conclusion

Une offense a nécessairement des conséquences. Un prix. Si je rencontre mon offenseur et lui affirme que je ne peux lui pardonner son offense, il paie le prix de son offense. Et, je la paie aussi, parce que je demeure dans l’offense. Si, par contre, je lui pardonne, je prends sur moi le prix de l’offense; j’en accepte les conséquences et je libère mon offenseur. Ce faisant, je me libère aussi. Il n’a plus de pouvoir sur moi. Je peux aller de l’avant, passer à autre chose. L’amertume et ou le désir de vengeance ne me ramèneront plus en arrière.

Les conséquences demeurent là, certes, mais je pourrai les utiliser comme levier pour grandir. De plus, et c’est là un point majeur pour le croyant, Dieu est un Dieu de rédemption. Nos épreuves, il les utilise pour notre bien. L’histoire du patriarche Joseph dans Genèse 37 à 50 est on ne peut plus inspirante à cet égard. Il accepta les conséquences des actes posées contre lui par ses propres frères, fils du même père. Il devint même un canal de rédemption pour ses offenseurs.

Lorsque Jésus sur la croix a dit: «Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font», il acceptait les conséquences du péché des hommes — sa mort. La mort la plus terrible qui soit. Comme dans le cas de la personne qui pardonne, la réconciliation n’était pas assurée. Il allait falloir que les personnes acceptent ce pardon, pour qu’elles puissent être réconciliées avec Dieu.

Notre Père du ciel veut que ceux qui se réclament de Son nom adoptent les mêmes attitudes qu’il a envers les coupables et qu’Il a démontrées en Son Fils Jésus-Christ: que nous pardonnions les offenses qui nous sont faites comme Il nous pardonne les nôtres. Bien que cela puisse paraître impossible dans une perspective strictement humaine, cela est rendu possible parce que l’Esprit de Dieu habite en nous et nous en donne la force. Ce sont là des marques distinctives du chrétien dans ses attitudes et dans ses ressources.

Auteur: Daniel Garneau;
Conseillère: Nellie Garneau;
publié le 7 mai 2018;
amplifié le 8 mai 2018;
illustré le 20 juin 2018.

Mots clés de recherche : actes graves, pardon d’actes graves, pardon.

La difficulté d’admettre l’action de Dieu en ma faveur

En relisant un texte où je cherchais à réfléchir sur mon rapport à la foi, je suis frappé d’un passage où je dis éprouver une difficulté à reconnaître que les réponses que j’obtiens de Dieu dans la prière viennent véritablement de Dieu, de sorte que le doute s’intègre à la foi dans cette situation. J’ai d’ailleurs exprimé cette même difficulté à plusieurs reprises à mes proches, aux membres de ma communauté de foi, précisant presque chaque fois que je fais un choix conscient d’interpréter que dans telle ou telle situation Dieu a agi.

L’Eternel est ma forteresse, mon rocher, mon libérateur. Il est mon rempart et mon bouclier (Ps 18.3)

Lorsque je partageais cette caractéristique de ma vie intime de prière, je mettais aussi l’accent sur la conscience que ma prière ou que ma compréhension des événements subséquents avaient pu être mal orientés et que je ne voulais pas lier Dieu à mes erreurs. Cette attitude m’a aidé à prier et à m’approprier les réponses de prière malgré tout. Elle semble aussi avoir inspiré au moins une autre personne avec qui je partageais cette tension. Celle-ci me disait avoir choisi d’interpréter un événement précis comme la réponse d’une prière qu’elle avait faite à Dieu. Mais au moment d’écrire ces lignes, je me demande s’il ne s’agissait pas chez moi d’une étape dans mon parcours de foi que je m’apprête à dépasser, compte tenu de ce que j’écrirai dans un moment sur Daniel 4.

Il y a environ cinq ans, en écoutant une prédication sur la gloire de Dieu comme mission fondamentale de tout chrétien associée à l’Épître aux Éphésiens, je fus frappé par l’histoire de Nebucadnetsar mentionnée en appui. Je me suis demandé si l’histoire de ce roi racontée en Daniel 4 n’était pas aussi un peu la mienne et si ma difficulté à reconnaître l’intervention de Dieu suite à mes prières n’était pas un peu du même ordre : rendre ou ne pas rendre gloire à Dieu pour ce qu’Il fait. En écoutant l’histoire de Nebucadnetsar, je me disais que celui-ci était sans doute conscient de sa contribution concrète dans les succès dont jouissait son règne. C’est normal, ai-je pensé, car très souvent Dieu choisit d’agir à travers les actions naturelles des hommes. Or justement, lorsque je demande à Dieu de répondre à un besoin, et que Sa réponse s’inscrit en toute apparence dans le cours naturel de la vie, ne suis-je pas devant une situation du même ordre ? une difficulté de rendre gloire à Dieu ? N’était-ce pas aussi une dimension importante de la manière dont je vivais et comprenais mon ministère pastoral, ne comprenant pas toujours très bien que Dieu agissait à travers mes actions quotidiennes ?

Cette réflexion m’a tellement réjoui qu’il m’a semblé important de ne pas la laisser se perdre sans la consigner par écrit dans le présent article. Ma joie ici est celle d’une compréhension renouvelée de la manière dont Dieu agit bien souvent à travers ce que nous humains faisons spontanément par souci de Lui plaire, mais surtout du constat qu’avec la repentance de Nebucadnetsar est venu le pardon de Dieu. Je trouve réconfortant de savoir que lorsque je reviens vers Dieu, il m’accueille moi aussi, même après que j’aie choisi de le bouder ou de l’ignorer pour une longue période.

Cet article est une adapté de Dieu et moi – Essai autobiographique, p. 15-17, accessible sous Formation par l’autobiographie à la section Apprendre du site Savoir et croire .ca.

N’hésitez pas à participer au forum chrétien la Rencontre, une communauté de dialogue à propos de la foi chrétienne, dont la mission prolonge celle de Savoir et croire .ca.

Les couples mariés peuvent-ils être restaurés ?

Les couples mariés peuvent-ils être restaurés ? Ma réponse à cette question est oui bien sûr, avec l’assistance du Seigneur. Mon épouse et moi avons passé un certain nombre d’années dans une situation qui pouvait trop souvent se décrire comme plus douloureuse que joyeuse; malgré cela, nous avons tous deux choisi de demeurer fidèles l’un à l’autre.

Dans ma détresse j’ai fait appel à l’Eternel, et il m’a répondu (Jonas 2.3, Segond 21)

En rétrospective, il nous paraît juste d’affirmer que nous nous efforcions de combler l’un par l’autre des besoins affectifs insatisfaits de nos passés respectifs. Cette difficulté n’est pas rare chez les couples, car les relations intimes ont tendance à réactiver les blessures du passé, blessures demeurées en mal de guérison. D’après Le défi du couple : l’amour réapprivoisé (traduction française de Getting the Love You Want) du thérapeute Hartville Hendrix, c’est dans le cadre d’un réel engagement l’un envers l’autre que ce genre de blessures peut être guéries, comme nous l’avons expérimenté.

Cela était loin d’être évident pour nous. Durant longtemps, nous avons déployé beaucoup d’efforts pour tenter de résoudre les difficultés qui nous faisaient souffrir tous deux, sans toutefois jamais y parvenir. Après un certain temps, nous avons renoncé à chercher de résoudre notre situation. Nous avons alors vécu côte à côte au meilleur de nos capacités, tout en nous concentrant chacun sur nos propres responsabilités devant Dieu. J’ai fini par découvrir chez moi la présence de schémas relationnels remontant à mes premières années de vie et sur lesquels je continuais parfois à m’appuyer dans mes interactions avec autrui. J’ai alors commencé à remplacer certaines de ces stratégies par d’autres plus appropriées. Ce fut là une première et très importante étape vers notre éventuel rétablissement conjugal.

Vers la fin de cette période d’épreuve, il y a de cela une dizaine d’années maintenant, je collaborais sur une base quotidienne avec une toute nouvelle collègue de travail. Celle-ci était une chrétienne engagée dans sa foi, d’un héritage évangélique différent du mien. Cette situation donna lieu à des conversations que Dieu utilisa pour m’aider à réfléchir à ce qui avait jadis formé les fondements de ma propre foi chrétienne.

C’est ainsi que je fus conduit par l’Esprit de Dieu à identifier un secteur de ma vie où j’avais cessé d’être vigilant et m’étais laissé emporté en dehors de la voie d’obéissance. Je fus saisi d’une conviction intérieure aussi soudaine que certaine qu’il s’agissait là d’une ultime invitation de la part de Dieu à renoncer à ma désobéissance pour le choisir, Lui. Ma réponse fut immédiate et sans équivoque : c’est toi que je choisis Seigneur! Dès ce moment, toute culpabilité a disparu. Oui, bien sûr, celle du péché auquel j’avais renoncé, mais plus encore, la culpabilité toxique acquise très tôt dans ma vie, celle qui avait pesé si lourd sur moi et affecté indirectement mes relations. J’en ai été libéré, comme par le Souffle même du Dieu des tempêtes et du calme.

C’est ainsi que par la suite, je suis passé de la position d’une personne qui se sent victime de ses circonstances – comme si j’étais tenu captif dans une prison de nature spirituelle – vers la posture de quelqu’un qui sait qu’il est un fils de Dieu, prince sous l’autorité spirituelle de Christ, cohéritier avec le Roi. Il est devenu clair pour moi que je pouvais faire appel à mon Père et recevoir de sa part les réponses à mes demandes pour résister aux tentations devant moi, quelles qu’elles soient. Je ne suis pas en train de dire que je suis devenu sans péché ni faille. Ce que je dis est ceci : je suis devenu un guerrier contre les forces des ténèbres – comme je l’avais déjà été par le passé. Je me suis souvenu à nouveau de qui j’étais en Christ, et j’ai commencé à développer le réflexe de me tourner immédiatement vers la Source de toute force nécessaire pour combattre contre le péché.

Ces transformations sont devenues la base d’une nouvelle perspective dans ma relation avec mon épouse, celle-ci constatant les changements qui s’étaient produits chez moi. Je me suis également mis à  prier chaque fois qu’elle disait ou faisait quelque chose qui ne me plaisait pas. Je la baignais de mes prières, jusqu’à ce qu’un jour elle me dise qu’elle se sentait aimée et pleinement acceptée dans tout ce qu’elle était. Notre relation a depuis lors pris une tournure entièrement nouvelle.

Concurremment, mon épouse cheminait de son côté vers sa propre libération spirituelle. Ceci lui a permis d’accueillir la personne renouvelée que je devenais. Ces transformations expérimentées par chacun de nous ont contribué à nous rapprocher plus que jamais l’un de l’autre.

Nos enfants devenus adultes ont commencé à nous taquiner, disant des choses comme : «Maman, papa te fait la cour et tu ne t’en rends même pas compte!» ou, nous accusant de souffrir d’un amour aveugle : «Vous êtes d’étranges parents, vous semblez tous deux croire que l’autre n’a  aucun défaut, comme des amoureux qui viennent de se rencontrer». Derrière ces taquineries ressort tout l’encouragement que notre relation transformée leur apporte pour leur propre vie, ce dont ils nous ont fait part de diverses façons depuis.

Aujourd’hui encore, dix ans après ces événements, mon épouse et moi jouissons toujours d’une excellente relation, pour laquelle nous remercions le Seigneur. Alors, lorsque je dis à qui que ce soit que je ressens la joie de Christ et sa paix en moi maintenant, les événements dont je viens de rendre témoignage sont toujours présents en arrière plan dans mes pensées et dans mon cœur.

Des personnes de notre église qui nous connaissaient depuis de nombreuses années commencèrent à dire que la transformation dont ils avaient été témoins dans notre relation conjugale les encourageaient grandement à ne pas désespérer que Dieu puisse travailler de manière semblable dans la leur.

La relecture de 1 Pierre 5:6-11 et d’Éphésiens 6:10-18 m’aide à ne pas perdre de vue nos ennemis spirituels, ni que ceux-ci ont tenté de détruire notre couple et, à travers nous, notre famille. Mais ils ont échoué! Dieu a vaincu!  J’en remercie mon Père du ciel!

En concluant cet article, j’élève mon cœur dans la prière pour tous ceux qui luttent dans leur relation conjugale et qui pourraient être tentés d’adopter une attitude de désespoir. Je prie le Seigneur du ciel et de la terre, le Maître de l’univers, qu’il utilise ce témoignage pour apporter quelque mesure d’espoir à ces couples aux prises avec une telle souffrance.

Êtes-vous du nombre de ceux qui souffrent ainsi ? Je prie que le Saint Esprit puisse vous conduire vers les personnes adéquates ou vers des passages précis de Sa Parole qui donneraient à  votre situation un nouvel éclairage. Je prie Dieu qu’Il vous rende capable de Lui faire confiance pour restaurer votre propre cœur, afin que vous appreniez à redresser ce qui a besoin de l’être, autant dans votre relation à votre épouse ou à votre époux que dans votre relation avec le Seigneur Jésus-Christ. Je demande à Dieu qu’il crée en vous le désir de faire tout ce qui doit l’être à cet égard.

Cet article est aussi disponible dans l’original anglais, Can Married Couples be Restored? et en traduction espagnole, ¿Las parejas casadas se pueden restablecer?  Publication parallèle de Les couples mariés peuvent-ils être restaurés? dans Journal Chrétien.

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Auteur : Daniel Garneau, B Th, B Com, MA;
Traduction française par Daniel Garneau : les 29 et 30 août 2017;
Révision du texte par Nellie Garneau : le 30 août 2017;
Dernière mise à jour Daniel Garneau : le 27 février 2018.

Se savoir aimé de Dieu : la clé pour aimer autrui

Mon ministère pastoral portait fruit. Mon enseignement biblique était apprécié de la part des membres de mon église et des étudiants à qui j’enseignais un cours sur les particularités de ma famille d’églises, un autre sur l’initiation d’autrui à la foi chrétienne.

Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle allaite ?
N’a-t-elle pas compassion du fils qui est sorti de son ventre ?
Même si elle l’oubliait,
moi je ne t’oublierai jamais. (Ésaïe 49.15, Seg 21)

Par contre, les transformations spirituelles tant espérées continuaient de me paraître plutôt inaccessibles. Je ne comprenais pas que Dieu bénisse mes activités ministérielles et réponde à mes besoins matériels, sans apparemment agir dans l’intimité de mon âme comme je souhaitais tant qu’Il le fasse – et ce de façon révolutionnaire. J’aspirais à plus !

Je puisai un grand encouragement d’une prière de l’apôtre Paul pour les Éphésiens, dans laquelle il me sembla trouver la réponse aux aspirations non comblées qui m’habitaient :

« À cause de cela, je fléchis les genoux devant le Père, de qui toute famille dans les cieux et sur la terre tire son nom, afin qu’il vous donne, selon la richesse de sa gloire d’être puissamment fortifiés par son Esprit dans l’homme intérieur, en sorte que Christ habite dans vos cœurs par la foi; étant enracinés et fondés dans l’amour, que vous puissiez comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, et connaître l’amour de Christ, qui surpasse toute connaissance, en sorte que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu.

« Or, à celui qui peut faire, par la puissance qui agit en nous, infiniment au-delà de tout ce que nous demandons ou pensons, à lui soit la gloire dans l’Église et en Jésus-Christ, dans toutes les générations, aux siècles des siècles ! Amen ! » (Éphésiens 3:14-21).

Je m’appropriai cette prière, la faisant mienne, considérant que je pouvais faire confiance à Dieu pour qu’il produise en moi la maturité que Paul demandait pour ceux à qui était destinée cette lettre. J’ai transformé ma compréhension en un message biblique présenté dans deux Églises locales du Québec et deux de l’Ontario entre novembre 1985 et août 1986. Le message s’intitulait Enfin… un homme de Dieu. J’insistais sur deux conditions essentielles pour celui qui tend vers la sainteté, ce que j’appelais « devenir un homme ou une femme de Dieu » : comprendre ce que Dieu peut et veut faire en lui ou en elle (Éphésiens 3:14-19); croire que Dieu le fera effectivement (Éphésiens 3:20-21).

Il me semblait que cette prière de Paul pour les Éphésiens devait être indicative d’une certaine compréhension de la volonté de Dieu non seulement envers les Éphésiens en particulier, mais aussi envers tous ceux qui croient, en tout lieu et en toute époque. Je croyais donc pouvoir appliquer à moi-même et à mes auditeurs les contenus de la prière de Paul comme s’il s’agissait de ce que Dieu peut et veut faire pour chacun d’entre nous.

Je voyais la nécessité de comprendre ce que Dieu peut faire pour nous comme fondé dans une meilleure connaissance de ce que nous pouvons attendre que Dieu nous donne (« Je fléchis les genoux afin qu’il vous donne… ») : sa force (« d’être puissamment fortifiés par son esprit dans l’homme intérieur »); sa communion (« en sorte que Christ habite dans vos cœurs par la foi »), son amour (« étant enracinés et fondés dans l’amour »), sa personnalité (« que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu »).

Quant à croire que Dieu le ferait, deuxième partie structurale de ce sermon, je me fondais sur le connecteur grammatical « or » qui, selon l’exégèse que j’en avais faite de l’original grec, rattachait à la prière que Paul venait de faire pour les Éphésiens (Éphésiens 3:14-19) un rappel de la nature infinie du pouvoir de Dieu dans la vie des êtres humains (Éphésiens 3:20-21) : « Or, à celui qui peut faire, par la puissance qui agit en nous, infiniment au-delà de tout ce que nous demandons ou pensons, à lui soit la gloire dans l’Église et en Jésus-Christ, dans toutes les générations, aux siècles des siècles ! Amen ! ».

En particulier, je m’attendais de la part de Dieu, à ce qu’il produise en moi l’amour dont il était question en plein cœur de cette prière (Éphésiens 3:17-19) de Paul. Je me sentais défaillant dans la manifestation concrète de mon amour envers autrui et considérais transformatrice une pleine compréhension de la nature de l’amour de Dieu.

Quelques années plus tard, lorsque je partageai mon interprétation de ce texte des Écritures à une dame, celle-ci me fit remarquer que ce dont il était question dans ce passage biblique était avant tout de la compréhension de l’amour que Dieu a envers nous.

Ce n’est que vingt ans plus tard environ, soit en 2008, que j’ai été en mesure d’acquérir une compréhension fondée en expérience de cette interprétation qui m’avait initialement en très grande partie échappé, que l’amour que l’on a pour autrui passe par l’amour que Dieu a pour nous. La compréhension que l’on a de la première ne peut être dissociée de la compréhension que l’on a de la seconde. Le sentiment, voire la certitude, d’être aimé par Dieu constitue une source, pour ne pas dire une ressource, sans laquelle l’on ne peut aimer ceux qui nous entourent à la manière dont Dieu nous y invite. En somme, l‘amour de Christ qui « surpasse toute connaissance » (Éph. 3:19) à propos duquel Paul prie pour que nous en comprenions « la longueur, la profondeur et la hauteur » (Éph. 3:18) est celui manifesté par Dieu envers moi avant d’être celui que je manifeste envers autrui.

Il y a environ 30 ans, j’en étais venu à accorder plus de poids à ma difficulté de manifester l’amour de Dieu envers autrui que dans le fait que Dieu m’aime. Je crois aujourd’hui que cette dimension de ma spiritualité chrétienne a contribué à me donner l’impression de piétiner spirituellement, puis m’a éventuellement conduit à perde espoir pour un temps.

Cette manière de comprendre mon rapport à Dieu et aux autres fut brisée il y a environ dix ans, époque à partir de laquelle je ne voyais plus mes fautes comme sources de culpabilité, mais plutôt comme l’occasion de remercier Dieu immédiatement parce que Sa grâce envers moi était plus grande et plus importante que n’importe lequel de mes écarts entre ce que je savais être bien et ce que je faisais effectivement. Cette dimension du message du salut, en Jésus Christ, par la foi seule, peut aussi être compris comme une invitation au courage d’accepter d’être accepté malgré que l’on se sache inacceptable.

Depuis le 30 mai 2017, cet article est également publié sur le Journal Chrétien. Il s’agit d’une adaptation de Dieu et moi – Essai autobiographique, p. 12-15, accessible sous Formation par l’autobiographie à la section Apprendre du site Savoir et croire .ca.

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Aimer les yeux ouverts !

Aimer l’image que l’on se fait d’une personne ou d’un groupe peut conduire à être injustement déçu à leur égard. L’amour véritable consiste à aimer les gens tels qu’ils sont vraiment !

« Aimer les yeux ouverts », c’est aimer une personne en la considérant pour ce qu’elle est en réalité plutôt que comme l’on aimerait qu’elle soit.  Cela est loin d’être toujours évident. Je me suis en effet rendu compte qu’il existe chez moi quelque chose comme une tendance à projeter sur autrui les qualités que j’aimerais trouver en une personne ou en un groupe de personnes à un moment donné de mon existence. Lorsque cette attente, envers personne ou groupe, se trouve déçue, je ressens une sorte de bouleversement intérieur difficile à décrire. Il me semble avoir détecté en moi les traces de la présence d’un tel phénomène dans plusieurs contextes institutionnels et interpersonnels distincts.

L’Eternel marche dans la tempête, dans le tourbillon (Nahum 1.3)

Aimer l’image que l’on se fait d’une personne ?

Tout se passe comme si j’aborde certaines relations nouvelles en attribuant aux personnes des qualités que je souhaitais trouver en elles, sans qu’elles les aient nécessairement. J’apprécie alors ces personnes en partie parce que je les perçois à travers le filtre de ces vertus que je leur suppose.

Lorsque je finis par me rendre compte que ces caractéristiques ne leur appartiennent pas, je vis une déception qui transforme les émotions agréables ressenties jusqu’alors en émotions désagréables. Plutôt que d’avoir envie de me trouver en présence de cette personne ou d’entendre ses conseils, je passe dans un mode suivant lequel je souhaite de moins en moins me retrouver en sa présence.

Aimer une personne pour ce qu’elle est vraiment ?

Cette réflexion m’a conduit à comprendre toute l’importance d’aimer les autres dans ce qu’ils sont vraiment plutôt que d’aimer ou de haïr l’image que je me fais d’eux. Cette prise de conscience m’a conduit vers la maxime « aimer les yeux ouverts » comme fil conducteur pour réfléchir à mes attentes et dispositions envers autrui, ainsi qu’aux conditions suivant lesquelles je m’engage (ou parfois refuse de le faire) dans ce que la Bible appelle l’amour.

« Aimer les yeux ouverts » signifie pour moi aimer la personne qui est devant moi en m’efforçant de la considérer sous l’angle de ce qu’elle est vraiment plutôt que dans la perspective de ce que je souhaite que cette personne soit. Cela implique d’accepter que même celles de mes attentes qui sont les plus légitimes envers elle puissent être déçues; par exemple, lorsqu’un enseignant ne maîtrise pas ce qu’il est chargé de m’apprendre ou lorsqu’un mentor manque de sensibilité au regard que je porte sur la vie.

Aimer l’image que l’on se fait de nos leaders chrétiens ?

Je me suis rendu compte que quelque chose de cet ordre s’était produit dans mon rapport aux premiers leaders chrétiens qui ont tenu un rôle de mentor et des fonctions de directeurs dans mon parcours de foi chrétienne. Je m’attendais à ce qu’ils incarnent les valeurs chrétiennes dont ils transmettaient les fondements. Mon admiration pour eux s’est éteinte, lorsque j’ai fini par me rendre compte qu’ils n’étaient pas nécessairement à la hauteur de toutes les attentes que j’avais envers eux.

Aimer l’image que l’on se fait d’un groupe, chrétien ou non ?

Dans le cadre de cette réflexion, j’en suis venu à comprendre, peu à peu, qu’il m’arrivait parfois de projeter sur un groupe les qualités que je souhaiterais y retrouver. Que le groupe soit une grande collectivité, comme le milieu évangélique en général, ou un sous-ensemble de ce milieu, comme une église locale en particulier, n’y change rien.

Les principes sont les mêmes pour les regroupements séculiers que pour les regroupements religieux. Il m’est arrivé de comprendre un groupe auquel j’appartenais en fonction des besoins que je ressentais face à ce groupe plutôt qu’en fonction des personnes elles-mêmes dudit groupe.

Aimer, non pas aveuglément, mais avec les yeux grand ouverts !

Cette réflexion me conduit à passer d’un amour que l’on nomme parfois « aveugle » à un amour qui intègre la pleine conscience de qui est l’autre sans en exclure les tendances désagréables ou perturbantes pour soi-même. Le plus étonnant à propos de ce que je tente de décrire dans le présent article est d’avoir maintenant l’impression que mon Dieu a enfin répondu à ma prière d’antan fondée sur l’épître aux Éphésiens, que je puisse parvenir à être capable d’aimer vraiment. Le leitmotiv « aimer les yeux ouverts » me conduit et me maintient dans cette voie qui par le passé échappait à ma compréhension et à ma capacité concrète d’intégration spirituelle. Jésus nous aime avec les yeux grand ouverts.

Cet article est tiré de mon essai autobiographique, Dieu et moi, © 2013-2015, accessible gratuitement en format PDF à la section Qui suis-je ? de Savoir et croire .ca. Depuis le 17 novembre 2016, l’article peut également être consulté sur le site du Journal chrétien.

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Daniel Garneau,
B Th, B Com, MA,
le 7 février 2018